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Droit à l’avortement : un combat perpétuel et universel
Même dans les pays où ce droit semble acquis de longue durée, il peut disparaître. Les États-Unis en sont l’exemple : la fin de la garantie fédérale de ce droit a conduit de nombreux États à interdire ou limiter l’accès à l’avortement. Cette situation doit nous servir d’exemple pour ne jamais baisser la garde et nous rappeler le devoir de solidarité internationale des femmes.
Dans le monde, soixante-quinze États autorisent l’avortement sans autre limite que la durée de grossesse. Vingt-quatre pays l’interdisent totalement. Et entre les deux, des conditions variables : avis médical, grossesse issue d’un viol, problèmes médicaux, danger mortel.
En Europe pas de politique commune
En France, nous sommes relativement chanceuses [1] : l’avortement est accessible sur demande, dans la limite de quatorze semaines de grossesse. Et la Constitution parle de liberté garantie (mais pas de droit absolu), faible rempart contre une éventuelle régression. De nombreux obstacles perdurent : le manque de moyens des hôpitaux en personnels et centres IVG, la double clause de conscience qui fait de l’avortement un acte exceptionnel, la pénurie de pilules abortives de temps en temps, l’absence de choix entre avortements médicamenteux et instrumental, l’injonction à ne pas en parler qui prive du partage d’infos et d’expériences, un délai pas si long. Ces difficultés conduisent encore environ cinq mille femmes à avorter à l’étranger chaque année. L’avortement est banal pourtant : presque une femme sur deux avorte une ou plusieurs fois dans sa vie, ce qui est normal compte tenu de la durée de vie fertile et à raison de douze ou treize cycles par an. Dans ce domaine aussi le racisme est présent : avortement libre en métropole, incitation à la stérilisation à Mayotte (après d’autres politiques coloniales plus agressives [2]) ; déploration de la baisse de la natalité quand des enfants d’exilé·es dorment dans nos rues.
L’Europe n’a pas de politique commune. Il n’y a pas de condition autre que le délai pour accéder à l’avortement dans les pays d’Europe sauf Malte – interdiction jusqu’à juin 2023, possible depuis en cas de danger pour la vie de la mère ou si le fœtus n’est pas viable – et la Pologne, longtemps libérale mais exemple parfait des régressions possibles : depuis 2021 l’avortement n’est autorisé qu’en cas de danger pour la femme, ou si la grossesse découle d’un viol ou d’un inceste. Le délai légal varie de dix semaines au Portugal à vingt-quatre semaines aux Pays-Bas. L’accès n’est pas toujours facile, comme en Italie où le taux de soignant·es refusant de pratiquer des avortements est énorme et où les régions ont des politiques plus ou moins restrictives.
États-Unis le grand bond en arrière
En 2022, la Cour suprême a renvoyé ce choix aux États en abrogeant le célèbre arrêt Roe v. Wade. Des États se sont mis à interdire et à sanctionner. Quatorze États interdisent totalement l’avortement, sept autres ont restreint le délai légal, parfois jusqu’à six semaines. L’Arizona a failli ressusciter une loi de 1864. L’Idaho oblige les femmes à porter les fœtus non-viables. Des débats cruels ont lieu, des procédures en justice pour autoriser l’avortement de grossesses extra-utérines, ou en cas de malformation rare oubliée dans les exceptions. Les soignant·es avorteur·euses sont passibles de lourdes peines de prison et, dans certains États, les femmes aussi. Le Texas a instauré une prime à la délation.
Les gynécologues désertent les États prohibitionnistes : déménagements, internats dans d’autres États y compris pour d’autres spécialités, départs anticipés à la retraite. Dans certains États, les femmes se trouvent face à un désert gynécologique et doivent parfois parcourir 250 kilomètres pour une simple consultation.
Mais la lutte continue. Saisie, la Cour suprême a statué en juin en confirmant la légalité de la pilule abortive (qui reste interdite dans les États interdisant l’avortement). Dans certains États, c’est par la justice que la société civile obtient la valeur constitutionnelle de ce droit, ou par referendum. La Constitution d’autres États garantit plus largement la liberté reproductive. Chaque fois que la question est posée dans un scrutin, les Républicains perdent. Des soignant·es téléconsultent et envoient des pilules abortives dans les États prohibitionnistes. Les États libéraux mettent tout en œuvre pour accueillir leurs voisines. Le nombre d’avortements n’a pas baissé bien sûr, les femmes se déplacent.
28 septembre, journée internationale pour le droit à l’avortement
Si globalement le droit à l’avortement s’étend [3], parfois avec des conditions très limitées, quatre pays ont récemment régressé ; la Pologne, le Salvador, le Nicaragua et les États-Unis. La Russie est sur le chemin. Au nom d’une religion, d’une morale réactionnaire ou dans un but nataliste, des Parlements remplis d’hommes s’octroient le droit de légiférer sur l’intimité des femmes. Le taux d’avortement est le même que ce soit légal ou non : quand c’est illégal, les femmes vivent une vie sexuelle pleine de craintes (en plus d’être souvent vide d’orgasmes) et celles trop pauvres pour aller avorter dans un autre État/pays ou payer un·e soignant·e de bonne volonté ou intéressé par l’argent qu’il peut en tirer en meurent... Il faudrait un article entier pour parler des pays du Sud, du poids des religions et des pouvoirs patriarcaux, de ceux où les conditions sont celles qui prévalaient en Europe il n’y a pas si longtemps et de ceux qui accèdent peu à peu à cette liberté.
Le 28 septembre, on rappellera la revendication forte d’un droit sécurisé et inconditionnel à l’avortement. L’avortement n’est pas un problème, c’est une solution. Ce combat doit être inclus dans celui plus large de « justice reproductive », le droit d’avoir ou non des enfants et de les élever dignement.
Christine (UCL Sarthe)
[1] Cet article utilise le féminin pluriel et parle de femmes, il faut cependant garder à l’esprit que des hommes trans peuvent avoir besoin d’avorter.
[2] Le ventre des femmes. Françoise Vergès. Albin Michel. 2021.
[3] The World’s Abortion Laws, Reproductiverishts.org
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VSS en médecine, levons-le tabou !
Une fois de plus la médecine fait parler d’elle, lors de leur soirée de “répartition”, où des étudiants (nos futurs médecins) ont trouvé amusant de nommer leur équipe “GHBite” et d’arborer fièrement une femme nue insconsciente dans un verre d’alcool, se faisant éjaculer dessus. Sur le drapeau qu’ils ont pris le temps et soin de dessiner eux mêmes, elle subit donc une agression sexuelle voire un viol sous soumission chimique. Ce genre de comportement n’est pas un cas isolé et n’est que symptomatique de la culture de l’hypersexualisation et du viol, comme peut en témoigner l’affaire du violeur en série Nicolas W. , ou encore la nécessité de l’intervention du gouvernement d’ordonner la suppression des fresques carabines à caractères sexuelles et pronographiques (viols collectifs) dans les hôpitaux. Ainsi que de manière plus générale dans la société avec l’actuelle et historique affaire Pélicot.
Par les temps qui courent, il est d’autant plus honteux de s’afficher fièrement avec une banderole faisant l’apologie et l’appel au viol par soumission chimique. Nous tenons par ailleurs à condamner toutes les personnes présentes qui n’ont rien dit, rien dénoncé : le silence est complice.
Nous demandons des sanctions exemplaires, et c’est pourquoi Andreas MULARD (vice-président étudiant de l’Université de Tours) a saisi la cellule de lutte contre les violences sexistes et sexuelles pour que les responsables répondent de leurs actes.
Nous demandons aussi plus globalement des efforts en terme de prévention des violences sexistes et sexuelles, que ce soit du côté des organisateurices pour éviter de se retrouver dans une telle situation, mais aussi parmi les étudiant-es pour briser le silence et dénoncer les agissements
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Le numéro 352 de septembre 2024 est disponible !
Au programme : la lutte contre les coupes rases en forêt, connaître les groupes locaux d'extrême droite pour mieux les combattre, des articles sur l'internationalisme, sur l'histoire du capitalisme, ainsi que sur la facette moins mise en avant de Paul Watson
Le trouver : web2store.mlp.fr/produit.aspx?…
S'abonner : boutique.unioncommunistelibert…
Soutenir / adhérer : unioncommunistelibertaire.org/…
Couverture du numéro 352 (septembre 2024) d'alternative libertaire Le titre principal est "la lutte antifasciste est internationale !"
Rassemblement unitaire pour la #DefenseIVG demain 28 septembre à 14h devant le CCCOD Rue Nationale à #Tours
4p #UnionCommunisteLibertaire téléchargeable : unioncommunistelibertaire.org/…
Avorter le patriarcat . Se battre pour notre liberté à disposer de notre corps
A l'occasion du 28 septembre, journée internationale pour le droit à l'avortement, le point sur nos revendications et combatsunioncommunistelibertaire.org
www.unioncommunistelibertaire.org/?L-affaire-Pelicot-fait-eclater-au-grand-jour-la-dangerosite-du-foyer-patriarcal
L’affaire Pélicot fait éclater au grand jour la dangerosité du foyer patriarcal 23/09
Le procès de Dominique Pélicot qui a commencé le 2 septembre 2024 révèle l’horreur qu’ont vécue Gisèle Pélicot, sa femme, mais aussi Caroline Darian, sa fille, ainsi que les autres victimes directes ou collatérales d’un patriarche ordinaire. Cette affaire illustre l’appropriation des femmes et des enfants dans le foyer patriarcal et la complicité des institutions.
L’ampleur de la couverture médiatique du procès Pélicot tant dans la presse traditionnelle que sur les réseaux sociaux indique que cette affaire fera date. Elle frappe par le nombre de violeurs impliqués et le degré de préparation de ces crimes par Dominique Pélicot. Sont souvent relevés les allures « ordinaires » de cette famille ainsi que la diversité des professions des accusés, alors que les féministes clament depuis toujours que le viol et les violences domestiques sont un fléau parfaitement commun. Les violeurs se défendent en arguant que la victime était consentante ou que la permission du mari suffisait.
Le patriarcat est une organisation sociale qui permet l’appropriation des corps des femmes, mais aussi des enfants, par les hommes adultes. Or comme l’a rappelé l’artiste Cécile Cée dans une publication salutaire, « l’inceste est tapi dans chaque recoin de ce procès sordide ». Caroline Darian et ses belle-soeurs ont été prises en photo dénudées à leur insu par Dominique Pélicot. Ce dernier tentait aussi de voir ses petits-enfants nus.
La culture du viol, comme la culture de l’inceste, ce ne sont pas que des faits commis par un individu sur un autre, mais bien une structuration du quotidien qui permet et organise la violence, et qui exige l’omerta. 160 000 enfants sont victimes d’inceste chaque année.
La violence patriarcale se prolonge hors de la famille jusque dans toutes les institutions : policière, judiciaire, médicale, psychiatrique, etc. Le témoignage Et j’ai cessé de t’appeler papa, de Caroline Darian, peut être salué pour sa politisation des enjeux de santé publique posés par les violences sexuelles, « des féminicides à l’inceste ». Elle dénonce notamment l’absence de prise en charge médicale prévue pour les victimes après le passage au commissariat, déjà lui-même re-traumatisant.
A l’heure où les macronistes (notoirement ineptes en matière de protection des minorités) ont repris le contrôle sur la Ciivise, commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants née grâce au mouvement #metooinceste, nous exigeons avec force de réels moyens pour lutter contre les violences intra-familiales.
En tant que féministes révolutionnaires, il nous est crucial de rappeler que la famille est au cœur du système patriarcal et capitaliste. Par la précarisation et la dépendance financière, par l’emprise, par les obligations sociales qu’elle impose, elle organise l’exploitation des femmes, et permet le déchaînement de la violence contre elles et les enfants.
L’UCL croit et soutient Gisèle Pélicot, Caroline Darian et toutes les autres victimes de violences sexistes et sexuelles. Nous prenons part à l’indignation collective et nous encourageons la mobilisation sociale qui a pris corps ce samedi 14 septembre avec les manifestations féministes liées à ce procès, et qui continuera avec des manifestations le 19 octobre. Contre l’horreur quotidienne du patriarcat, organisons-nous, le 25 novembre 2024 devra être retentissant !
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Instabilité parlementaire ? Luttes ouvrières !
L’absence de majorité à l’Assemblée nationale ouvre une période d’instabilité inédite. Un gouvernement de droite soumis à la pression du RN poursuivra les attaques contre les salarié·es des villes et des villages. Les syndicats combatifs peuvent reprendre la main sur l’agenda. La question de l’unification du syndicalisme de lutte fait partie de l’équation, pour un rapport de force permettant enfin au mouvement social d’engranger des victoires.
Face à la menace d’une victoire du Rassemblement national lors des dernières élections l’UCL a pris ses responsabilités en appelant à voter « sans illusions ni scrupules » pour les candidats du Nouveau Front populaire. Nous n’allons donc pas reprocher aux structures syndicales d’avoir fait le même choix… même si certaines ont fait une apologie du programme du NFP sans aucune réserve.
En revanche nous tirons la sonnette d’alarme : il ne faut pas que les syndicats s’alignent derrière le NFP pour exiger un·e Premier ministre « de gauche » que les partis furent d’ailleurs bien en peine de promouvoir… Comme si nous avions oublié le triste bilan des gouvernements « de gauche » de 1981, 1997 et plus récemment celui d’Hollande ! Le syndicalisme a déjà payé très cher son soutien à des gouvernements « de gauche », qui a conduit les travailleurs et travailleuses à mettre dans le même sacs partis et syndicats… d’autant que dans les entreprises et les villes les militants portaient souvent les deux casquettes !
Laissons le NFP dans ses dissensions, unissons-nous dans la lutte
Quand le NFP prétend avoir gagné les élections, l’arc parlementaire, de Macron au RN, prouve le contraire. Et si Macron, en nommant un Premier ministre LR, fait un déni démocratique évident, nous disons que cela met la démocratie bourgeoise à nu : elle n’a rien de démocratique et, pour cette raison, il n’y a rien à en attendre de bon.
Face au spectacle des dissensions entre partis « de gauche », aux insultes qu’ils échangent médiatiquement au quotidien et au jeu des ambitions personnelles qui contribuent à diviser notre classe sociale, nous clamons que la lutte syndicale doit nous unir sérieusement face aux capitalistes et à leurs valets politiques pour inverser le rapport de forces, stopper l’offensive libérale. Stopper l’extension de la pauvreté, stopper la destruction des services publics. Stopper les politiques anti-immigrés qui ne servent qu’à diviser le camp des travailleurs et travailleuses.
C’est pourquoi nous affirmons plus que jamais la nécessité de renforcer nos structures syndicales en veillant à les rendre plus combatives, plus démocratiques, plus unitaires. Les discussions en cours entre la CGT et la FSU portent l’espoir de reconstruire progressivement une confédération unissant à nouveau les enseignant-es avec tous les autres salarié-es, du privé comme du public, comme aux plus beaux jours des premières bourses du travail.
Le camp des travailleurs et travailleuses ne gagne que quand il lutte dans l’unité la plus large. Le 1er octobre est un tour d’échauffement. Préparons l’affrontement.
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Envoyez vos infos, photos, articles etc. à notre commission nationale antipatriarcat@communisteslibertaires et lisez la double page antipat' dans notre mensuel #AlternativeLibertaire !
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- contre la #CultureDuViol
- contre l'impunité
- contre la #JusticePatriarcale
-> #AutodefenseFeministe & #RevolutionLibertaire !
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Luttes forestières : manifestation nationale à Guéret le 5 octobre
Face aux défis du réchauffement climatique, de l’effondrement de la biodiversité et de la raréfaction de l’eau, la forêt devient un enjeu politique majeur. Nous considérons la forêt comme un bien commun qui doit être protégé des errements capitalistes rêvant de profits à court terme. Le 5 octobre, la Creuse accueillera une grande manifestation nationale contre deux projets industriels emblématiques qui menacent les forêts du Limousin.
Chaque massif forestier a son histoire, ses espèces, ses filières artisanales et industrielles spécifiques. Chaque forêt joue un rôle écologique, économique et social. C’est pourquoi la forêt est, depuis longtemps, l’objet de combats politiques autour des droits de propriétés, d’usages et d’accessibilité.
La forêt possède de nombreuses vertus écologiques et le bois aussi, à condition de limiter les prélèvements au seuil du renouvellement naturel, de respecter l’écosystème en pratiquant une sylviculture douce à couvert continu : un « jardinage » qui permet à la forêt de se régénérer elle même en prélevant petit à petit les arbres arrivés à maturité.
Le bois est indispensable aux papiers et cartons appelés à remplacer le plastique. Il est nécessaire dans la construction et incontournable dans les bâtiments « zéro énergie » [1]. Il est précieux pour un ameublement durable et encore utile au chauffage individuel en zone rurale montagneuse. Pour ces seules fonctions la ressource forestière serait bien suffisante.
Mais le bois est victime de surconsommation dans le cadre de la mondialisation du commerce et des besoins du transport international en container : caissettes, palettes, boites cartonnées à usage bien souvent unique. La plus grande menace, cachée sous de pseudos motifs « écolos » provient des demandes en bois énergie joliment qualifiée de biomasse : un peu dans l’industrie mais surtout dans les chaufferies des grandes villes.
Sans compter les dernières folies qui projettent de faire voler des avions « verts » avec un « bio-carburant » tiré de la forêt landaise en même temps qu’un projet prévoit d’y couper des milliers d’hectares de pins pour installer des panneaux solaires… Bref l’industrie forestière rejoint les maux de l’agro-industrie.
L’humanité a toujours tiré profit de sa forêt proche pour ses besoins élémentaires : se chauffer, se loger, fabriquer des objets de toute sorte. Mais depuis quelques années le processus s’est inversé : les bois traversent la planète globalisée pour y être valorisés selon les critères du marché. Ainsi nos chênes partent se faire découper en Chine pour nous revenir en parquets produits en Pologne. Pire encore ce sont les industriels qui dictent aux forestiers les essences, les caractéristiques et les volumes qu’il faut planter et couper. Avec un double défi : la destruction des forêts de feuillus (chênes, hêtres, charmes…) et des haies d’une part ; l’extension de champs d’arbres plantés (en majorité des pins Douglas) d’autre part.
L’État et l’industrie destructeurs des forêts
C’est sous Sarkozy que la première offensive majeure a été lancée combinant une destruction des missions centenaires de l’Office nationale des forêts (ONF), dont la préservation des forêts, et la coupe massive d’arbres de haute valeur, les très vieux chênes en particulier. Les personnels s’étaient alors courageusement mobilisés pour refuser cette politique et l’abattage des forêts domaniales (25% des forêts françaises) pour renflouer les caisses de l’État.
Une même logique s’installe en forêt privée : les grosses scieries automatisées ne savent plus traiter les fûts les plus gros ou bien juste « différents » et Ikea a tué les menuisiers. Alors les feuillus partent à l’export ou sont réduits en déchets pour les chaufferies. Avec le plan France – Relance, Macron a offert 200 millions aux propriétaires forestiers pour couper leurs forêts et replanter des champs de pins Douglas. Et les coupes rases, désastreuses pour l’environnement se multiplient suivies de plantations qui nécessitent engrais et pesticides avec, néanmoins, un taux d’échec de 50% !
Des pins Douglas qui pourraient produire de magnifiques fûts en cent voir deux cents ans mais qui sont coupés de plus en plus jeunes, entre trente et quarante ans pour alimenter les scieries de bois parfaitement standards.
Les autorités et les gros industriels se défendent avec deux arguments : il faudrait abattre vite les arbres qui vont mourir du changement climatique et la surface globale de forêts resterait stable. Deux mensonges ! La surface reste stable du fait de la déprise agricole en zone montagne mais la qualité des forêts se détériore et le volume de bois sur pieds recule. Quant au changement climatique (dont ils sont responsables) si les tests d’adaptabilité de nouvelles essences menés par l’ONF et les forestiers sont utiles, la forêt se débrouillerait aussi bien sans intervention humaine…
Une lutte unitaire pour les forêts du Limousin
Face au désastre associations, collectifs et syndicats, CGT et FSU, se mobilisent depuis plusieurs années, gagnant une écoute de plus en plus large parmi les propriétaires privés qui font plus de 90% des proprios en Creuse. Un « réseau forêt limousine » rassemble plus de trente structures militantes. Deux projets industriels au nord et au sud du département inquiètent particulièrement pour les volumes de prédation annoncée : À Guéret, 500 personnes se sont réunies pour une réunion publique contre l’implantation d’une usine à pellets de bois pour chaudière, Biosyl cet hiver. Au sud du département, à la frontière avec la Corrèze, 200 personnes se sont rassemblées contre l’extension d’une scierie, Farges-Piveteau, destinée à être la plus grosse de France.
Deux projets gavés de subventions publiques dont les besoins en bois impliquent des coupes sans précédent, la raréfaction de la ressource au détriment des particuliers et des petites scieries qui se maintiennent difficilement malgré le service rendu localement.
Le 5 octobre, la Creuse accueillera collectifs et associations pour un « Appel pour des forêts vivantes » ; une manifestation nationale aura lieu à Guéret contre ces deux projets et pour la défense des forêts, du Limousin comme d’ailleurs !
Jean-Yves (UCL Limousin)
Pour avoir plus d’informations, rendez-vous sur le site du Syndicat de la montagne limousine ou la page Facebook du collectif Plus jamais ça 23
[1] Bâtiment dont la production annuelle d’énergie renouvelable est approximativement équivalente à sa consommation et dont la consommation nette est, donc, nulle.
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Pour faire plier Macron, renforçons l’autonomie populaire, communiqué UCL 03/09
Il est temps de zapper l’interminable feuilleton « Qui siégera à Matignon ». C’est dans la rue que notre avenir se décidera, avec un premier rendez-vous de mobilisation le 1er octobre 2024.
Macron, en cherchant à contourner le résultat d’un scrutin bâclé qu’il a lui même provoqué, franchit un pas supplémentaire vers l’autoritarisme. Une tendance toujours plus inquiétante dans un régime présidentiel parmi les plus « monarchiques » d’Europe, et où l’extrême droite est aux portes du pouvoir.
Pour maintenir la politique néolibérale et procapitaliste qui est la sienne, Macron prend tout son temps. Pendant que l’ensemble des partis politiques défilent à l’Élysée pour réclamer Matignon, les ministres d’un gouvernement démissionnaire poursuivent la casse des services publics et l’austérité au titre de la « gestion des affaires courantes ». Spectacle ubuesque d’un système politique et économique à bout de souffle, ce mépris de la volonté populaire sera-t-il celui de trop ? Cela dépendra grandement de la capacité du mouvement social à faire entendre sa voix.
Les élections sont passées, place à la lutte sociale
Constatant le déni présidentiel, certains partis du Nouveau Front populaire appellent à manifester le 7 septembre pour obtenir ce que Macron nomme une Première ministre issue du NFP. Mais quel sens cela a-t-il de manifester pour réclamer un gouvernement social-démocrate dépourvu de majorité parlementaire ? Si l’UCL a appelé à voter NFP en juillet pour faire barrage au RN, c’était bien « sans illusions ni scrupules ».
On n’en attendait rien de plus, comme on n’attendra rien du gouvernement technique que Macron va finir par désigner.
Le répit obtenu face à l’extrême droite, cette situation d’immobilisme institutionnel, il faut aujourd’hui les mettre à profit pour faire entendre nos revendications sociales, renforcer les outils de l’autonomie populaire, comités de quartier et syndicats de lutte en tête. Les révolutionnaires doivent faire leur possible pour que le mouvement social avance et grandisse en imposant une ligne antifasciste et antiraciste claire, quel que soit le Premier ministre qui atterrira à Matignon. C’est là le vrai rempart contre l’extrême droite, contre son arrivée au pouvoir, et contre sa politique si elle finit par s’en emparer.
Alors toutes et tous en grève et dans la rue le 1er octobre 2024, à l’appel de l’intersyndicale CGT-FSU-Solidaires, pour augmenter les salaires, abroger la réforme des retraites, redéployer les services publics sur tout le territoire. Ce sera une première étape déterminante pour mesurer la combativité de notre camp social dans l’année qui s’annonce. Nous travaillerons partout où c’est possible au succès de cette journée d’action.
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Green Dock : Contre l’expansion du secteur logistique, le mouvement écolo mobilisé
Du 24 au 26 mai dernier, les Soulèvements de la Terre (SdT) ont appelé, avec le soutien d’organisations politiques, syndicales et associatives, à se mobiliser contre le projet d’entrepôt Greendock qui porte atteinte à l’environnement local. Face à cette mobilisation, l’État déploie son arsenal policier pour protéger le modèle de production libéral. Il est urgent de construire une lutte écologiste suffisamment forte pour chambouler les projets capitalistes et destructeurs. Trois camarades de l’UCL sur place développent leur analyse de la mobilisation Stop Greendock.
Greendock est un projet d’entrepôt vendu par ses promoteurs immobiliers comme une merveille alliant développement économique et protection de la nature. Vraiment ? Ce projet s’incarnera dans des structures préfabriquées de 600 mètres de long pour 35 mètres de hauteur, le long des berges de la Seine. Une occasion de faire profiter à la faune et à la flore de la zone Natura 2000, située à quelques centaines de mètres du projet, des bienfaits du capitalisme à grand coup de bétonisation. Les personnes habitant la banlieue nord parisienne, déjà fortement urbanisée, pourront avoir la chance d’accéder à de nouveaux emplois précaires et à un air toujours plus pollué par les allers-retours des bateaux et des camions.
Peu emballé par ces belles promesses, un cadre unitaire très large s’est mobilisé contre le projet, depuis La France insoumise jusqu’au milieu militant plus autonome, en passant par les collectifs écologistes locaux, les associations et bien sûr des syndicats. Le week-end s’est d’abord ouvert sur une table ronde, avec des syndicalistes CGT de la logistique et du déchet, et de Sud Rail, mettant en avant les atteintes aux droits sociaux avec la création d’emplois précaires dans ces secteurs d’activité.
Des dispositifs déployés pour protéger le capitalisme
Le point fort du week-end a été la manifestation du samedi, qui a mêlé action directe et marche familiale. Une attention a été portée à la sécurité des manifestantes et manifestants grâce à un brief juridique et médical, et avec la mise en place d’une base arrière légale et d’un accueil en cas de besoin de soutien émotionnel. Autant de précautions nécessaires et salutaires au vu de la répression actuelle des mouvements écologistes.
En effet, comme à chaque manif-action coordonnée par les SdT, un dispositif policier important encadre la manif avec des lignes de CRS placées à l’avant et à l’arrière du cortège. Il s’agit là d’une illustration claire de ce que défend le gouvernement : pour lui, le mouvement écologiste est dangereux, si ce n’est terroriste. C’est ainsi qu’il justifie l’utilisation de mesures pourtant violentes et intimidantes mais considérées comme adéquates pour contrôler la mobilisation sociale soi-disant menaçante. Le maintien de l’ordre tel que défendu par l’État a pour but de protéger le modèle de production capitaliste et d’empêcher à tout prix que les tactiques de revendication dans les milieux écologistes ne se répandent.
Mais de quelle menace parle-t-on ? Il s’agit en réalité d’actions symboliques comme bloquer pendant deux heures une zone industrielle ou construire une bergerie sur un tracé d’autoroute ou sur des terres non artificialisées. Pourtant insuffisantes pour empêcher la mise en place effective d’un tel projet démesuré, ces actions peuvent exposer les militantes et militants au fichage et à la répression judiciaire. Cela nous amène à se demander si les objectifs de l’action étaient à la hauteur des risques personnels pris par les personnes venues manifester.
Construire collectivement la lutte écolo
Depuis plusieurs années déjà, les entrepôts logistiques se développent du fait notamment de la hausse du commerce en ligne, et bénéficient d’aides massives des pouvoirs publics. Les SdT n’ont certes aujourd’hui pas encore la force nécessaire pour être un contre-pouvoir suffisant pour faire plier l’État ou arrêter un tel chantier, mais le mouvement sensibilise, dérange les capitalistes et le gouvernement libéral, et arrive à mobiliser massivement. Les SdT mettent la pression sur ces projets néfastes à la fois socialement et écologiquement. Cette façon de faire est inspirante pour les mobilisations écologistes puisque pour nous, c’est en construisant des rassemblements communs avec les associations locales, les syndicats des secteurs concernés et les forces politiques que l’on défendra une vraie écologie populaire et sociale.
Marie et Pierre (UCL Caen), Bertrand (UCL Paris Nord Est)
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Une presse libre face à l’extrême droite
Face à l’accélération de la montée de l’extrême droite provoquée par les législatives anticipées, une tribune a rassemblé les médias indépendants de toutes les tendances de la gauche, pour affirmer un « front commun » et rappeler que l’extrême droite est aussi l’ennemie de la liberté de la presse et de l’information.
Le 19 juin, Alternative libertaire était signataire d’une tribune, « Pour un front commun des médias contre l’extrême droite » [1]. Portée par le Fonds pour une presse libre, et cosignée par 90 médias, elle rappelait le danger mortel pour la presse que représente l’extrême droite : « Partout [où elle] gouverne, la liberté de la presse est violemment attaquée : interdiction de publication, destruction du secret des sources, multiplication des procédures baillons, censure, pressions et intimidations, assèchement des aides publiques à la presse. »
L’audiovisuel public, organe de propagande ?
Une fois au pouvoir, l’un des premiers objectifs de l’extrême droite est de le conserver. Cela passe entre autre par la destruction du pluralisme médiatique et de la liberté de la presse. On a pu le constater en Hongrie, où les oligarques proches du parti de Viktor Orbán contrôlent désormais plus de 80 % du paysage médiatique, et où l’audiovisuel public a été transformé en organe de propagande. L’affaire Pegasus a aussi montré que le gouvernement avait placé plusieurs journalistes et patrons de presse sous surveillance [2].
Un rapide examen du programme du RN permet de constater que la question des médias n’y est évoquée qu’en une phrase : « Privatiser l’audiovisuel public ». La chose a le mérite d’être claire : dans un contexte de concentration des médias français aux mains de quelques milliardaires, le RN souhaite appuyer sur l’accélérateur. Dans l’objectif inavoué de finir de pousser le paysage audiovisuel vers un discours conservateur et fasciste hégémonique.
Mais l’extrême droitisation de la télévision n’a pas attendu le RN : deux jours après la publication de la tribune évoquée plus tôt, nous apprenions la « mise en retrait » de cinq journalistes de France Télévisions, accusés d’avoir « enfreint la règle de neutralité politique », pour avoir signé ce texte au nom de la Société des journalistes (SDJ) de France 3. Placardisés jusqu’au 8 juillet, les signataires ne traiteront plus la campagne législative, la direction considérant qu’il « en va de l’image d’impartialité des rédactions de France Télévisions ».
La liberté de la presse en recul
Il faut dire que si le RN souhaite accélérer la mutation du PAF, les gouvernements précédents lui ont largement préparé le terrain, avec les réformes successives de l’audiovisuel public et du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), devenu l’Arcom [3] en 2022. Si le gouvernement Hollande était revenu sur la loi du 5 mars 2009 qui donnait au président de la République le pouvoir de nommer les présidents de l’audiovisuel public, cette tâche revient désormais à l’Arcom, une instance dont le président est nommé… par le président de la République. L’autorité de régulation est également pilotée par un collège de huit membres en plus de son président, trois d’entre eux étant nommés par la présidence de l’Assemblée nationale : il s’agira là d’un enjeu important dans les semaines qui suivront les élections législatives du 7 juillet, le RN pouvant, via l’assemblée, acquérir du contrôle sur le « gendarme de l’audiovisuel », déjà bien peu énergique quand il s’agit de surveiller les dérives des médias Bollorisés.
Mais ce n’est pas tout : le gouvernement Macron a aussi fait reculer la liberté de la presse, en faisant primer le secret des affaires et en portant atteinte au secret des sources, multipliant les actions contre des journalistes d’investigation : coups de pression, mais aussi perquisition et garde à vue de la journaliste Ariane Lavrilleux, journaliste au média Disclose, qui avait déjà été la cible de la DGSI à de multiples reprises pour s’être intéressée de trop près à des dossiers classés secret défense [4]. Encore plus récemment, c’est une journaliste du média Blast enquêtant sur les ventes d’armes de la France à Israël qui a été placée 32 heures en garde à vue [5].
La bascule s’est aussi faite dans les discours de Macron, en particulier lors de l’affaire Benalla. N’appréciant pas que la presse s’intéresse de trop près à son protégé, le président dénonçait alors dans une déclaration « une presse qui ne cherche plus la vérité », marquant une bascule dans un discours de post-vérité [6] d’inspiration trumpiste, et dans une attaque directe des médias d’investigation. Cette communication basée sur le rejet pur et simple de faits pourtant observables et sourcés n’est pas sans rapport avec la montée des discours fascistes. Comment s’étonner de l’explosion du complotisme à partir de la pandémie de Covid-19 quand le président de la République lui-même semble développer un rapport si souple avec la réalité matérielle ?
La presse, outil de résistance
Aujourd’hui en 2024 ce discours anti-journalistes s’est généralisé, comme le note Reporters sans frontières dans son classement annuel de la liberté de la presse où la note de la France continue de baisser. Un contexte confortable pour les discours du RN, pouvant lancer des attaques floues contre « les journalistes » sur des plateaux télévisés de plus en plus acquis à leur agenda, sans se soucier du paradoxe de la scène.
Alliées aux discours racistes traditionnels de l’extrême droite, ces prises de positions débouchent sans surprise sur des faits ciblant des journalistes racisé·es. Dans l’entre-deux tours des législatives, les journalistes Karim Rissouli et Mohamed Bouhafsi de France Télévisions, ainsi que Nassira El Moaddem de Arrêt sur images, ont tous les trois reçu des lettres d’insultes et de menaces racistes directement à leurs domiciles, ou à ceux de leurs parents.
Alors que l’extrême droite prend une place de plus en plus dominante dans les institutions politiques du pays, nous devons plus que jamais renforcer la presse libre et indépendante, qu’il s’agisse de la presse d’investigation ou des médias et journaux révolutionnaires. La presse et la circulation de l’information et des idées qu’elle permet est et sera un outil de résistance majeur contre l’extrême droite.
N. Bartosek (UCL Alsace)
[1] « Pour un front commun des médias contre l’extrême droite », Rapports de force, 19 juin 2024.
[2] « Pegasus : un député du parti au pouvoir en Hongrie reconnaît l’utilisation du logiciel espion », Le Monde, 4 novembre 2021.
[3] Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique.
[4] « “Disclose” : la DGSI a entendu à cinq reprises des journalistes du média d’investigation depuis 2018 », Le Monde, 22 septembre 2023.
[5] « Après sa garde-à-vue, la journaliste de Blast contre attaque en justice », Blast, 28 juin 2024.
[6] « “La tromperie est enracinée dans la communication politique” », Mediapart, 9 avril 2019.
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Grenoble : VSS au lycée, l’UCL s’en mêle
Les outils mis à disposition des élèves des lycées pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles sont souvent très faibles, sinon totalement inexistants. Comment organiser la lutte contre ces violences ? Mais aussi, quels sont les outils les plus pertinents pour le mouvement lycéen en général ? C’est ce que nous vous proposons de voir à travers l’exemple du combat mené par des élèves du lycée Bergès à Grenoble.
En septembre 2023, M. témoigne auprès de D. d’une agression sexuelle qu’il a subi de la part du professeur d’EPS. Tous deux sont élèves au lycée Bergès et militants de l’UCL Grenoble. Ils décident d’en faire le combat principal de la toute nouvelle commission lycéenne. S’ensuit une phase de récolte de témoignages sur plusieurs mois : six cas supplémentaires leur sont remontés. Dès septembre, des surveillant·es mettent au courant les CPE qui sont censées alerter à leur tour la direction. Pourtant, jusqu’en décembre, aucune forme de protection des lycéen·nes ne sera mise en œuvre. Plus tard, la direction dira ne pas avoir été informée des faits de VSS. Dans l’intervalle, les militant·es insistent et se heurtent à des murs.
La défaillance syndicale
En novembre, D. demande le soutien d’enseignantes de la CNT ou qui en sont proches. Elles avouent ne pas être étonnées des révélations sur cet enseignant mais refusent d’accompagner les élèves face à la direction. La voie syndicale est également verrouillée du côté de « Sud Lutte de classes » (scissionnaires de Sud Éducation en Isère qui utilisent toujours le nom Sud par imposture). La commission lycéenne a des contacts à la CGT Éduc’action par le biais de l’UCL mais ne trouve pas de moyen de la faire intervenir dans un lycée où elle n’est pas implantée. Du côté des élèves, c’est déçu·es de leur expérience au sein du Mouvement National Lycéen (« syndicat » plus ou moins proche de Solidaires) que les lycéen·nes communistes libertaires de Grenoble ont fondé la commission lycéenne en septembre 2023. En militant au MNL, ils et elles se sont heurté·es aux problèmes structurels du « syndicalisme » lycéen. Comment construire des sections syndicales fortes en trois ans, dans des lycées atomisés par la réforme du bac, dont l’un des objectifs est, à l’instar du management moderne, de briser les collectifs de classe ? Y a-t-il une « conscience de classe lycéenne » ?n De plus, les luttes lycéennes, et celle-ci le démontre, sont souvent trop éprouvantes pour de jeunes militant·es qui ne sont pas solidement accompagné·es par leur structure. L’UCL apporte la pratique de lutte concrète, le cadre politique et la camaraderie forte indispensables à ces luttes lycéennes qui manquaient au MNL.
La FCPE (Fédération des Conseils des Parents d’Élèves) sera la seule structure en mesure d’accompagner les élèves en lutte dans le bureau du proviseur et de son adjointe. Ce 7 décembre, les élèves posent un ultimatum : si rien n’est fait avant la rentrée de janvier, où débute un cycle piscine, ils rendront l’affaire publique. Dès la semaine suivante, l’enseignant est suspendu. Les militant·es continuent pourtant de subir diverses pressions de la part de la direction. M. est convoqué sous un faux motif et se voit accusé de propager des rumeurs sur l’agresseur. Lors d’un entretien avec les élèves en lutte, une CPE exprime la grande souffrance causée par l’impossibilité structurelle d’accueillir les victimes de VSS. Quant à la direction, elle alterne entre hostilité et fausse compassion impuissante. Par exemple, elle avoue aux militants que des lycéennes lui avaient déjà rapporté des comportements « bizarres » de cet enseignant. La direction a choisi d’en parler directement au professeur en question, sans suivi particulier, signe d’une méconnaissance profonde des violences patriarcales. Par la suite, elle transmettra que se passe-t-il au niveau de la justification les noms de ces lycéennes à la police sans leur avis. Moins surprenant, mais tout aussi violent, la police sollicitée automatiquement par le rectorat pour fournir un rapport d’enquête a mis la pression sur M. en lui demandant de pousser les autres victimes à déposer plainte. En revanche, les OPJ n’ont auditionné ni la direction, ni les CPE.
Rentrée de janvier : l’UCL en ordre de bataille
Bien que l’enseignant ait été suspendu depuis décembre, le lycée maintenait sa politique de l’opacité et rien ne garantissait qu’il ne reviendrait pas après l’enquête. La commission lycéenne a alors fait appel au reste de l’UCL Grenoble pour un tractage massif le 17 janvier. Le proviseur a eu beau sermonner longuement les élèves en lutte devant le portail, 700 tracts intitulés « Victoire pour les lycéen·nes mobilisé·es de Bergès ! » ont été distribués. Nouveau faux pas, le proviseur a ensuite demandé à toutes et tous les enseignant·es de condamner le tract devant leurs classes au motif qu’il serait erroné, puisque l’agresseur n’était pas « mis à pied » mais « suspendu »... Un tract condamnable parce que nous aurions atténué la sanction par inadvertance ? Là encore, la direction a joué des pieds et des mains alors qu’elle perdait les pédales ! En amont de cette démonstration de force, l’UCL avait fourni un accompagnement juridique ainsi qu’un partage d’expérience sur le militantisme lycéen et étudiant. Surtout, elle a apporté un soutien moral vital.
La commission lycéenne tire plusieurs conclusions politiques de ces événements qui confirment des analyses préexistantes. D’abord, l’organisation politique doit un soutien au long cours aux militant·es en première ligne dans la lutte contre les VSS et organiser des actions visibles et massives. Dans les mêmes circonstances, un syndicat lycéen aurait été démuni dès l’abandon par les profs et les CPE. Par ailleurs, notre grille d’analyse libertaire permet de mettre en évidence le rôle des institutions de l’État comme l’Éducation Nationale et le lycée Bergès dans la silenciation des victimes et la stigmatisation des militant·es lycéen·nes. À ce jour, l’enseignant n’est pas revenu. Cette victoire a permis d’emmener bon nombre de lycéen·nes en manifestation le 8 mars pour les luttes féministes,, contre le « choc des savoirs » et en soutien au peuple palestinien. Construire un mouvement lycéen fort, c’est d’abord lutter dans nos lycées.
Le combat ne fait que commencer. Au moment même où nous écrivions cet article en terrasse d’un café, un élève d’un autre lycée est venu voir D. et M. pour leur parler d’un nouveau cas. Difficile de mieux illustrer les effets de la lutte : on se reconnaît, on se cause et on s’auto-organise. Même dans les lycées, on laisssera rien passer ! Violences sexistes, riposte féministe !
Commission lycéenne de l’UCL Grenoble
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Pierre Salmon : Un antifascisme de combat, Armer l’Espagne révolutionnaire – 1936-1939
Il est des sujets déjà bien documentés que l’on pourrait penser, à tort visiblement, que l’on en a fait le tour. Cet ouvrage de l’historien Pierre Salmon, tiré de son travail de thèse, est de ceux qui nous surprennent sur un sujet que l’on croyait pourtant abondement documenté : la lutte et la solidarité antifasciste durant la guerre d’Espagne.
L’auteur s’intéresse ici à la solidarité en acte de militant·es antifascistes qui ont mis sur pied des réseaux de passe d’armes vers l’Espagne en guerre, une « contrebande révolutionnaire », pour soutenir le combat antifasciste, ce qu’il nomme un « antifascisme de combat ».
Du fait de l’abandon de l’Espagne républicaine par le Front populaire qui pratique une « politique de non-intervention », même si les frontières ne furent pas hermétiquement fermée, les approvisionnements d’armes de l’Espagne républicaine et révolutionnaire proviennent essentiellement de l’URSS. Il y eut cependant des militants, anarchistes, trotskistes ou communistes, qui entrèrent en contrebande pour défendre « leur révolution ».
À côté des actions plus ou moins publiques de soutien à l’Espagne révolutionnaire et républicaine qui furent le fait dès 1936 du Secours rouge international (SRI), lié au Komintern, du Comité anarcho-syndicaliste pour la défense et la liberté du prolétariat espagnol (CASDLPE) et du Comité pour l’Espagne libre (CEL) et après les affrontements des journées de mai 1937 à Barcelone de la Solidarité internationale antifasciste SIA, s’organisent des réseaux plus informels de contrebande d’armes entre la France et l’Espagne.
Ce sont ces réseaux et ses acteurs, les femmes très peu présentes semblent avoir été invisibilisées nous dit l’auteur, qui sont au cœur de cet ouvrage : leur (dés)organisation, leurs déboires mais aussi les parcours des militants ayant pris part à cette solidarité en acte, souvent au péril de leur vie, moins visible et aussi moins valorisée que le volontariat armé.
À travers cet « engagement politique transnational en contexte clandestin » c’est une histoire de l’illégalise politique qui nous est ici proposée, à hauteur des parcours des hommes et des femmes qui se livrèrent à cette contrebande révolutionnaire.
David (UCL Savoies)
Pierre Salmon, Un antifascisme de combat : armer l’Espagne révolutionnaire – 1936-1939, Éditions du Détour, avril 2024, 256 pages, 21,90 euros.
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Il est fini le temps des colonies : #FreePalestine, #FreeKanaky !
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Génocide en Palestine : Israël a développé un système concentrationnaire
Les images des bombardements, de la famine et des destructions de Gaza montrent le niveau d’horreur atteint par Israël. Mais il est important de ne pas oublier les prisonnières et prisonniers palestiniens, à l’heure où les témoignages de tortures, de viols, de traitements inhumains et dégradants se multiplient, dressant le portrait d’un véritable système concentrationnaire.
La situation des prisonniers et prisonnières palestiniennes est peu connue et peu évoquée, y compris à gauche. Au mieux elle est évoquée au détour d’une phrase. Au pire, les organisations de solidarité avec la Palestine se voient carrément reprocher de parler de leur situation [1]. Pourtant, il est impératif de dénoncer l’arrestation arbitraire, les humiliations, la torture, les viols et leur aggravation depuis le 7 octobre.
Un système de détention arbitraire
Qui sont les prisonnières et prisonniers palestiniens ? Souvent des mineur·es, et la plupart du temps des personnes arrêtées pour un délit anodin, ou pas de délit du tout. Un adolescent parce qu’à un contrôle dans un checkpoint des soldats israéliens ont trouvé dans son téléphone des photos d’un autre checkpoint ; un homme blessé près d’un champ de bataille à Gaza et considéré, pour cette raison, comme un combattant ; une femme arrêtée près d’un hôpital où Israël prétend que des combattantes et combattants se cachent...
La « détention administrative » permet de garder ces personnes en prison sans la moindre justification pendant six mois. Au bout de ce délai, une parodie de procès (sans aucun droit de la défense) permet de prolonger l’emprisonnement pour six nouveaux mois. Et ainsi de suite, parfois pendant des années.
En juillet, un rapport de l’ONU évaluait à 1 100 le nombre de personnes en détention administrative. En décembre, ce nombre montait à 1 310. En avril, à 3 600.
Une batterie de lois a été votée depuis décembre dernier pour créer un autre régime de détention, encore plus permissif. Le statut de « combattants illégaux », qui est celui des personnes kidnappées à Gaza.
Celui-ci donne une licence totale à l’armée pour enfermer des personnes sans charge ni mandat d’arrêt, et sans accès à un avocat. Il s’agit d’une véritable carte blanche pour kidnapper sans le moindre contrôle judiciaire, sans même que l’armée ait à informer les proches de la victime.
Si on ajoute à cela qu’aucune loi israélienne ne condamne formellement la torture [2], on comprend mieux pourquoi le Shin Bet (services secrets israéliens) explique au New York Times que tous les interrogatoires sont « menés conformément à la loi ».
Bases militaires, ou camps de concentration ?
Depuis plusieurs mois, un véritable système concentrationnaire est mis en place, dans ce cadre juridique. Des témoignages terrifiants nous parviennent des camps de Sde Teiman, dans le désert du Neguev, d’Ofer et d’Anatot. Il s’agit de bases militaires transformées en ce qu’il faut bien appeler des camps de concentration. Sde Teiman semble être le plus important de ces trois centres [3].
La comparaison des images satellites de septembre 2023 et mars 2024 réalisée par CNN montre que « plus de 100 nouvelles structures, parmi lesquelles des grandes tentes et des hangars » ont été construites en quelques mois, agrandissant largement les infrastructures du camp [4].
Les témoignages dont nous disposons sur ces camps sont effrayants. Les personnes emprisonnées doivent rester menottées pendant des jours, jusqu’à provoquer des blessures graves aux poignets, aux bras et aux jambes. Un ancien médecin du camp explique que les amputations du fait de ces blessures relèvent de la « routine ».
Souvent laissées à moitié nues, elles portent seulement des couches et il leur est interdit d’aller aux toilettes. Ils et elles ont obligation de garder les yeux bandés, ont interdiction de bouger ou de parler. À la moindre désobéissance, les soldats les frappent pendant des heures, jusqu’à provoquer des fractures des os et des côtes, ou les forcent à se tenir pendant des heures les mains au-dessus de la tête en les attachant aux barrières.
La nuit, ces personnes sont menottées à leur lit, pendant que, sous prétexte de fouille, les soldats lâchent des chiens sur les détenu·es. Dans l’ancien hôpital militaire en annexe de la base de Sde Teiman, des détenu·es, quasi-nu·es et menotté·es à leur lit, sont laissé·es à la merci de jeunes internes en médecine à qui l’armée ordonne de mener des opérations pour lesquelles ils et elles ne sont pas formé·es.
Torture et viols de masse
L’enquête du New York Times décrit une véritable institutionnalisation du viol et de la torture dans le cadre des interrogatoires. Les personnes emprisonnées, toujours les yeux bandés et vêtues seulement d’une couche, sont d’abord maintenues dans des pièces où est jouée une musique extrêmement forte, au point de provoquer de saignements dans les oreilles, pour les empêcher de dormir.
De plus, les témoignages recueillis par le New York Times décrivent de multiples méthodes de torture, parmi lesquelles l’emploi de chaises électriques, et le viol au moyen d’une barre de métal, peut-être chargé électriquement [5] sur laquelle les soldats assoient de force les détenu·es.
L’emploi de la violence sexuelle par l’armée israélienne dans le cadre d’arrestations ou d’interrogatoires est fréquent : les fouilles à nu, souvent devant les familles, sont fréquemment un prétexte pour des agressions sexuelles et des viols [6].
Selon le New York Times, 4 000 personnes aurait connu l’enfer de Sde Teiman depuis octobre, et 35 morts seraient confirmées. Ce chiffre est probablement bien en-deçà de la réalité, dans la mesure où l’occupation refuse systématiquement de rendre les corps de celles et ceux qu’elle assassine.
Le démantèlement du système carcéral israélien, de ses camps de concentration, de sa détention administrative, de son armée de tortionnaires, doit être au centre de nos préoccupations pour la décolonisation de la Palestine.
Commission relations internationales
Exergue 1 : En juillet, 3 600 personnes en détention administrative Exergue 2 : Plus de 100 nouvelles structures ont été construites
Exergue 2 : Plus de 100 nouvelles structures ont été construites
[1] Par exemple, une « lettre ouverte aux organisations qui convergent au sein d’Urgence Palestine », parue le 20 février dernier sur Mediapart, reproche à Urgence Palestine d’écrire que ne pas « faire mention des prisonniers palestiniens, hommes, femmes et enfants emprisonnés dans les geôles israéliennes, c’est se faire le porte-voix de du gouvernement israélien et de son armée », renvoyant à cette phrase comme une preuve de l’indifférence d’UP envers les otages israéliens.
[2] Israël est signataire d’une convention de l’ONU sur le sujet, mais s’est bien gardée de la traduire dans ses lois – et pour cause. Voir l’article de Janan Abdu, « The writing was on the wall for Israel’s torture of prisoners », 972 mag.com.
[3] Les informations que nous avons étant extrêmement partielles, la prudence est cependant de mise : il est possible que les témoignages dont nous disposons à ce jour ne soient qu’une petite partie de la réalité.
[4] La plus grande partie des informations sur Sde Teiman publiées dans cet article proviennent de deux sources : « Sde Teiman : « Israeli whistleblowers detail abuse of Palestinians in shadowy detention center » CNN et, « Inside Sde Teiman, the Base Where Israel Detains Gazans. » New York Times.
[5] Un des témoignages évoque un « bâton électrique » (« electric stick »).
[6] Voir l’article de Yumna Patel : « New reports confirm months of Israeli torture, abuse, and sexual violence against Palestinian prisoners », Mondoweiss
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LOA : loi d’optimisation de l’agriculture industrielle
Le parcours parlementaire de la loi d’orientation agricole (LOA), votée en première lecture au Sénat, a été interrompu du fait de la dissolution de l’Assemblée nationale. Présentée comme permettant de s’adapter au changement climatique elle est en fait le signe de la prégnance et de du poids des lobbys industriels au détriment d’une agriculture paysanne et respectueuse des sols comme des personnes.
La loi d’orientation agricole 2024 avait été adoptée en première lecture le 28 mai à l’assemblée et devait être étudiée par le Sénat courant juin, sans grande crainte alors de rejet par celui-ci, majoritairement à droite.
Pour rappel, la LOA (Loi d’orientation agricole), annoncée en 2022, était présentée pour solutionner le renouvellement de la profession agricole[[D’ici 2035, un tiers des agriculteurs et agricultrices partiront à la retraite.] ainsi que pour accompagner les pratiques agronomiques à mieux s’adapter au changement climatique.
La loi initialement prévue pour être présentée en Conseil des ministres en janvier 2024, moment où a commencé une crise agricole historique, qui oblige le gouvernement à la repousser.
Finalement présentée en avril, elle a été entre temps amendée par une bonne partie des revendications portées par la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, syndicat majoritaire) et les JA (Jeunes agriculteurs) pendant le mouvement.
C’est à dire une agriculture toujours plus industrielle et ultralibérale : assouplissement de la gestion des haies, accélération des procédures concernant les projets de retenues d’eau. Les mesures pour favoriser le triptyque robotique-génétique-numérique ont été approuvé, quand en parallèle les objectifs chiffrés sur le développement des surfaces cultivées en agriculture biologique étaient supprimés du code rural.
La victoire du triptyque « robotique-génétique-numérique »
Pour la Confédération paysanne, la priorité est l’installation de paysannes et paysans nombreux qui arrivent à vivre dignement de leur métier sur tout les territoires. Une loi portant une réelle ambition pour un avenir agricole écologique et social aurait du garantir une sécurisation des moyens de production de base : les terres, l’eau, les semences.
Un revenu décent et équitablement répartie entre les acteurs de la profession est aussi une revendication centrale de la Conf’. De même que l’amélioration de la protection sociale alignée sur les autres catégories socio-professionnelles (retraite décente, droit au repos et au remplacement, etc.) seraient des avancées essentielles qui ne sont même pas évoqués dans la loi !
Malgré tout, on notera quelques petites victoires : l’objectif de maintien d’au moins 400 000 exploitations et 500 000 chefs d’exploitation a été conservé (quand la Conf’ revendique l’installation de 1 million de paysans et paysannes !).
Les moyens d’action des SAFER (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural, censé réguler le marché du foncier agricole) ont été renforcés et le projet de création de GFA-Investissement (Groupe foncier agricole) a été abandonné. Celui-ci ouvrait grand la porte à l’arrivée de capitaux financiers dans la détention sociétaire de terres agricoles.
Une loi spécifiquement sur la question foncière est d’ailleurs dans les cartons du gouvernement. Il faudra encore une fois lutter sur tout les fronts pour défendre une vision paysanne et entraîner le plus grand nombre de personnes dans la lutte car la question des terres agricoles concerne tout le monde.
Même si le combat législatif porté par les organisations professionnelles agricoles progressistes est fastidieux il reste nécessaire. Nul doute que les mobilisations locales et nationales, alliant paysans et paysannes et classes populaires seront les vrais vecteurs du changement de modèle, pour tendre à une agriculture paysanne durable, locale et enfin accessible à toutes et tous.
Vincent (paysan libertaire)
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Communiqué Alternativa Libertaria : Pour la Libération du fascisme et du capitalisme
Pour la deuxième année en Italie, nous avons célébré la Fête de la Libération sous un gouvernement d’extrême droite.
Dans toutes les villes se sont déroulées des manifestations de masse convoquées par l’Associazione Nazionale Partigiani d’Italia avec la participation de syndicats, associations et organisations politiques de la gauche. Cette année, le fait d’être nombreuses et nombreux à remplir les places a eu encore plus de signification car la cheffe du gouvernement Meloni continue à refuser de reconnaître la valeur de l’antifascisme dans l’histoire de l’Italie et se révèle chaque jour plus populiste, en invitant les électeurs et électrices à écrire sur le bulletin des élections européennes simplement son prénom, « Giorgia », en se déclarant une femme et une amie du peuple.
Cent mille antifascistes, de Rome à Milan, ont envahi les rues pour rappeler la lutte partisane contre les nazi-fascistes et pour rappeler à toutes et tous qu’aujourd’hui il est nécessaire de construire la Résistance contre la droite et contre la destruction des droits sociaux et de l’environnement.
Des milliers de drapeaux palestiniens ont flotté en solidarité avec le peuple palestinien, victime de génocide de la part de l’État colonialiste et criminel d’Israël. À Rome, d’autres cortèges et initiatives antifascistes ont eu lieu dans les banlieues pour porter la résistance là où les dommages sociaux créés par le gouvernement de Meloni, et auparavant par ceux de centre-gauche, sont les plus graves.
La manifestation principale s’est conclue à Porta San Paolo, lieu de la bataille du peuple de Rome contre les nazis le 10 septembre 1943, avec le discours d’un camarade partisan, de 97 ans, qui a dit qu’aujourd’hui encore, il serait prêt à reprendre les armes contre les fascistes.
Les camarades d’Alternativa libertaria ont porté dans les rues leur mot d’ordre révolutionnaire « Vive la Résistance contre le capitalisme », en faisant appel à l’action politique, sociale et syndicale des travailleurs et travailleuses contre le fascisme, l’exploitation des personnes et de l’environnement par la bourgeoisie. La Résistance au fascisme ne doit pas se manifester par une célébration institutionnelle complètement séparée des résistances actuelles. En mémoire du 25 Avril, nous voulons rappeler la résistance du peuple palestinien et kurde, celle contre les bases militaires et l’expansion du militarisme dans la société, contre la production et le commerce des armes, contre toutes les guerres impérialistes.
Nous voulons rappeler la résistance des jeunes qui protestent et qui sont matraqués par la police, celle des femmes en lutte pour la défense de leurs droits dans une société toujours plus machiste et patriarcale, celle des travailleurs et travailleuses qui luttent contre les licenciements, pour un salaire décent, pour la sécurité sur le lieu de travail et pour une meilleure qualité de vie.
Mais nous ne voulons pas non plus oublier la Résistance directement liée à cette date, à ceux qui ont lutté et ont payé de leur vie pour s’opposer au nazifascisme aujourd’hui ressuscité, parce qu’il est important de conserver et de transmettre la mémoire.
Contre toute frontière, parce que « notre patrie est le monde entier », pour une nature et une humanité libérées de l’exploitation capitaliste sous toutes ses formes, contre le racisme et la répression, contre toute oppression politique et d’État.
En toute circonstance, vive la Résistance au capitalisme !
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QUE FAIRE ? • 5/5 • UCL : démocratie directe, fédéralisme et autogestion 18/01/2022
L’Union communiste libertaire a vu le jour en 2019, suite à la fusion de deux organisations : Alternative libertaire, fondée au début des années 1990, et la Coordination des groupes anarchistes, née une décennie plus tard. Forte d’un journal mensuel et d’une cinquantaine de groupes et liaisons sur le territoire français, l’UCL s’inscrit, comme son nom l’indique, dans une tradition précise : « L’anarchie et le communisme sont les deux termes nécessaires de la révolution », lançait, peu après la Commune de Paris, l’un de ses fondateurs. L‘UCL invite à la constitution, dès à présent, de contre-pouvoirs dans l’ensemble de la société — dans l’espoir de former, à terme, un véritable double pouvoir. Autrement dit, un pouvoir populaire capable de remplacer le pouvoir d’État puis de travailler à l’instauration d’un ordre social fédéré, autogestionnaire et démocratique. S’écartant à la fois des hypothèses électorales, de désertion et d’appropriation de l’appareil d’État, les inspirations contemporaines de l’UCL sont notamment à chercher du côté du Mexique et de la Syrie : les zapatistes et le Rojava. Dans le cadre de ce dossier entièrement consacré aux différentes stratégies de rupture avec l’ordre dominant, nous avons discuté avec l’organisation.
La notion de « double pouvoir » reste peu connue. Lénine avançait, en avril 1917, que la révolution russe « a ceci de tout à fait original qu’elle a créé une dualité de pouvoir » : la société était coupée en deux, entre gouvernement provisoire bourgeois et Soviets. En termes contemporains, que recouvre cette notion, centrale dans votre Manifeste ?
Comme ça ne vous étonnera sans doute pas, la notion de double pouvoir telle qu’elle est théorisée par notre organisation, communiste et libertaire, n’est en rien une référence à Lénine. Elle s’inscrit dans un processus révolutionnaire qui fait passer la société d’un contrôle capitaliste étatique à ce que nous essayons de construire : une société communiste libertaire, autogérée, fédéraliste. Pour comprendre ce que nous entendons par « contre-pouvoirs », il est important de définir cette notion. C’est, selon nous, l’ensemble des structures syndicales, organisationnelles, associatives et politiques, au sens large, qui visent à une transformation directe et immédiate de la société. Dans notre définition, ce sont des organisations ayant pour vocation d’organiser les masses pour lutter contre les dominations (qu’il s’agisse du patriarcat, du racisme, du colonialisme, du validisme, etc.) et d’instaurer les solidarités nécessaires pour répondre aux appétits destructeurs du capitalisme et des systèmes d’oppression.
Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?
Des associations comme le Planning familial, Survie, les assemblées générales féministes locales, les collectifs et associations de lutte LGBTI, les collectifs de soutien aux personnes sans-papiers, ou encore les organisations antiracistes spécifiques et les collectifs de lutte contre les violences policières. Nous pensons que la révolution peut advenir au terme d’un processus marqué à la fois par des conflits sociaux — la lutte des classes se matérialisera nécessairement dans des conflictualités dues à l’antagonisme des intérêts de classes — et des expérimentations portées par des contre-pouvoirs. En période non révolutionnaire, les militant·es révolutionnaires libertaires doivent donc agir afin que ces contre-pouvoirs se construisent sur des bases autogestionnaires. Une fois constitués, ils ont pour vocation, en période pré-révolutionnaire — c’est-à-dire dans ce temps où le pouvoir étatique est débordé —, de servir d’armature à un maillage de structures véritablement démocratiques, dans lesquelles le pouvoir populaire se matérialisera. C’est dans ce moment de tensions fortes, où le pouvoir capitaliste est réellement remis en cause, que se dessinent les contours d’un pouvoir populaire qui n’est pas pour nous l’État ouvrier léniniste, mais bien une dynamique de démocratie directe, fédéraliste et contrôlée par la base. On peut parler alors de double pouvoir : au pouvoir étatique capitaliste s’opposent frontalement des fédérations de producteurs, des comités de quartier (nous n’avons pas de fétichisme des appellations : les pratiques nous importent davantage)… L’objectif n’est pas de substituer un pouvoir holiste à un autre, mais bien de remplacer le pouvoir étatique par un pouvoir populaire horizontal et autogéré.
Cette révolution, personne ne peut aujourd’hui l’anticiper.
Évidemment. Personne ne sait si et quand la révolution viendra. Mais il est de notre devoir de ne pas rester attentistes — d’autant plus qu’il s’agit d’une question de survie face à la brutalité de l’exploitation et à la crise climatique. S’il suffisait d’attendre que le capitalisme s’effondre sous le poids de ses contradictions pour arriver à la révolution, le militantisme n’aurait pas de raisons d’être. Il est donc de notre devoir de militant·es libertaires de tout mettre en œuvre pour que les conditions nécessaires à la révolution se développent : l’investissement dès aujourd’hui dans les contre-pouvoirs est indispensable. Peut-être pas suffisant, mais absolument nécessaire.
Vous occupez une position singulière dans la pensée stratégique : vous n’êtes ni favorables à la « poétique de la révolution » du mouvement autonome — émeutes, spontanéisme, sécession —, ni, on l’a vu, des nostalgiques du parti léniniste. Vous tenez cependant au moment révolutionnaire comme à un moment de bascule : il y aura un avant et un après.
Notre position n’est pas si singulière, de notre point de vue. Nous nous inscrivons dans une lignée déjà ancienne, dans une tradition révolutionnaire que l’on peut faire remonter à l’Internationale anti-autoritaire de 1872, qui est née de la rupture d’avec les marxistes orthodoxes. Depuis, des générations de révolutionnaires se sont succédé. Les libertaires ont été de tous les combats et nous avons su tirer quelques leçons des erreurs du passé. Ces débats sont anciens. On pourrait citer Malatesta qui promeut le gradualisme face à Kropotkine. Son idée, rapidement résumée, c’est de dire qu’il est peu probable que les conditions requises pour une révolution anarchiste adviennent toutes prêtes, et qu’il est donc nécessaire de préparer la révolution en s’emparant dès que possible de tout ce qui peut être gagné contre l’État et le capital — ce qui participe à affaiblir leur pouvoir. Plus proche de nous, dans les débats qui ont agité les mouvements révolutionnaires dans la période d’après 68, certain·es ont fait le choix d’être dans la construction de ces contre-pouvoirs, notamment via l’investissement syndical, en se gardant à distance de deux impasses : le léninisme et le nihilisme. La conception léniniste du parti révolutionnaire n’a pas été — et ne sera jamais, selon nous — en mesure de mener une révolution au sens où nous l’entendons, c’est-à-dire une révolution globale des formes économiques, sociales, politiques et culturelles de la société. De même, s’en remettre complètement à la spontanéité n’est pas pour nous une option, d’autant plus que « Tout ce qui bouge n’est pas rouge », comme dit le proverbe… Le moment révolutionnaire, c’est donc ce moment où les forces sociales, les contre-pouvoirs, sont en mesure, non plus de défier le pouvoir étatique-capitaliste, mais de s’y substituer : c’est le « double pouvoir », comme nous l’avons dit.
Une fois ce stade atteint, il sera primordial de continuer à orienter ce processus révolutionnaire dans un sens autogestionnaire afin d’amener le dernier stade de transformation sociale que nous défendons, à savoir le pouvoir populaire. Que nous voulons d’essence libertaire. La bureaucratisation de ce processus — en ce qu’elle signifierait la fin de l’extension du pouvoir populaire à tous les domaines de la société pour s’en remettre à une force supérieure qui agirait en son nom — signerait alors la mort du processus révolutionnaire. Par contre, il ne nous est pas possible de dire aujourd’hui quelle forme prendra exactement ce moment révolutionnaire, la particularité des libertaires étant que nous n’avons pas de petit livre, fût-il rouge et noir, qui nous donnerait par avance la marche à suivre et une photographie de la révolution à venir. Pour autant, nous n’estimons pas être dans une logique de « laisser faire ». De même, nous ne partons pas du principe que la « bonne volonté populaire » saura trouver d’elle-même l’ensemble des réponses aux questions que posent nécessairement les périodes de troubles que représentent les révolutions.
D’où, on le devine, l’existence de votre organisation ?
L’une des raisons d’être de l’UCL est aussi de trouver dans notre pratique politique au quotidien des réponses potentielles aux questionnements légitimes qu’amènent un chamboulement total de la société et le renversement de l’ordre établi. C’est ce que certain·es camarades de la FOB Autónoma (Federación de Organizaciones de Base) d’Argentine appellent la « pratique préfigurative » : elle fait émerger dans le présent les solutions pour la construction d’un monde sans État pour demain, que nous tâchons de faire vivre dans notre organisation et dans les contre-pouvoirs que nous investissons.
Votre organisation est de taille modeste. Et vous faites effectivement savoir que le rôle des communistes libertaires sera de « contribuer à orienter le processus révolutionnaire vers une solution autogestionnaire ». Comment imaginez-vous pouvoir gagner en influence ?
Par nos pratiques autogestionnaires mises en œuvre dès à présent, dans les luttes que nous animons ! Cette « poétique de la révolution » peut être attirante pour certain·es. Elle donne des textes enflammés. Mais, au final, elle ne parle pas à grand monde et n’aboutit pas à grand-chose. Quant aux expériences marxistes-léninistes, elles ont montré leur inefficacité du point de vue révolutionnaire — entendu que la révolution ne consiste pas à substituer un pouvoir à un autre, une oligarchie à une autre, fussent-ils repeints en rouge. C’est dans cette logique que nous ne pensons pas l’implication des militant·es de l’UCL au sein de ces contre-pouvoirs comme étant une pratique d’avant-garde. Il ne s’agit pas pour nous d’en imposer par le nombre, en agissant à des postes de responsabilité au sein de ces structures pour en prendre le contrôle ou en les utilisant pour faire grossir nos rangs, mais de diffuser des pratiques et des outils autogestionnaires et de démocratie directe, en accord avec une éthique militante qui vise à être la plus irréprochable possible. C’est ce rôle que nous définissons par l’appellation « animateurs et animatrices autogestionnaires des luttes ».
Nous voyons à travers les expériences du Chiapas ou du Rojava — malgré leurs limites — que le fédéralisme et l’autogestion sont mieux à même de porter des projets révolutionnaires et émancipateurs. Quant aux luttes contre les grands projets capitalistes, comme les ZAD, nous voyons bien qu’elles ne se font pas en référence à une avant-garde révolutionnaire qui préfigurerait le grand parti des travailleurs, mais qu’elles sont bien plus proches d’une vision libertaire de l’existence. Ce ne sont que des exemples parmi de nombreux autres, qui montrent que l’influence des pratiques autogestionnaires que nous portons peut avoir une incidence tout à fait déterminante dans les luttes qu’il nous reste à mener. Il est de notre rôle de militant·es révolutionnaires libertaires de faire le lien entre ces expériences et des pratiques quotidiennes dans les contre-pouvoirs dans lesquels nous sommes investi·es — et en premier lieu les syndicats.
Vous louez une conception « moderne » du prolétariat. Il serait donc possible de détacher ce mot du sens qu’il a dans l’imaginaire collectif, à savoir les travailleurs des usines ?
On pourra sur ce point se référer à Marx : le prolétariat désigne celles et ceux qui n’ont pour vivre — et souvent survivre — que le choix de vendre leur force de travail, celles et ceux qui sont privé·es du capital et de la propriété des moyens de production. Il est indispensable de faire sortir le prolétariat de cette imagerie d’Épinal, qui le fantasme uniquement sous les traits d’un ouvrier blanc en blouse bleue ! Les enseignant·es, les caissier·es, les infirmier·es, les manutentionnaires, les serveur·ses : toutes et tous sont des prolétaires. De même qu’aujourd’hui le prolétariat ne se retrouve pas uniquement dans le travail salarié. L’ubérisation de l’économie a fait sortir du salariat des personnes — auxquelles on donne le statut d’auto-entrepreneurs —, qui sont objectivement des prolétaires, tout autant que les personnes privées de travail. Du reste, le prolétariat ne subit pas de manière équivalente l’exploitation économique qui, d’ailleurs, ne peut être prise comme seul point de référence. C’est parce que nous adoptons toujours un angle matérialiste que nous nous appuyons sur une grille de lecture intersectionnelle, issue du Black feminism des années 1970, comme ont pu le faire avant nous d’autres organisations anarchistes. Les secteurs féminisés — comme ceux de l’aide à la personne, du ménage — sont les lieux où s’exprime le plus l’exploitation économique, qui se cumule avec l’exploitation économique des femmes par les hommes à la maison, mais aussi les discriminations racistes, sexistes et LGBTIphobes qui précarisent les prolétaires concerné·es, que ce soit par des salaires moindres, l’accès au logement, aux soins… Le prolétariat ne peut plus être perçu comme un corps uniforme qui subirait de manière systématique et égale une même exploitation au sein du monde capitaliste. C’est encore plus évident si l’on prend en considération le colonialisme et son expression la plus brutale, dont bénéficient les pays colonisateurs. C’est aussi pour ça qu’il nous paraît essentiel de prendre notre part dans les luttes internationales et anticoloniales, en étant autant présent·es sur les luttes anticapitalistes que sur les luttes féministes et écologistes.
Que recouvre le « rôle central » que vous attribuez au prolétariat ainsi défini ?
Il procède de sa position dans le système économico-social capitaliste. C’est parce qu’il est au cœur de l’exploitation capitaliste que le prolétariat a un « rôle central ». C’est parce qu’il expérimente quotidiennement l’exploitation dans la vente de sa force de travail que le prolétariat a un « rôle central » (tandis que les capitalistes en retirent les bénéfices). C’est aussi parce que la ou le prolétaire expérimente auprès des autres prolétaires la réalité de l’exploitation en même temps que la conscience que celle-ci relève d’un ordre systémique. C’est enfin parce que les prolétaires sont au centre des dominations multiples (économiques comme sociales) qu’ils et elles sont plus à même de les comprendre, de s’organiser et d’agir concrètement contre ce qui nous pourrit toujours plus la vie. C’est dans cette logique que nous sommes certain·es que nous n’avons pas besoin d’instance supérieure pour nous dicter les modes d’organisation et la structure de la société qui est la plus à même de nous apporter l’émancipation. Simplement dit, c’est nous qui produisons, c’est nous qui subissons, donc c’est nous qui décidons. Notre analyse est dictée par la nature même de l’exploitation systémique du capitalisme.
Le syndicalisme pourra être « potentiellement, demain, un acteur indispensable de la socialisation des moyens de production, nécessaire pour basculer dans une autre société », écrivez-vous. On se souvient également de votre défense de la CGT, en mai dernier, suite aux attaques antisyndicales. Quelle est la place du syndicalisme au sein de votre dispositif ?
Ce n’est pas tant la CGT que nous défendions alors qu’un principe révolutionnaire. S’en prendre physiquement à des prolétaires organisé·es, quelle que soit la nature des reproches que l’on puisse faire à la CGT, à son service d’ordre ou aux autres structures syndicales, c’est tout simplement agir contre son camp. Notre ennemi, aujourd’hui, n’est clairement pas incarné par les structures syndicales, dont on peut regretter, de l’extérieur — ce qui est toujours plus facile — qu’elles soient défaillantes sur certains points, mais bien par les capitalistes. La CGT est, qu’on le veuille ou non, une organisation de masse et de classe, quoi qu’on pense de son organisation interne, de son fonctionnement ou de ses choix stratégiques. Il n’existe pas aujourd’hui de contre-pouvoir qui ait la potentialité révolutionnaire des syndicats. Certain·es peuvent le regretter, mais c’est un fait. Les syndicats portent les germes d’une société communiste libertaire que nous souhaitons voir émerger, dans le sens où l’un des objectifs historiques du syndicalisme est la destruction du capitalisme. C’est également au sein des syndicats qu’on peut, dès aujourd’hui, construire des contre-pouvoirs qui seront de nature à se substituer à l’État et aux capitalistes en période pré-révolutionnaire.
La socialisation de la société passant nécessairement notamment par la socialisation des moyens de production, les syndicats sont de ce point de vue incontournables si nous voulons maintenir la production nécessaire à la survie de tous et toutes. Dès lors, il nous paraît évident que les militant·es révolutionnaires libertaires doivent s’investir syndicalement et participer à la diffusion de pratiques horizontales et interprofessionnelles sur la base du syndicalisme d’industrie. Il s’agit, pour faire un parallèle avec la double besogne assignée aux syndicalistes par la charte d’Amiens1, de construire aujourd’hui des pratiques syndicales de luttes autogestionnaires, et de préparer demain la socialisation de l’économie.
Mais on ne peut pas nier la perte d’influence des syndicats dans le monde du travail…
Elle est réelle et multifactorielle. Elle doit être appréhendée et analysée de façon objective. La répression féroce de la part du patronat et de l’État, la propagande antisyndicale faite par des médias à leurs ordres sont évidemment à citer. Le peu de victoires obtenues face à des gouvernements qui refusent la démocratie et imposent leurs diktats est aussi à prendre en compte. Les méthodes autoritaires qu’ont eues à subir les syndicalistes ces dernières décennies, l’influence (heureusement très clairement en perte de vitesse) des staliniens dans certains syndicats ainsi que l’éclatement du syndicalisme de lutte sont aussi très certainement en cause. Par ailleurs, si nous pensons que le syndicat revêt une importance stratégique primordiale, il n’est pas le seul contre-pouvoir à investir. Les luttes antiracistes, antipatriarcales et écologiques vont au-delà du champ du travail : elles sont des luttes transversales qui doivent être prises en compte par les syndicats. Elles permettent d’amener des personnes jusqu’ici non impliquées à appréhender l’importance du syndicalisme et à se syndiquer. Ces luttes renouvellent et renforcent le syndicalisme : elles ne sont ni subsidiaires, ni subordonnables. Elles traversent toute la société et représentent autant de contre-pouvoirs agissant directement sur sa transformation. S’il est pour nous essentiel de les faire vivre aussi au sein de nos syndicats, nous ne pensons pas que ce seul outil puisse suffire.
Pour quelle raison ?
Car, précisément, l’oppression ne s’exerce pas seulement au travail. Il est donc vital pour nous de faire exister ces combats partout où c’est nécessaire. Nos vies et les différentes formes d’oppression que nous subissons ne se réduisent pas à l’exploitation salariale. C’est en prenant en compte tous ces aspects que nous renforcerons notre classe et créerons de réelles solidarités en luttant contre toutes les dominations — qui seront autant de leviers nécessaires à une stratégie révolutionnaire.
Dans Maintenant, le Comité invisible avance que « le vieux mythe de la grève générale est à ranger au rayon des accessoires inutiles ». Vous en faites, vous, « une visée stratégique, structurant [votre] action ». Pourquoi ?
Pour les raisons que nous venons d’évoquer. Le tout n’est pas de dire « On veut faire la révolution », mais de voir concrètement comment on s’organise au sein du prolétariat, comment on se donne les moyens de peser, de massifier nos positions. La grève générale ne se décrète pas : elle se construit dans et par les luttes. Et ce sont ces luttes qui vont construire tout à la fois une conscience de classe et des pratiques d’action et d’organisation que nous souhaitons voir se généraliser. Cette stratégie politique permet de mettre en application l’ensemble des théories et pratiques politiques que nous défendons. La plupart des soulèvements d’ampleur qui ont eu lieu ces dernières années se sont appuyés sur la grève générale pour faire advenir un monde plus égalitaire. Puisque la grève générale se construit dans et par les luttes, ça ne peut pas se faire sans une prise en compte de la multiplicité des systèmes de domination. Car, à l’inverse de certains courants politiques, nous ne pensons pas que les luttes antiracistes ou féministes, par exemple, divisent le camp des exploité·es : au contraire, elles le renforcent et permettent son unité. Les grèves des femmes qui, dans nombre de pays, ont été des réussites en sont un des exemples les plus frappants. Elles nous rappellent que la grève générale n’est pas un mythe poussiéreux mais une perspective révolutionnaire toujours vivante. S’il n’existe pas de « bouton magique » permettant de la faire apparaître, l’expérience de l’Histoire et de nos camarades à l’international nous démontre bien qu’elle doit être au contraire centrale dans notre perspective et nos visées politiques. Elle n’est donc pas un fétichisme mais une visée pragmatique, conséquence de l’opposition radicale des intérêts de notre classe qui fait « tourner la machine », comme on dit, d’avec la classe des capitalistes.
Face aux « risques de militarisation ou d’ordre policier » qui, évidemment, apparaîtront en cas de changement révolutionnaire, vous envisagez la construction de « structures d’autodéfense ». Qu’est-ce que ça recouvre, concrètement ? Une « garde civile », ainsi que le penseur écologiste et communaliste Murray Bookchin l’a théorisée pour « répondre aux menaces extérieures » ?
La notion de « garde civile » est peu développée chez Bookchin. Il est difficile, pour des libertaires, de penser en détail des structures nécessairement plurielles et autogérées dans le cadre d’une révolution libertaire. A fortiori quand on parle d’autodéfense, parce que notre imaginaire est submergé, saturé d’images et de représentations construites par nos ennemis. Là encore, l’Histoire nous apprend que les formes de ce type de structures peuvent être plurielles : on pense notamment à l’Ukraine de 1918 à 1921, la Catalogne en 1936-1937 ou, plus près de nous, au Chiapas ou au Rojava. Mais les conditions matérielles qui apparaîtront lors de ces changements révolutionnaires, et qu’on ne peut par avance décrire, compteront pour beaucoup dans la forme que prendront ces structures d’autodéfense. Une partie des forces de l’ordre, policiers et militaires, prendront-ils les armes contre leurs maîtres ? Ces changements révolutionnaires se feront-ils sur un temps court et de très fortes tensions, ou naîtront-elles d’un long processus de délitement du pouvoir central ? Là encore, on n’a pas de petit manuel rouge ou rouge et noir qui nous le dit. En attendant, il faut l’avoir en tête et intégrer dès à présent les pratiques d’autodéfense comme faisant partie du bagage de base de tout·e militant·e : les SO en manif, l’autodéfense numérique, la sécurité des camarades, etc., ne doivent pas être le fait de quelques militant·es. Nous pensons que les outils essentiels à l’autodéfense de notre classe doivent être pluriels et qu’il nous appartient de les diffuser : ils ne doivent pas être l’apanage de petits groupes spécialisés. D’ailleurs, l’autodéfense telle que vue par des communistes libertaires répond aux mêmes principes que toutes les autres structures : mandats impératifs et révocables, horizontalité, autogestion. Il ne s’agit pas pour nous de reproduire une vision viriliste et validiste de l’autodéfense, mais bien de promouvoir la force du collectif face aux différentes menaces que nous sommes amené·es à croiser.
Votre projet est clairement anti-étatiste. Socialisme ou Barbarie avançait, par la voix de Castoriadis, qu’aucune société moderne ne pouvait se passer de centralisation. L’organisation a donc promu la constitution d’un Gouvernement des Conseils autour d’une Assemblée centrale. Comment votre « fédéralisme » pense-t-il les tâches d’ampleur nationale — entre cent : le démantèlement coordonné des centrales nucléaires ?
Castoriadis avait tort ! Le fédéralisme est une notion qui nous paraît comme éminemment contemporaine. C’est encore un prisme qui marque beaucoup de ces intellectuel·les radicaux chics : Frédéric Lordon ou Andreas Malm, par exemple. Ils ont en commun le fait d’être très radicaux dans les dénonciations des méfaits de ce système, mais d’être incapables de penser le dépassement de l’État et du centralisme étatique. Nous pensons qu’il est nécessaire de dépasser l’État pour qu’advienne une société réellement autogestionnaire. Alors, évidemment, une fois ceci posé, plusieurs questions viennent. Elles ne sont pas toutes dénuées de pertinence — comme la vôtre sur le démantèlement des centrales : mais c’est une question qu’il conviendra de débattre dans le cadre des structures issues du syndicalisme et des conseils locaux concernés, étant entendu que, pour ce qui est du nucléaire, on est à une large échelle. Le démantèlement des centrales n’est pas du ressort national mais de l’ensemble des territoires concernés. Là encore, on est pris dans le prisme de notre socialisation dans un système nationalo-étatique. Prenons le cas de la centrale de Fessenheim : elle est quasiment sur la frontière avec l’Allemagne et toute proche de la Suisse. Ajoutons que ce qui permet l’existence du nucléaire civil repose aussi sur une logique internationale très liée à la question du colonialisme, laquelle logique peut être perturbée par l’avènement de conflits d’ampleur dans les produits producteurs — comme on peut l’observer actuellement au Kazakhstan. On voit bien à travers ce simple exemple que la dimension nationale n’est pas si pertinente que ça pour aborder un problème macro-social.
L’organisation fédérale, au niveau des territoires comme des travailleuses et des travailleurs, en intégrant les besoins directs des personnes concernées, serait beaucoup plus à même de mener à bien — c’est-à-dire concrètement et dans le respect absolu de la sécurité des populations — le démantèlement d’une centrale. En tout cas, bien mieux que ne le ferait un État capitaliste soumis aux intérêts économiques. Ou un État dit « ouvrier » gouverné d’en haut, sans prise sur les réalités du terrain. L’exemple de la pandémie que nous traversons est aussi une bonne manière d’appréhender la nécessité d’une coopération internationale, que peut largement favoriser un fonctionnement horizontal élargi à l’échelle planétaire. De même, à l’UCL, nous revendiquons la socialisation et l’autogestion des moyens de santé. Ce qui ne peut être envisagé ni à une échelle étatique, ni à une échelle localiste. La pandémie est mondiale, il est donc nécessaire d’appliquer une stratégie d’union qui ne crée pas de concurrence entre les régions du monde. Aujourd’hui, nous le voyons bien : malgré les consensus et préconisations scientifiques, c’est l’arbitraire étatique qui décide et dicte l’agenda sanitaire. Rappelons que l’État français, très tôt dans la pandémie, a fait le choix de placer la gestion sanitaire sous la responsabilité d’un conseil de défense, interdisant de fait tout regard sur le processus de prise de décision. Alors que l’État accélère le calendrier vaccinal pour la troisième dose de vaccin contre le Covid, d’autres régions du monde peinent à atteindre les premiers objectifs de vaccination. Or, tout comme un nuage radioactif, le virus et ses variants ne sauraient s’arrêter à une frontière. Cette logique sanitaire à double vitesse, pensée à l’échelle nationale, est mortifère. Elle ne peut que prolonger, voire aggraver la pandémie.
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Syndicalistes donc antifascistes : Le syndicalisme face à l’extrême droite, une affaire d’histoire et de principes
La lutte contre l’extrême droite n’est pas seulement une affaire électorale, elle se joue également au niveau syndical. Les prises de position de plusieurs centrales syndicales contre le Rassemblement national, appelant à faire barrage dans les urnes, nous rappellent qu’historiquement les syndicats se sont toujours opposés à l’extrême droite. Des années 1930 à l’époque de Vichy, des syndicalistes se sont levé·es pour dire en quoi le projet politique de l’extrême droite s’oppose au syndicalisme.
L’extrême droite est puissante, c’est un fait. Son importance en France s’ajoute à sa poussée en Europe comme l’ont démontré ces élections européennes. Déjà aux manettes de plusieurs États européens, bien souvent dans le cadre de coalitions, ses idées ont infusé à un tel point que désormais les leaders de la droite nouent des alliances et qu’ils n’ont pas besoin d’être au pouvoir pour que des éléments de leur programme soient appliqués par d’autres, à l’image de la loi immigration proposée par le gouvernement français et adoptée avec les voix du RN. Aujourd’hui les affronter devient donc difficile. Mais un acteur n’entend pas transiger avec eux, en dépit même parfois de ses militant·es : les syndicats. Encore ces jours-ci, ceux-ci prenaient position à cinq (CFDT, CGT, FSU, Solidaires et UNSA) pour engager toutes leurs forces militantes à s’opposer à l’arrivée au pouvoir du parti de Marine Le Pen, qui atteste de leur opposition de principe et fondamentale à l’égard de l’extrême droite [1]. Ces syndicats n’avaient pas attendu d’avoir la confirmation par les urnes des intentions prêtées aux électeurs et aux électrices par les sondeurs, et l’annonce stupéfiante du président de la République, pour affronter le danger. Ainsi, le 16 avril, la CGT et la CFDT se sont réunies avec d’autres syndicats européens à la Bourse du travail de Paris pour débattre de l’influence de l’extrême droite sur le lieu de travail et sur les moyens de la combattre [2], démontrant ainsi leur attachement à un engagement pris depuis longtemps, qui remonte aux premières percées du Front national aux élections municipales au début des années 1980.
Les formes de l’opposition à l’extrême droite s’expriment différemment suivant les organisations, en lien avec leur propre histoire et les principes défendus. Mais cette opposition est bien réelle, quasi identitaire pour les syndicats qui portent en eux-mêmes une vision des rapports sociaux contraire au projet sociétal de l’extrême droite. Ce n’est pas un hasard s’ils sont régulièrement attaqués par les différentes figures de ce camp, de Louis Aliot pour qui les syndicats « ne servent à rien » à Marine Le Pen qui ne se prive d’aucune occasion pour contester leur légitimité ou le bien-fondé de leur action [3]. Au-delà des mots, ce sont également les locaux syndicaux qui sont aussi souvent ciblés par l’extrême droite de rue, et notamment ceux de Solidaires et de la CGT.
1934 : face au danger fasciste, les deux CGT se réunissent
Pour comprendre l’opposition syndicale à l’extrême droite, il faut revenir à ce qu’il s’est passé en 1940 ou en 1958, plus encore que ce qui a été fait lors du Front populaire. À l’époque, à la suite du coup de force orchestré par les ligues d’extrême droite le 6 février 1934, les deux principales forces syndicales d’alors, la CGT et la CGTU, séparées depuis 1921, décident de se réunifier dans une seule organisation : il fallait « faire fron » [4]. Manifester ensemble comme elles l’ont fait au lendemain de l’événement, le 12 février, ne suffisait pas : il fallait acter l’unité des forces contre l’ennemi. Cela amène au congrès commun de Toulouse en mars 1936, préparé pendant de longs mois (le processus de réunification avait été lancé dès l’automne 1934 par des premières rencontres officielles entre dirigeants alors que déjà, à la base, des syndicats s’unissaient sans attendre les consignes confédérales) [5]. Les syndicats avaient anticipé le mouvement plus global de la gauche dans son ensemble, qui se montra prête à s’unir quand le danger d’une extrême droite au pouvoir prit forme.
En 1940, leur posture face à Vichy montre davantage ce qui les oppose fondamentalement à ce courant politique d’inspiration fasciste : cela commence avec la signature d’un texte commun, « le syndicalisme français, ce qu’il demeure, ce qu’il doit devenir » (connu ultérieurement sous le nom de « Manifeste des Douze ») [6].
Après la publication par Vichy le 9 novembre d’un décret annonçant la dissolution immédiate des centrales syndicales, ne permettant qu’aux structures locales d’exister, douze leaders syndicaux, trois de la CFTC et neuf de la CGT, apposent leur nom au bas d’un texte qui, sans être révolutionnaire, attaque la conception de l’État français du maréchal Pétain et son organisation sociale.
Le syndicalisme contre le corporatisme
Deux principes sont ardemment défendus dans le Manifeste : la pluralité syndicale et l’indépendance à l’égard de l’État. Face à la volonté de concevoir un syndicat unique qui lui enlèverait toute autonomie en le plaçant dans la même structure que le patronat, suivant le modèle corporatiste (ce qui sera mis en œuvre sous la forme de comités sociaux d’établissement), le texte fait valoir le principe premier de la liberté syndicale (choix d’adhérer ou non à un syndicat) et le libre choix de son organisation. S’il reconnaît à l’État son rôle dans le bon fonctionnement économique et sa nécessité de jouer un rôle d’arbitre, le syndicalisme ne saurait toutefois s’y soumettre, ce qui est résumé par la formule suivante :« le syndicalisme ne peut pas prétendre absorber l’État. Il ne doit pas non plus être absorbé par lui ». Face au projet pétainiste, en partie élaboré par un ancien syndicaliste, René Belin, qui se voulait héritier de la doctrine sociale chrétienne et faisait disparaître la lutte de classe, soit des objectifs partagés dans ce manifeste, la signature de ces syndicalistes, en particulier chrétiens, est symptomatique. D’autres responsables ont d’ailleurs accepté de participer à la Charte du travail du régime de Vichy. Mais il est des principes qui demeurent intangibles et qui expliquent l’adhésion de ces dirigeants au manifeste et leur entrée dans la Résistance, au nom de cette défense de la liberté, un principe qu’ils reprendront ensuite à la Libération en refusant la centrale unique envisagée par la CGT dans la prolongation du « Comité d’entente interconfédéral » à l’œuvre depuis mai 1944. La CGT avait initialement proposé l’établissement d’une plateforme d’unité d’action pour parvenir à l’unité organique (septembre 1944) puis avait soumis l’idée d’une fusion (mars 1945).
Pas de discrimination raciale pour les syndicats
Le « Manifeste des Douze » montre aussi une opposition claire et nette face à toute forme de xénophobie et d’antisémitisme alors que le régime vient de promulguer son décret sur les Juifs, les excluant de certaines professions et en faisant d’eux une catégorie à part des citoyens français. Face à ces lois, le texte récuse toute discrimination : « le syndicalisme français ne peut admettre entre les personnes de distinctions fondées sur la Race, la Religion, la Naissance, les Opinions, ou l’Argent. Chaque personne humaine est également respectable », condamnant explicitement l’antisémitisme. À chaque fois, la CFTC a refusé de s’engager dans quoi que ce soit qui aille au-delà de l’unité d’action, arguant du pluralisme syndical comme « l’une des expressions les plus hautes de l’exercice de la liberté et de la démocratie » [7].
Contre le coup d’état de De Gaulle
1958 est un autre moment-clé qui témoigne de l’engagement des syndicats dans la défense des principes démocratiques et le respect de l’État de droit. La CGT et celle qui est encore la CFTC participent à la manifestation du 28 mai 28 mai qui visait à défendre la légalité républicaine et « les libertés démocratiques » contre la prise de pouvoir de De Gaulle à la suite à l’insurrection orchestrée par les Français d’Algérie et l’armée le 13 qui avait amené la constitution d’un Comité de salut public à l’origine de l’appel à De Gaulle. Dans les jours qui suivirent, alors que De Gaulle, sans condamner le coup de force, affichait sa disponibilité à prendre « la tête d’un gouvernement de la République », et que l’armée orchestrait la montée en pression sur le territoire (un comité de salut public institué en Corse, la possibilité d’un coup d’État communiste annoncée régulièrement), Pflimlin acceptait de démissionner sous pression du président René Coty. De Gaulle pouvait être alors nommé Président du conseil aux conditions qu’il avait lui-même fixées, à savoir les pleins pouvoirs pendant six mois pour modifier la constitution. Le cortège du 28 mai ne réunit toutefois que 200 000 manifestant·es, démontrant que si les états-majors syndicaux avaient tenu bon sur leurs principes, les bases militantes, elles, n’avaient guère envie de défendre le régime de la IVe République.
Aujourd’hui, ces idéaux continuent à alimenter le combat contre l’extrême droite. Certes, le programme du RN n’en vient pas à proposer la dissolution des organisations syndicales. Mais, dans « la grande réforme des syndicats » telle qu’elle a été présentée lors des dernières campagnes présidentielles, il s’agit bien de limiter la déjà maigre étendue de leur pouvoir et de se placer implacablement aux côtés du patronat. C’est le sens porté par exemple de l’interdiction des piquets de grève ou du vote préalable de l’ensemble des salarié·es à tout arrêt de travail (annoncés un temps comme la réforme des élections professionnelles ou de la représentativité pour affaiblir les syndicats existants).
Le « projet syndical » du RN a un arrière-gout d’années 40
Au fond, c’est le même projet, en 1940 comme aujourd’hui, avec ces inflexions propres au caractère de l’histoire qui « ne se répète pas » : en tant qu’auto-organisation des travailleurs et travailleuses qui refusent de se ranger benoîtement derrière le chef désigné, les syndicats doivent être reconnus dans leur légitimité à porter de façon complètement autonome la parole salariée avec les moyens qu’ils choisissent de se donner, dans le cadre d’un État de droit. Leur nier cette capacité, c’est nier le principe même de leur existence.
Aujourd’hui, c’est au nom de cette incompatibilité que la plupart des organisations syndicales excluent les membres qui figurent sur une liste RN ; c’est au nom de ces principes qu’elles peuvent aller jusqu’à la consigne de vote selon des modalités diverses. Cela ne signifie pas que le syndicalisme est immunisé contre l’extrême droite – les enquêtes d’opinion montrer que les adhérent·es à leurs idées progressent au sein des syndicats –, mais ces luttes, au sommet comme à la base, démontrent à quel point les syndicats ne transigent pas, dans les actes comme dans les idées. Tous n’en peuvent pas dire autant.
Claude Roccati, historienne
[1] Voir la déclaration de l’intersyndicale qui s’est réunie le 10 juin au siège de la CGT : « Après le choc des européennes les exigences sociales doivent être entendues » d’Elena Gianini Belotti.
[2] Les interventions de cette journées sont disponibles sur sur le site de la CGT, dans l’article « Débat des syndicats européens : ensemble contre l’extrême droite ! »
[3] Louis Aliot : « Les syndicats sont les croque-morts du monde économique et du travail […] ils ne servent à rien », BFM TV, 25 août 2022.
[4] Voir « Février 1934 : De la tentative réactionnaire de coup d’État au sursaut antifasciste », Alternative libertaire, février 2024.
[5] René Mouriaux, La CGT, Seuil, 1982, p. 69-72. Voir aussi Georges Pruvost et Pierre Roger, Unissez-vous ! L’histoire inachevée de l’unité syndicale, Éditions de l’atelier, 1995, p. 95-117.
[6] « Manifeste des Douze »
[7] Motion adoptée au congrès de septembre 1945, voir Gérard Adam,La CFTC 1940-1958. Histoire politique et idéologique, Armand Colin, 1964, p. 103.
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Tournetourne664
in reply to Union Communiste Libertaire 37 • • •Je suis heureux d'apprendre que vous avez su vous entourer. Seul.es et isolé.es, il est beaucoup plus dûr de tenir face à ces administrations (et ces groupes politiques) qui cherchent à tout prix à nous silencier.
Bravo à vous de tenir bon! Vous avez tout mon soutien!
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Tournetourne664
in reply to Union Communiste Libertaire 37 • • •Vous ne devez rien à personne. Ni aux compagnons qui vous ont soutenu, ni aux autres victimes.
Vous avez le droit de quitter la barque, de passer le flambeau. D'autres s'en saisiront sans aucun doute.
Votre vie continue, et elle ne se limitera pas à cet engagement.
Bon courage pour cette nouvelle année scolaire!
Sororalement,
#metoo
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