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Le poids sur les épaules de Delcy Rodriguez
Par Craig Murray â Le 31 mars 2026 â Source Blog de lâauteur

Alors que je quittais lâUniversitĂ© des Communes de Tocuyito, aprĂšs une visite joyeuse et Ă©difiante, un jeune professeur, lâair sĂ©rieux, est venu vers moi et mâa pris Ă lâĂ©cart. TrĂšs tranquillement, il mâa demandĂ© ce qui allait se passer. Un certain nombre dâĂ©tudiants Ă©taient terrifiĂ©s Ă lâidĂ©e dâun Ă©ventuel changement de rĂ©gime et eux, choisis pour devenir les jeunes dirigeants socialistes dans le mouvement de la commune, seraient emprisonnĂ©s, torturĂ©s et exĂ©cutĂ©s.
Ce fut un retour brutal Ă la rĂ©alitĂ© aprĂšs avoir passĂ© une excellente journĂ©e dans cette nouvelle universitĂ©. Mais câest pourtant ce qui sâest passĂ©. Jâavais rencontrĂ© des diplomates sobres et professionnels au ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres qui savaient dĂ©jĂ vers quelle rĂ©gion montagneuses ils sâenfuiraient avec des fusils dâassaut en cas dâarrivĂ©e de la droite au pouvoir, et se rĂ©signaient Ă une vie de guĂ©rilla, y compris avec leur partenaire et leurs enfants. Je nâai rencontrĂ© personne qui doute quâun changement de rĂ©gime Ă Caracas aurait immĂ©diatement conduit Ă des massacres massifs de gauchistes et Ă une longue guerre civile.
Presque tout ce quâon vous dit en Occident sur le Venezuela est faux, et le plus grand mensonge est que Machado, GuaidĂł et les groupements qui les entourent sont totalement dĂ©mocrates ou libĂ©raux. Ils ne le sont pas et ont des liens familiaux et politiques directs avec les rĂ©gimes meurtriers parrainĂ©s par la CIA des annĂ©es prĂ©-ChĂĄvez. Ils ont Ă©galement de nombreux comptes Ă rĂ©gler â la famille de Machado, pour ne citer quâun exemple, avait le monopole sur lâapprovisionnement en Ă©lectricitĂ© avant sa nationalisation.
Un trĂšs grand nombre des « prisonniers politiques » qui prĂ©occupent tant lâOccident ont Ă©tĂ© impliquĂ©s dans des tentatives de coup dâĂtat militaire ou dâinsurrection violente, dont la tentative de coup dâĂtat par GuaidĂł en 2019 nâa Ă©tĂ© que la plus mĂ©diatisĂ©e. AprĂšs les Ă©lections contestĂ©es de 2024, beaucoup de personnes emprisonnĂ©es brandissaient des armes â jâai rencontrĂ© les familles de trois jeunes hommes qui mâont dit que leurs fils avaient Ă©tĂ© induits en erreur en descendant dans la rue avec des armes Ă feu et espĂ©raient quâils pourraient sortir de prison grĂące Ă lâamnistie actuelle.
Les sanctions ont causĂ© de grandes difficultĂ©s Ă©conomiques qui ont affectĂ© la popularitĂ© du gouvernement. Mais câest une Ă©norme erreur de confondre le mĂ©contentement envers le gouvernement Maduro comme un soutien Ă Machado ; il y a trĂšs peu de signe dâun soutien Ă Machado, mĂȘme en cherchant bien. Que Machado nâait pas le soutien interne pour diriger le pays est lâune des rares choses que Trump ait honnĂȘtement dĂ©clarĂ©s. Lâalternative au gouvernement socialiste est le chaos.
Delcy RodrĂguez doit donc maintenir le Parti socialiste au gouvernement, ou voir ses partisans massacrĂ©s et le dĂ©but dâune guerre civile sâenflammer. En mĂȘme temps, elle doit faire face Ă lâaffirmation colonialiste flagrante du contrĂŽle des actifs et des finances du Venezuela par les Ătats-Unis, tout en apaisant lâirascible et irrationnel Trump.
Mettons les choses au clair. Jâai parlĂ© personnellement Ă des proches du prĂ©sident NicolĂĄs Maduro. Jâai parlĂ© avec Francisco Torrealba, qui a suivi Maduro en tant que prĂ©sident du Syndicat des travailleurs des transports et a Ă©galement repris le siĂšge de Maduro Ă lâAssemblĂ©e nationale. Jâai parlĂ© au fils de Maduro, qui sâappelle aussi NicolĂĄs. Aucune de ces personnes ne croit une seconde que Delcy RodrĂguez ait Ă©tĂ© impliquĂ©e de quelque maniĂšre que ce soit dans lâenlĂšvement de NicolĂĄs et de Cilia Maduro.
Pourquoi presque tout le monde en Occident croit-il en un rĂ©cit auquel personne au Venezuela ne croit, et dont je suis tout Ă fait certain quâil est faux ?
Ce rĂ©cit vous a Ă©tĂ© enfoncĂ© de force dans lâesprit. Trump a sapĂ© la lĂ©gitimitĂ© de Delcy RodrĂguez en la louant ouvertement et en affirmant quâelle Ă©tait son choix. La vĂ©ritĂ© est bien sĂ»r diffĂ©rente : en tant que vice-prĂ©sidente de Maduro, elle assume naturellement les fonctions de PrĂ©sidente, comme lâa confirmĂ© la Cour suprĂȘme vĂ©nĂ©zuĂ©lienne. Un effort coordonnĂ© de briefings aux journalistes par lâadministration Trump, par les services de sĂ©curitĂ© et par les VĂ©nĂ©zuĂ©liens alignĂ©s sur Machado Ă Miami, ont offert aux mĂ©dias, de maniĂšre coordonnĂ©e, une histoire dĂ©taillĂ©e des nĂ©gociations entre Delcy et son frĂšre Jorge et les AmĂ©ricains, pour une stratĂ©gie de rĂ©forme Ă©conomique qui comprenait le retrait de Maduro.
Jâai parcouru Ă nouveau de nombreux articles qui transmettent ce rĂ©cit, et tous proviennent principalement de sources washingtoniennes, et câest un rĂ©cit que les Ătats-Unis ont Ă©tĂ© trĂšs, trĂšs assidus Ă rĂ©pandre.
Cela pose la question, si Delcy est vraiment une marionnette occidentale, pourquoi lâEstablishment occidental tient-il tant Ă vous le dire ? Dans les autres circonstances, comme pour les monarchies du Golfe ou al-Jolani, ils sont toujours soucieux de promouvoir le mythe selon lequel leurs marionnettes ne sont pas des marionnettes.
Ma maxime disant que si le gouvernement veut vraiment que vous sachiez quelque chose, cela signifie probablement que ce nâest pas vrai, marche bien dans ce cas. Trump veut que lâon sache que Delcy RodrĂguez est sa marionnette parce que cela fait partie de son rĂ©cit de victoire, la fausse histoire de la grandeur de Trump. Il vise Ă©galement Ă diviser et Ă affaiblir le mouvement socialiste au Venezuela.
Observons la nuit du 3 janvier oĂč Maduro a Ă©tĂ© kidnappĂ©. Il y a un fait clĂ© qui, encore une fois, ne fait tout simplement pas partie du rĂ©cit occidental. Câest NicolĂĄs Maduro qui a demandĂ© aux militaires de se retirer et de ne pas se battre, en cas de tentative de lâemmener. En fait, il Ă©tait conscient quâun tel Ă©vĂ©nement Ă©tait imminent, mĂȘme sâil ne connaissait pas la date exacte.
La principale prĂ©occupation de Maduro Ă©tait dâĂ©viter une guerre entre le Venezuela et les Ătats-Unis, une guerre qui dĂ©vasterait ce pays pacifique.
Il est important de noter que Maduro suivait consciemment le modĂšle de son mentor, le prĂ©sident Hugo ChĂĄvez, lors de son enlĂšvement lors dâun coup dâĂtat orchestrĂ© par la CIA en 2002. (Ce lien est un rappel dĂ©chirant quâil y avait autrefois un Gardien et un Observateur non capturĂ©s par les services de sĂ©curitĂ©). Ă la suite de lâinsurrection armĂ©e de lâopposition du 11 avril 2002, au cours de laquelle 19 partisans de ChĂĄvez ont Ă©tĂ© massacrĂ©s et 150 blessĂ©s, un coup dâĂtat militaire a capturĂ© le prĂ©sident ChĂĄvez et il a Ă©tĂ© transportĂ© sur lâĂźle de La Orchila dans un avion affrĂ©tĂ© par la CIA.
Le chef de lâopposition Pedro Carmona a prĂȘtĂ© serment en tant que prĂ©sident devant des chefs militaires et a Ă©tĂ© immĂ©diatement reconnu par le rĂ©gime Bush Ă Washington. Il a annoncĂ© lâabrogation immĂ©diate de toutes les mesures de rĂ©forme de ChĂĄvez. Cependant, le peuple et la majeure partie des forces armĂ©es se sont soulevĂ©s contre les comploteurs et, aprĂšs seulement 48 heures, ils ont repris le contrĂŽle. ChĂĄvez est revenu au pouvoir. Câest la base du brillant documentaire irlandais The Revolution Will Not Be Televised (qui, naturellement, nâa jamais Ă©tĂ© diffusĂ© Ă la tĂ©lĂ©vision).
La chose essentielle Ă comprendre est que, remarquablement, ChĂĄvez nâa exĂ©cutĂ© aucun des participants au coup dâĂtat, pas mĂȘme ceux de lâarmĂ©e. Il y a eu en rĂ©alitĂ© peu de poursuites, les peines de prison Ă©taient remarquablement lĂ©gĂšres et beaucoup, dont le âprĂ©sidentâ Carmona, ont Ă©tĂ© autorisĂ©s Ă âsâĂ©chapperâ en exil. Les emprisonnements les plus longs ont Ă©tĂ© donnĂ©s Ă ceux qui avaient effectivement participĂ© au massacre du 11 avril. Puis ChĂĄvez a accordĂ© une amnistie gĂ©nĂ©rale en dĂ©cembre 2007.
La mĂȘme Ă©tonnante tolĂ©rance a Ă©tĂ© montrĂ©e envers Juan GuaidĂł, la marionnette occidentale qui a tentĂ© un coup dâĂtat militaire grotesque, le 30 avril 2019. Alors que son coup dâĂtat a Ă©tĂ© un Ă©chec pathĂ©tique et que son nombre total de dĂ©serteurs militaires Ă©tait de 50, il a nĂ©anmoins causĂ© la mort de quatre personnes et en a blessĂ© 230.
Encore une fois, la rĂ©ponse du gouvernement socialiste a Ă©tĂ© Ă©tonnamment clĂ©mente. Personne nâa Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©. Des procĂšs en bonne et due forme ont eu lieu contre ces accusĂ©s et les peines de prison furent remarquablement lĂ©gĂšres, mĂȘme pour ceux reconnus coupables de trahison. Il convient de dire que le nombre de personnes jugĂ©es et les peines prononcĂ©es ont Ă©tĂ© nettement plus lĂ©gĂšres que celles prononcĂ©es pour âlâinsurrectionâ du Capitole Ă Washington en 2021.
Un groupe de trente personnes qui sâĂ©tait rĂ©fugiĂ© dans lâambassade brĂ©silienne de Bolsonaro a Ă©tĂ© autorisĂ© Ă quitter pacifiquement le pays. GuaidĂł nâa jamais Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© et a Ă©tĂ© tolĂ©rĂ© dans le pays pendant des annĂ©es en prĂ©tendant en ĂȘtre le prĂ©sident, et put voyager librement Ă lâintĂ©rieur et Ă lâextĂ©rieur du pays, jusquâĂ ce quâil soit inculpĂ© par le gouvernement colombien pour ĂȘtre entrĂ© illĂ©galement dans ce pays en 2023.
Le refus des socialistes de verser le sang nâa jamais eu son Ă©quivalent Ă droite. La grande majoritĂ© de ces âprisonniers politiquesâ dont vous entendez constamment parler Ă©taient impliquĂ©s dans ces tentatives armĂ©es ou toute une sĂ©rie de tentatives armĂ©es moins connues, ou dans les liens trĂšs rĂ©els de lâopposition avec le trafic de stupĂ©fiants et le crime organisĂ©.
Ce qui mâĂ©tonne, ce nâest pas lâautoritarisme revendiquĂ© du gouvernement socialiste, mais au contraire sa clĂ©mence tout Ă fait Ă©tonnante avec lâopposition face aux tentatives rĂ©pĂ©tĂ©es de renversement du gouvernement, tentatives le plus souvent armĂ©es et parrainĂ©es par la CIA.
Il suffit dâenvisager comment un gouvernement latino-amĂ©ricain de droite traiterait des tentatives rĂ©pĂ©tĂ©es de coup dâĂtat armĂ© par la gauche, pour apprĂ©cier Ă quel point cette retenue a Ă©tĂ© extraordinaire. Lâabsence de violence ou de vengeance a toujours caractĂ©risĂ© la rĂ©action de la RĂ©volution bolivarienne aux tentatives de coup dâĂtat menĂ©es par la droite. Bien quâil soit admirablement fondĂ© sur des principes, je ne suis mĂȘme pas certain que ce degrĂ© extrĂȘme de tolĂ©rance soit sage.
Câest dans le contexte de cette rĂ©ticence socialiste de longue date Ă recourir Ă la violence quâil faut voir la dĂ©cision de Maduro de retirer les forces de dĂ©fense en cas de mission dâenlĂšvement amĂ©ricaine. Câest un gouvernement qui ne se contente pas dâutiliser des slogans rĂ©volutionnaires, il en vit, et la âpaixâ en est une clĂ©. Maduro espĂ©rait presque certainement que la solidaritĂ© intĂ©rieure obligerait son retour rapide, comme cela sâĂ©tait produit avec ChĂĄvez. Il est peu probable quâil lui soit venu Ă lâesprit que Trump Ă©liminerait simplement â et inutilement â Maduro et laisserait son gouvernement au pouvoir.
De multiples sources mâont confirmĂ© que les forces vĂ©nĂ©zuĂ©liennes avaient reçu lâordre de se retirer. Jâai visitĂ© lâemplacement Ă flanc de colline Ă Fuerte Tiuna oĂč la jeune lieutenante, Alejandra del Valle Oliveros VelĂĄsquez, ĂągĂ©e de 23 ans, a refusĂ© lâordre de se retirer et a continuĂ© Ă monter la garde avec son arme dans une installation de communication vitale au sommet dâune colline. Elle est morte frappĂ©e par des missiles amĂ©ricains.

Câest aussi un point manquant dans le rĂ©cit occidental des Ă©vĂ©nements militaires. La posture dĂ©fensive du Venezuela est dĂ©sespĂ©rĂ©ment dĂ©passĂ©e Ă lâĂšre de la guerre des missiles de prĂ©cision. Ses installations radar et ses batteries antiaĂ©riennes sont trĂšs visibles, placĂ©es sur des emplacements ouverts au sommet dâune colline, pas dans des bunkers renforcĂ©s. Ses troupes vivent dans des casernes ouvertes, comme les gardes cubains inutilement assassinĂ©s.
Lâindignation suscitĂ©e par cette agression amĂ©ricaine entiĂšrement non provoquĂ©e a rĂ©tabli un sentiment dâunitĂ© nationale bien nĂ©cessaire au Venezuela. Au lendemain de lâĂ©lection prĂ©sidentielle contestĂ©e de juillet 2024, de nombreux partisans du gouvernement, y compris certains au pouvoir, concĂšdent que la vague dâarrestations est allĂ©e trop loin. Cette force excessive a endommagĂ© lâautoritĂ© morale du gouvernement et a fourni de prĂ©cieuses munitions de propagande Ă ses dĂ©tracteurs Ă lâĂ©tranger.
Il nây avait pas suffisamment de discrimination entre les manifestants armĂ©s et non armĂ©s, et bien que beaucoup soutiennent que des mesures dâurgence Ă©taient essentielles pour prĂ©venir la violence anarchique immĂ©diate, il est gĂ©nĂ©ralement admis que de nombreuses incarcĂ©rations ont durĂ© beaucoup trop longtemps.
ReconnaĂźtre cela ne signifie pas accepter les chiffres gonflĂ©s et la mĂ©thodologie politisĂ©e poussĂ©s par les ONG financĂ©es par lâOccident telles que Foro Penal et leurs partenaires internationaux. Ces organisations regroupent rĂ©guliĂšrement de vĂ©ritables dissidents et des comploteurs armĂ©s, des participants Ă des tentatives dâinsurrection violentes et des criminels purs et simples, dont beaucoup brandissaient des armes ou Ă©taient liĂ©s Ă des rĂ©seaux de coup dâĂtat.
Les chiffres gonflĂ©s fournis par des ONG ne sont pas une surveillance neutre ; ils font partie dâune opĂ©ration de guerre de lâinformation qui dure depuis longtemps, gĂ©nĂ©reusement financĂ©e par les gouvernements et les fondations mĂȘmes qui ont passĂ© des annĂ©es Ă soutenir les efforts de changement de rĂ©gime au Venezuela. Leur indignation sĂ©lective et lâinflation constante des dĂ©comptes de « prisonniers politiques » servent un objectif politique clair : dĂ©lĂ©gitimer le processus bolivarien et justifier lâingĂ©rence extĂ©rieure.
Une perspective plus large est essentielle. Les arrestations ne sont pas sorties de nul part. Elles sont la consĂ©quence des annĂ©es de souffrances Ă©conomiques induites par les sanctions, des tentatives rĂ©pĂ©tĂ©es de lâopposition de renverser lâordre constitutionnel par la violence de rue, des perturbations Ă©lectorales Ă la fois physiques et Ă©lectroniques, et ce qui a Ă©tĂ© falsifiĂ© ou manipulĂ© sĂ©lectivement concernant les rĂ©sultats des Ă©lections par lâopposition. La rĂ©ponse a Ă©tĂ© brutale, mais elle sâest produite dans un contexte de vĂ©ritables menaces Ă la sĂ©curitĂ©.
Le rĂ©cit selon lequel lâopposition a remportĂ© 70% des voix aux Ă©lections de 2024 est tout simplement absurde pour quiconque connaĂźt le Venezuela. Lors de leurs derniers rassemblements Ă©lectoraux, Maduro avait rĂ©uni 1 million de personnes dans les rues de Caracas et lâopposition 50 000. Bon nombre des prĂ©tendues impressions de la machine Ă voter Ă©voquĂ©es par le rĂ©gime Biden Ă©taient des contrefaçons trĂšs Ă©videntes â avec la mĂȘme Ă©criture manuscrite Ă diffĂ©rents endroits, et de multiples exemples de directeurs du scrutin ou de responsables du parti signant avec un X dans un pays alphabĂ©tisĂ© Ă presque 100%.
Lâopposition a refusĂ© de prĂ©senter ces imprimĂ©s Ă la Cour suprĂȘme pour vĂ©rification. La vĂ©ritĂ© est que le processus Ă©lectoral Ă©lectronique (je ne suis pas un fan) a Ă©tĂ© gravement affectĂ© par un piratage externe, presque certainement par les Ătats-Unis. Il y avait en effet un mĂ©contentement populaire face aux effets des sanctions Ă©conomiques, et de nombreux observateurs chevronnĂ©s pensent que les Ă©lections Ă©taient serrĂ©es. Il ne sera jamais possible de dĂ©couvrir le vrai rĂ©sultat. Mais les affirmations occidentales dâun rĂ©sultat de lâopposition Ă 70% sont un non-sens absolu.
En fait, je ne crois pas que ni le gouvernement ni la Cour suprĂȘme connaissent vraiment le vĂ©ritable rĂ©sultat. Quant Ă moi certainement pas. Mais câest une perturbation orchestrĂ©e par les AmĂ©ricains qui a rendue impossible dâen connaitre les chiffres exactes.
Le Venezuela est un pays substantiellement libre. Des gens ont critiquĂ© ouvertement le gouvernement devant moi et sans crainte, y compris devant la camĂ©ra. Il y a eu une manifestation de lâopposition Ă Caracas il y a quelques semaines. CâĂ©tait trĂšs lĂ©gĂšrement policĂ©. Les orateurs pouvaient dire ce quâils souhaitaient â le soutien Ă Donald Trump Ă©tait un thĂšme clĂ© â et personne nâa Ă©tĂ© interrogĂ© par la suite. Environ 500 personnes sây sont prĂ©sentĂ©es. Jâai vu trois ou quatre affiches de lâopposition en ville. Personne ne les enlevĂ©.
Jâai filmĂ© tout le Venezuela au total pendant six semaines, et les fonctionnaires ou la police ne mâont jamais demandĂ© qui je suis, ni exigĂ© de produire des papiers dâidentitĂ©. Jâai reçu un permis du ministĂšre des Communications mais personne ne lâa jamais regardĂ©. Personne ne mâa jamais suggĂ©rĂ© ce que je devais dire, ni ne mâa demandĂ© de ne pas filmer quelque chose.
Jâai visitĂ© de nombreuses rĂ©gions et provinces diffĂ©rentes. Partout, les magasins sont bien approvisionnĂ©s et les bars et restaurants sont pleinement opĂ©rationnels. Les gens ont lâair bien nourris. Je nâai pas vu un seul toxicomane, un mendiant ou un sans-abri. Jâai vu cinq postes de contrĂŽle de la police ou de lâarmĂ©e en six semaines â trois Ă la rĂ©sidence prĂ©sidentielle, au QG de la police et Ă lâAssemblĂ©e nationale ; un vĂ©rifiant les pneus et les phares des voitures ; et un Ă la sortie dâun parc national faisant respecter la conservation de la faune.
JâĂ©tais assez obsessionnel vis-Ă -vis de mes papiers parce que les journalistes occidentaux ont toujours dĂ©crit des postes de contrĂŽle policiers et militaires dans leurs descriptions imaginaires du Venezuela, Ă©crites Ă des milliers de kilomĂštres de distance. Lâopposition Machado en a fait un mĂšme, publiant des conseils disant que vous nâĂȘtes pas obligĂ© de montrer des documents dâidentitĂ© aux points de contrĂŽle de la police. Mais il est trĂšs difficile de trouver un point de contrĂŽle vous demandant vos documents.
Ce nâest pas un gouvernement rĂ©pressif. LâatmosphĂšre de rĂ©pression est totalement absente et câest parce que les mĂ©canismes de rĂ©pression sont totalement absents. Il nây a pas de forte prĂ©sence policiĂšre. Les gens nâont pas peur des informateurs. Jâai vu trĂšs peu dâarmes portĂ©es par la police, et aucune arme portĂ©e par quelquâun dâautre.
Le rĂ©cit qui domine dĂ©sormais les mĂ©dias occidentaux â selon lequel toute libĂ©ralisation Ă©conomique ou ouverture pragmatique sous Delcy RodrĂguez est une capitulation soudaine forcĂ©e par la pression de Trump â est tout simplement faux. NicolĂĄs Maduro lui-mĂȘme a initiĂ© des processus de libĂ©ralisation Ă©conomique des annĂ©es plus tĂŽt, en rĂ©ponse directe pour survivre au poids Ă©crasant des sanctions. La rĂ©cente lĂ©gislation libĂ©ralisant le secteur des hydrocarbures a Ă©tĂ© entiĂšrement Ă©laborĂ©e et approuvĂ©e par NicolĂĄs Maduro.
La dollarisation sâest rĂ©pandue par le bas parce que les gens ordinaires recherchaient la stabilitĂ© ; le gouvernement a progressivement assoupli le contrĂŽle des prix, a permis une plus grande implication du secteur privĂ© dans les importations et la distribution et a mis au point des solutions de contournement pour les ventes de pĂ©trole. Ce sont des adaptations pragmatiques imposĂ©es Ă la rĂ©volution bien avant le retour de Trump Ă la Maison Blanche.
Comme je lâai dit aux Ă©tudiants de lâUniversitĂ© des Communes, si le capitalisme tardif Ă©tait (comme il le prĂ©tend) lâordre naturel de la sociĂ©tĂ©, plutĂŽt quâune sĂ©rie dâinstitutions et dâarrangements entiĂšrement artificiels conçus pour produire une concentration extrĂȘme des ressources entre les mains dâune Ă©lite, imposĂ©e en fin de compte par la violence de lâĂtat, alors les Ătats capitalistes nâauraient pas besoin dâĂ©craser les Ătats pratiquant dâautres systĂšmes, par des sanctions paralysantes et lâisolement de lâĂ©change de ressources et de capitaux, et finalement par la force militaire.
Sa propre idĂ©ologie fondatrice stipule que le capitalisme finira naturellement par prĂ©valoir dans toute sociĂ©tĂ© grĂące Ă sa plus grande bienfaisance et Ă une rĂ©partition plus efficace des ressources. Pourtant, les dirigeants des Ătats capitalistes cherchent constamment Ă Ă©craser tout Ătat pratiquant un systĂšme alternatif. Ils le font de peur que leur propre population ne voie la possibilitĂ© dâune meilleure voie que de travailler comme des esclaves efficaces alors que la valeur produite par leur travail se concentre entiĂšrement entre les mains de la classe Epstein.
Nous ne saurons jamais comment la RĂ©volution bolivarienne se serait dĂ©veloppĂ©e sans les sanctions financiĂšres et commerciales qui lâont paralysĂ©e.
Mais câest le fait essentiel. Le Venezuela a Ă©tĂ© ciblĂ© en raison des succĂšs extraordinaires du chavisme, et non parce quâil sâagissait dâun Ătat dĂ©faillant. La pauvretĂ© a Ă©tĂ© rĂ©duite de plus de moitiĂ©. LâalphabĂ©tisation a augmentĂ© Ă de meilleurs taux quâaux Ătats-Unis. LâĂ©ducation et les soins de santĂ© gratuits ont Ă©tĂ© instituĂ©s. Les bĂ©nĂ©ficiaires de pensions ont triplĂ©. Les services publics ont Ă©tĂ© nationalisĂ©s. Des quantitĂ©s massives de logements sociaux ont Ă©tĂ© fournies. Ce sont ces rĂ©alisations qui ont prĂ©cipitĂ© les sanctions.
Lâeffondrement Ă©conomique de 2017 nâa pas Ă©tĂ© causĂ© par les Ă©checs dâun systĂšme socialiste. Lâeffondrement â et la vague dâĂ©migration massive qui a suivi â ont Ă©tĂ© entiĂšrement causĂ©s par le rĂ©gime de sanctions, et en particulier le blocage de tous les systĂšmes de paiement et transactions financiĂšres.
Il y a un point Ă©vident rarement discutĂ© : les sanctions â en particulier les sanctions financiĂšres qui bloquent les transactions de paiement internationales normales et les canaux bancaires â ne causent pas seulement des difficultĂ©s. Les sanctions alimentent activement la corruption.
Lorsquâun gouvernement souverain est empĂȘchĂ© de mener des activitĂ©s commerciales et financiĂšres lĂ©gitimes par le biais de systĂšmes mondiaux standard, il est poussĂ© dans les bras de ceux qui se spĂ©cialisent dans le contournement des sanctions, les rĂ©seaux de transfert informels et le blanchiment dâargent. Ces partenariats forcĂ©s avec des Ă©lĂ©ments extĂ©rieurs Ă lâĂ©conomie formelle infectent ensuite lâappareil dâĂtat lui-mĂȘme, crĂ©ant de nouvelles voies de vol et dâabus.
Câest un cercle vicieux et prĂ©visible conçu par la politique de Washington.
Les sanctions obligent les Ătats, pour leur survie mĂȘme, Ă faire des choses classĂ©es comme illĂ©gales et Ă mettre leurs agents dans les mains de vĂ©ritables criminels. Certaines des critiques du gouvernement Maduro doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©es Ă travers ce prisme ; et bien sĂ»r, il nây a pas, et il nây a jamais eu, dâĂtat entiĂšrement exempt de corruption.
Le rĂšgne de Maduro nâest pas lâĂ©chec qui est rĂ©guliĂšrement dĂ©crit en Occident. LâĂ©conomie a rebondi de façon remarquable. Sous Maduro, le gouvernement a obtenu des succĂšs mesurables en matiĂšre de sĂ©curitĂ© publique. Les taux de meurtres ont chutĂ© de plus des deux tiers et les gangs de narcotrafiquants sont presque entiĂšrement hors de la rue.
Des opĂ©rations Ă grande Ă©chelle ont considĂ©rablement rĂ©duit les itinĂ©raires de production et de trafic de stupĂ©fiants Ă travers le territoire vĂ©nĂ©zuĂ©lien. Le Venezuela a signalĂ© des saisies record de drogues Ă la Commission des stupĂ©fiants des Nations Unies â prĂšs de 66 tonnes rien quâen 2025, le niveau le plus Ă©levĂ© en deux dĂ©cennies. Les donnĂ©es de lâONU indiquent que le Venezuela ne joue quâun rĂŽle trĂšs marginal dans les flux mondiaux de cocaĂŻne, et presque aucun dans la production. Sur le fentanyl, cela ne figure pas du tout.
Maduro a rĂ©ussi Ă un degrĂ© extraordinaire Ă supprimer la drogue dans les rues du Venezuela et Ă mettre fin au trafic. Quâil soit maintenant dans une prison amĂ©ricaine accusĂ©e de ânarco-terrorismeâ est vraiment un signe de la dĂ©pravation des Ătats-Unis.
Dans le mĂȘme temps, le taux global de criminalitĂ© a fortement chutĂ©. Les villes qui se classaient autrefois parmi les plus dangereuses du monde sont devenues nettement plus sĂ»res pour les citoyens ordinaires. MĂȘme les VĂ©nĂ©zuĂ©liens qui critiquent le gouvernement pour dâautres raisons reconnaissent cette amĂ©lioration de la vie quotidienne et de la sĂ©curitĂ© personnelle. Il y a Ă peine deux nuits, je parlais Ă une VĂ©nĂ©zuĂ©lienne en visite dâAllemagne, qui mâa dit quâelle avait lâhabitude dâĂȘtre terrifiĂ©e Ă lâidĂ©e de marcher dans les rues de Caracas la nuit, mais quâelle se sentait maintenant parfaitement en sĂ©curitĂ©.
Il est important de comprendre quel type de socialisme le Venezuela a réellement pratiqué sous Chåvez et Maduro.
Le projet bolivarien nâa jamais Ă©tĂ© la pleine propriĂ©tĂ© Ă©tatique des moyens de production et de distribution envisagĂ©s dans les textes marxistes classiques. Le Venezuela a toujours Ă©tĂ© une Ă©conomie mixte. Sa caractĂ©ristique distinctive â et sa plus grande force â Ă©tait la forte dĂ©pendance de lâĂtat Ă lâĂ©gard de la propriĂ©tĂ© de toute la gamme des activitĂ©s du secteur pĂ©trolier, en amont et en aval, pour canaliser dâimportants revenus publics vers des objectifs socialistes : une Ă©ducation universelle gratuite du berceau Ă lâuniversitĂ©, un service de santĂ© national qui a amenĂ© des cliniques et des hĂŽpitaux dans chaque quartier, une sĂ©curitĂ© sociale Ă©largie, des programmes de logement tels que la Gran MisiĂłn Vivienda et des subventions qui ont maintenu les denrĂ©es alimentaires de base abordables pour les pauvres.
La nationalisation des services publics â Ă©lectricitĂ©, tĂ©lĂ©communications, eau â a suivi la mĂȘme logique. Ă bien des Ă©gards, elle ressemblait au modĂšle social-dĂ©mocrate occidental des annĂ©es 1970, lorsque les gouvernements europĂ©ens utilisaient une fiscalitĂ© progressive pour financer lâĂtat providence tout en laissant une grande partie de lâĂ©conomie entre des mains privĂ©es. Lâampleur massive des logements sociaux abordables de qualitĂ© dĂ©cente au Venezuela est vraiment une merveille Ă voir pour une Ă©conomie en dĂ©veloppement.
Ce qui a rendu le bolivarisme diffĂ©rent, et finalement plus radical, câest le mouvement des communes. Sa philosophie est vĂ©ritablement populaire. Les communes ne sont pas nĂ©es de dĂ©crets du Palais de Miraflores ; elles sont nĂ©s dâen bas, des conseils communaux que les gens ordinaires des quartiers pauvres ont formĂ©s pour rĂ©soudre leurs propres problĂšmes â rĂ©parer les routes, organiser la collecte des ordures, construire des cliniques.
ChĂĄvez a donnĂ© Ă ces structures communes organiques une reconnaissance constitutionnelle et un pouvoir lĂ©gal, mais lâĂ©nergie venait des communautĂ©s elles-mĂȘmes.
La prise de dĂ©cision dans les communes est un exemple de dĂ©mocratie directe en action : les assemblĂ©es dĂ©battent et votent sur la maniĂšre de dĂ©penser les fonds qui leur sont allouĂ©s. Le peuple dĂ©cide de ses propres prioritĂ©s. Jâai toujours Ă©tĂ© sceptique Ă lâĂ©gard des assemblĂ©es populaires et de la dĂ©mocratie directe. Visiter les communes du Venezuela mâa converti. Le facteur clĂ© est la prĂ©valence assez Ă©tonnante de lâĂ©ducation politique et de la conscience sociale parmi les membres ordinaires de la classe ouvriĂšre vĂ©nĂ©zuĂ©lienne.
Pendant longtemps, les communes sont restĂ©es largement un mĂ©canisme de redistribution des revenus pĂ©troliers de maniĂšre plus dĂ©mocratique et transparente. Mais câĂ©tait encore, par essence, de la social-dĂ©mocratie avec une rhĂ©torique rĂ©volutionnaire ; dĂ©penser les rentes du pĂ©trole en biens sociaux.
Mais le mouvement de la commune ne sâest pas arrĂȘtĂ©. Il a commencĂ© Ă sâĂ©tendre, affirmant la propriĂ©tĂ© communale des moyens de production et de distribution. Un nombre croissant de communes gĂšrent dĂ©sormais leurs propres petites usines, coopĂ©ratives agricoles, boulangeries, abattoirs, collectifs de transport et rĂ©seaux de distribution. Jâai discutĂ© avec des hauts responsables gouvernementaux de la maniĂšre dâutiliser les entreprises communales comme fer de lance dans les secteurs libĂ©ralisĂ©s de lâĂ©conomie, pour socialiser le profit.
Les communes vont au-delĂ de la simple rĂ©ception et de la dĂ©pense de lâargent de lâĂtat et sâorientent vers le contrĂŽle de la crĂ©ation et de lâallocation rĂ©elles des richesses. Câest le saut qualitatif qui marque le socialisme bolivarien comme quelque chose de plus que lâĂ©tatisme social des annĂ©es 1970.
Maduro a instituĂ© lâUniversitĂ© des communes en 2025. Il repose sur la fourniture dâun enseignement pratique de niveau universitaire dans les domaines dâune valeur particuliĂšre pour les communes, allant de lâadministration publique Ă lâĂ©lectrotechnique et Ă lâagriculture. La production agricole est une zone oĂč sont engagĂ©es bon nombre des plus de 7 000 communes du Venezuela.
Lâagriculture sâĂ©tait effondrĂ©e au Venezuela, bien avant ChĂĄvez. Ceci est commun Ă de nombreux Ătats pĂ©troliers.
Mon premier poste diplomatique Ă lâĂ©tranger a Ă©tĂ© une nomination au Nigeria en 1986, en tant que DeuxiĂšme SecrĂ©taire (Agriculture et Ressources en Eau), oĂč ma statistique prĂ©fĂ©rĂ©e Ă©tait que le Nigeria est passĂ©, en seulement 8 ans, du statut de premier exportateur mondial dâhuile de palme Ă celui de premier importateur mondial dâhuile de palme. Les devises adossĂ©es au pĂ©trole rendent souvent les exportations agricoles non compĂ©titives et les produits agricoles importĂ©s moins chers que les produits nationaux.
Cela a entraĂźnĂ© lâeffondrement du cacao, du cafĂ©, du maĂŻs et dâautres secteurs agricoles du Venezuela des dĂ©cennies avant lâarrivĂ©e au pouvoir de ChĂĄvez.
Les communes rĂ©introduisent la production agricole Ă partir du niveau du sol. Jâai visitĂ© la commune locale Vittoria non loin de lâUniversitĂ©. Elle compte plus de 20 unitĂ©s de production agricole et les Ă©tudiants aidaient Ă dĂ©velopper, par exemple, des enclos Ă bĂ©tail en bambou pour remplacer les obstacles en fer qui ne sont plus importĂ©s en raison des sanctions occidentales.


Ă lâautre extrĂ©mitĂ© du processus de production, jâai visitĂ© le siĂšge de Metro Ă Caracas le jour oĂč tous les travailleurs et retraitĂ©s du mĂ©tro reçoivent des forfaits mensuels comprenant de lâhuile de cuisson, des pĂątes, de la farine, des Ćufs et de la viande et des fruits en conserve, tous maintenant produits au Venezuela, et presque tous sont de nouveaux produits depuis la crise de 2018.
Ce qui frappe chaque visiteur, câest lâextraordinaire niveau de sensibilisation du public Ă la philosophie socialiste. Dans les communes, dans les universitĂ©s bolivariennes, dans les cercles dâĂ©ducation politique, les gens ordinaires discutent en connaissance de cause de la diffĂ©rence entre la social-dĂ©mocratie et le socialisme, du rĂŽle de la commune en tant que âtissu cellulaireâ de la nouvelle sociĂ©tĂ© et de la nĂ©cessitĂ© de passer de la distribution Ă la production.
LâidĂ©ologie est une pratique quotidienne vĂ©cue. Jâai entendu des adolescents et des vendeurs sur le marchĂ© citer ChĂĄvez et Marx avec aisance et confiance.
Ce sont les Ă©lĂ©ments fondamentaux du socialisme bolivarien que Delcy RodrĂguez se bat maintenant pour prĂ©server et sauvegarder face Ă lâassaut de Trump : lâĂtat social-dĂ©mocrate financĂ© par le pĂ©trole, les services publics nationalisĂ©s, les structures de dĂ©mocratie directe des communes et les mesures visant Ă Ă©tendre lâaffirmation de la propriĂ©tĂ© populaire sur la production.
ConsidĂ©rez ceci : le Venezuela possĂšde les plus belles plages des CaraĂŻbes que jâai jamais vues. Elles sont aussi belles que celles de lâĂźle Maurice ou des Maldives. Ce sont mes propres photos et les couleurs ne sont pas retouchĂ©es.


Ce qui est remarquable Ă ce sujet, câest que toutes les personnes que vous voyez sont des VĂ©nĂ©zuĂ©liens ordinaires. Il nây a pas un touriste Ă©tranger en vue : pas de bar de plage, de restaurant ou dâhĂŽtel enchaĂźnant les tronçons et les recouvrant de transats. Au lieu de cela, vous avez des familles vĂ©nĂ©zuĂ©liennes heureuses avec des glaciĂšres qui profitent de la journĂ©e gratuitement. Câest parce que, Ăle Margarita mise Ă part, la RĂ©volution bolivarienne protĂšge les centaines de kilomĂštres de plages de sable blanc du Venezuela par des parcs nationaux.
LĂ oĂč le chavisme voit un grand agrĂ©ment pour le peuple et un habitat Ă©tonnant Ă prĂ©server, la vision du monde de Kushner et Machado voit des milliards de dollars de biens immobiliers de premier ordre en bord de mer, mĂ»rs pour des condominiums et dâimmenses hĂŽtels. Ne croyez pas un seul instant quâils nâont pas lâĆil dessus dans le cadre de lâemprise impĂ©rialiste. Ils ne veulent pas que les VĂ©nĂ©zuĂ©liens batifolent avec leurs familles sur ces plages. Ils veulent quâelles soient rĂ©servĂ©es aux touristes amĂ©ricains et israĂ©liens, les seuls VĂ©nĂ©zuĂ©liens en chemise blanche et nĆud papillon Ă©tant ceux portant des plateaux de boissons.
Cela peut sembler une petite digression, mais câest, je crois, un symbole puissant et poignant du choc des visions du monde qui est au cĆur de la lutte au Venezuela.
Ce que lâopposition souhaite, câest dĂ©manteler toute cette architecture. Machado sâest engagĂ© Ă abolir les communes, Ă privatiser les services publics, Ă ramener le Venezuela au modĂšle dâavant ChĂĄvez dans lequel la richesse pĂ©troliĂšre sâĂ©coulait vers le haut, vers une petite Ă©lite et des sociĂ©tĂ©s Ă©trangĂšres, alors que la majoritĂ© nâexistait que pour servir. La tĂąche de Delcy est de tenir la ligne pour que les communes, et la conscience quâelles ont créée, puissent continuer Ă se dĂ©velopper tout en conservant lâĂ©ducation universelle, les soins de santĂ© et lâoffre sociale.
Mais câest la rĂ©alitĂ© Ă laquelle Delcy RodrĂguez est maintenant confrontĂ©e : Trump a imposĂ© un blocus naval physique aux exportations de pĂ©trole vĂ©nĂ©zuĂ©lien. Des pĂ©troliers transportant du pĂ©trole vĂ©nĂ©zuĂ©lien Ă des acheteurs non approuvĂ©s par les Ătats-Unis ont Ă©tĂ© physiquement saisis par la marine amĂ©ricaine. Les Ătats-Unis ont ainsi, par la force militaire, imposĂ© un contrĂŽle sur les ventes de brut vĂ©nĂ©zuĂ©lien.
Les revenus ont dâabord Ă©tĂ© acheminĂ©s vers un compte contrĂŽlĂ© par les Ătats-Unis au Qatar, puis transfĂ©rĂ©s vers des comptes du TrĂ©sor amĂ©ricain. Les dĂ©caissements au gouvernement RodrĂguez sont discrĂ©tionnaires et ponctuels â par exemple, seulement 300 millions de dollars des premiers 500 millions de dollars ont Ă©tĂ© dĂ©bloquĂ©s, avec lâapprobation des Ătats-Unis requise pour ses dĂ©penses. Le mĂ©canisme fonctionne sous les pouvoirs exĂ©cutifs dâurgence aux Ătats-Unis, mais sans autoritĂ© vĂ©nĂ©zuĂ©lienne. Ce nâest pas avec lâaccord de Delcy RodrĂguez.
Câest totalement illĂ©gal. Le blocus naval, la saisie des pĂ©troliers, le vol des revenus pĂ©troliers. Tout cela est absolument contraire au droit international. PrĂ©cisĂ©ment quelle « urgence » justifie les pouvoirs de Trump, mĂȘme dans le droit interne amĂ©ricain, je nâen ai aucune idĂ©e.
Les Ătats-Unis nâont conclu aucun traitĂ© avec le Venezuela ni aucun mandat international leur permettant de saisir le pĂ©trole vĂ©nĂ©zuĂ©lien et de le vendre. Câest du pur vol.
En contrĂŽlant les pĂ©troliers, Washington a pris le contrĂŽle de la seule source importante de revenus Ă©trangers du Venezuela et a paralysĂ© le gouvernement de Delcy RodrĂguez. Le pĂ©trole reprĂ©sente plus de 70% des recettes du gouvernement vĂ©nĂ©zuĂ©lien.
Les cargaisons de pĂ©trole approuvĂ©es par les Ătats-Unis sont maintenant vendues sur le marchĂ© international, mais les recettes ne sont pas versĂ©es Ă Caracas. Elles sont, incroyablement, payĂ©s au TrĂ©sor des Ătats-Unis. Le rĂ©gime Trump distribue des paiements ad hoc au gouvernement vĂ©nĂ©zuĂ©lien â la quantitĂ© et le moment du paiement restant Ă sa discrĂ©tion â pour permettre aux fonctions de base de lâĂtat de continuer. Câest un systĂšme entiĂšrement rĂ©gi par les caprices de Donald Trump, contrĂŽlant un autre Ătat souverain.
Câest bien moins structurĂ© que lâautoritĂ© dâoccupation formelle que les Ătats-Unis ont imposĂ©e Ă lâIrak aprĂšs 2003, mais le principe est identique. Les revenus pĂ©troliers de lâIrak sont traitĂ©s de cette façon depuis 25 ans. Un grand nombre de personnes ignorent que tous les revenus pĂ©troliers de lâIrak sont volĂ©s dans les comptes du TrĂ©sor amĂ©ricain : les mĂ©dias grand public ne vous le disent jamais.
Câest le modĂšle colonial classique. Câest exactement ainsi que la Compagnie britannique des Indes orientales dirigeait les Ătats princiers de lâInde aux XVIIIe et XIXe siĂšcles : le dirigeant local Ă©tait autorisĂ© Ă rester en fonction nominale, mais les impĂŽts Ă©taient perçus par les Britanniques et le dirigeant local prenait ce qui lui Ă©tait donnĂ©. Les hauts fonctionnaires de la Compagnie des Indes orientales en poste Ă©taient en fait intitulĂ©s des « Percepteurs« .
La couverture mĂ©diatique occidentale appelle cela « sauvegarde« , « protection » ou âlevierâ ; la rĂ©alitĂ© est un piratage pur et physique.
Pourtant, Delcy RodrĂguez est coincĂ©e. Elle nâa aucune force militaire capable de contrer tout cela. La marine vĂ©nĂ©zuĂ©lienne ne peut pas dĂ©fier la flotte amĂ©ricaine, tandis que les bombardiers gĂ©ants des Ătats-Unis peuvent atteindre Caracas avec des bombes de 2 000 livres directement depuis les bases aĂ©riennes amĂ©ricaines en Floride. Toute tentative ouverte de dĂ©fi dĂ©clencherait un changement de rĂ©gime par la force militaire amĂ©ricaine qui entrainerait un massacre.
RodrĂguez est donc rĂ©duite Ă nĂ©gocier avec les occupants sur la part de lâargent du Venezuela quâelle est autorisĂ©e Ă dĂ©penser pour son propre peuple. Elle est obligĂ©e dâaccueillir une sĂ©rie de visites Ă©cĆurantes dâhommes de main de Trump, humiliant et violant ouvertement le Venezuela. Les affirmations selon lesquelles RodrĂguez veut cela, encore plus quâelle a conçu cela, sont folles.
Jâai vu des critiques de la gauche politique en Occident, selon lesquelles le Venezuela aurait dĂ» se battre, devrait encore se battre, devrait rejoindre la rĂ©sistance anti-impĂ©riale. Jâai vu des VĂ©nĂ©zuĂ©liens critiquĂ©s comme Ă©tant des « vendus ».
Assez peu de ceux qui Ă©mettent ces critiques sont personnellement allĂ©s dans les montagnes avec un AK47 pour combattre une superpuissance qui a ouvertement abandonnĂ© toute prĂ©tention Ă suivre les lois de la guerre sur la protection de la vie et des infrastructures civiles. Câest certainement une option ; mais le nombre de morts serait Ă©pouvantable et le Venezuela serait condamnĂ© Ă de nombreuses annĂ©es de guerre civile et dâoccupation militaire amĂ©ricaine.
Câest une option suicidaire, comme Maduro lui-mĂȘme lâa reconnu.
Delcy RodrĂguez se dĂ©bat sous un fardeau presque insupportable. Socialiste de longue date dont le propre pĂšre a Ă©tĂ© torturĂ© Ă mort par un service de sĂ©curitĂ© vĂ©nĂ©zuĂ©lien dirigĂ© par la CIA, elle se retrouve maintenant effectivement prisonniĂšre des Ătats-Unis. Le Venezuela nâest pas lâIran. Il ne possĂšde pas la capacitĂ© militaire, la profondeur stratĂ©gique ou les alliances pour combattre les Ătats-Unis. Si Trump se rĂ©veille un matin et dĂ©cide dâun changement de rĂ©gime complet â et il le pourrait â le rĂ©sultat serait un bain de sang immĂ©diat et lâeffacement total de tous les acquis sociaux de vingt-cinq ans de chavisme.
Pour Ă©viter cette catastrophe, RodrĂguez doit apaiser Trump. Elle doit parler le langage de la libĂ©ralisation Ă©conomique que Washington veut entendre, mĂȘme si les changements de politique rĂ©els ne reprĂ©sentent quâun petit ajustement Ă droite dans une Ă©conomie qui reste extrĂȘmement mixte. Les acquis sociaux-dĂ©mocrates fondamentaux â lâĂ©ducation, les missions sanitaires, les programmes de logement, les pensions et lâaide sociale, les services publics privatisĂ©s â sont prĂ©servĂ©s.
La stratĂ©gie de RodrĂguez est donc celle dâune sinistre endurance : sâaccroupir, prĂ©server ce qui peut ĂȘtre prĂ©servĂ© et attendre un changement de vent politique Ă Washington. Des sources trĂšs proches dâelle mentionnent Ă plusieurs reprises les midterms de novembre aux Ătats-Unis comme le prochain tournant possible.
La tragĂ©die est que cette femme doit endurer son image prĂ©sentĂ©e Ă lâĂ©tranger, rĂ©pandue par Washington, comme une traĂźtresse Ă sa classe et Ă son pays. Elle ne peut pas publiquement taper trop fort contre Trump sans risquer la provocation du psychopathe Ă la violence mĂȘme quâelle essaie dâĂ©viter. Une amie qui la connaĂźt depuis des dĂ©cennies mâa dit : âElle fait ce quâelle peut pour maintenir la paix en cette pĂ©riode de guerre.â
Il existe des preuves trĂšs concrĂštes de la loyautĂ© de RodrĂguez envers Maduro. Loin dâeffacer Maduro ou de se positionner comme le nouveau visage de la rĂ©volution, Delcy RodrĂguez a couvert le Venezuela de panneaux publicitaires trĂšs visibles âFree NicolĂĄs et Ciliaâ et de street art, tout en nâintroduisant aucun matĂ©riel qui la loue ou tente de construire son propre culte de la personnalitĂ©. Ce symbolisme public est un puissant contrepoids rĂ©el aux rĂ©cits de dĂ©loyautĂ© ou de trahison.

Une de mes critiques personnelles du chavisme est quâil est trop centrĂ© sur le culte de la personnalitĂ©. Câest un fait visible que RodrĂguez fait tout le contraire en essayant de dĂ©placer ce projecteur loin dâelle-mĂȘme.
La plupart des critiques de RodrĂguez, en particulier ceux des mĂ©dias et des commentateurs occidentaux, ne connaissent presque rien du Venezuela. La plupart de ce que le public occidental pense savoir est tout le contraire de la vĂ©ritĂ© ; la capacitĂ© des mĂ©dias occidentaux Ă maintenir un faux rĂ©cit est Ă©tonnamment Ă©vidente lors dâune visite ici.
Jâai maintenant passĂ© un total de six semaines dans le pays au cours de deux voyages, discutant avec des Ă©tudiants, des diplomates, des dirigeants syndicaux, des militants de la commune et des personnes au sein du gouvernement â et un grand nombre de barmen. Ce que jâai vu et entendu me convainc dâune chose avant tout : Delcy RodrĂguez nâest pas une traĂźtresse. Câest une socialiste qui fait la seule chose possible pour elle dans cette situation impossible ; gagner du temps pour que la RĂ©volution bolivarienne survive.
Craig Murray
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.
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