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Un ultime clin d’œil à notre camarade Gérard Coste.
Postier communiste libertaire, syndicaliste de lutte, Gérard était, ces dernières années, devenu un « passeur », transmettant son expérience et plus largement l’expérience du mouvement ouvrier. Il nous a quittés le 9 mars 2024.
Cela faisait plusieurs années qu’il avait dû restreindre son engagement, fatigué qu’il était par la maladie. Mais toutes celles et ceux qui l’ont connu conserveront le souvenir d’un camarade solide, souriant, à l’ironie douce, à la présence rassurante, à l’érudition contagieuse.
Âgé de 15 ans en Mai 68, actif dans le mouvement de la jeunesse en région parisienne, Gérard était devenu postier en 1972 et avait pris part aux luttes de l’époque : le Larzac antimilitariste en 1973, puis bien sûr la grande grève des PTT en 1974 [1]. C’est à cette occasion qu’il avait rejoint la Fédération anarchiste, dont les postier·es éditaient le bulletin Gestion directe. Opposant au recentrage de la CFDT, il tenta sans succès de créer un groupe autonome d’entreprise, puis quitta la CFDT en 1978. Il travailla alors plusieurs années dans le Cantal, puis en Charente, avant de revenir à Paris, en 1986, à la recette principale du Louvre. Sa route croisa alors celle des postier·es de l’Union des travailleurs communistes libertaires – dont Martine Donio, Thierry Renard, Patrice Spadoni, Patrick Velard –, qui publiaient le bulletin Le Postier affranchi.
Il les rejoignit bientôt dans l’opposition de gauche au sein de la CFDT. Patrice Spadoni souligne la « sympathie qui se dégageait de lui, un militant très engagé mais pas du tout sectaire, très ouvert à la discussion, et par-dessus tout, très humain, très gentil, avec un humour permanent, caustique mais sans aucune méchanceté ».
En novembre 1988, ce fut la rupture : la bureaucratie CFDT expulsa les syndicats franciliens des PTT qui avaient soutenu la grève des « camions jaunes ». Quelques semaines plus tard, les exclu·es fondaient SUD-PTT [2]. Gérard en fut un animateur de premier plan. À la même époque, il quitta la FA.
Les années 1990 le virent particulièrement impliqué dans le soutien aux sans-papiers, aux sans-logis, dans les Marches européennes contre le chômage de 1997 et 1999.
Resté quelques années sans affiliation politique, il adhéra à Alternative libertaire à l’époque du mouvement social de 2003, et participa aux congrès de l’organisation en 2004, 2008 et 2012. En 2006, il intervint dans l’événement organisé par AL pour les 100 ans de la Charte d’Amiens. En 2007, il contribuait aux « Tables rondes syndicalistes » du mensuel Alternative libertaire.
C’est que Gérard aimait l’histoire du mouvement ouvrier, il aimait la transmettre, en tirer des enseignements, et ce n’est pas un hasard si, dans les années 2000, il s’était investi dans l’animation du Centre d’études et de formation interprofessionnelle Solidaires (CEFI-Solidaires).
Ces dernières années, en raison de ses ennuis de santé, Gérard était en retrait mais continuait à cotiser et à discuter avec ses camarades de l’UCL de Saint-Denis. D’une grande modestie, il refusait de jouer au vieux sage, allant même jusqu’à nier tout ce qu’il pouvait encore apporter en termes d’expérience et de connaissances du mouvement ouvrier et de notre courant libertaire. Jusqu’à la fin il est resté révolté contre les injustices sociales et toutes les oppressions. Le meilleur moyen de lui rendre hommage est de continuer le combat.
Guillaume Davranche, avec Martine Donio, Patrice Spadoni et Gaëlle Backer
[1] « 1974 : La grande grève des PTT », Alternative libertaire, novembre 2014.
[2] « 1989 : Des moutons noirs fondent SUD-PTT », Alternative libertaire, octobre 2008.
ENCORE UN MOT DE SES CAMARADES
On avait beau s’y attendre, il y a des départs qui rendent tellement tristes !
Beaucoup retiennent l’animation de ses formations sur l’histoire du mouvement ouvrier… Gérard était avant tout un passeur d’histoires, lisant sans relâche des textes sur ces mouvements ouvriers qui ont servi de socle et de boussole à une action sans cesse renouvelée pour transformer la société.
Gérard était aussi un militant d’action au service du collectif. Actif dans les grèves PTT en 1986, il resta et restera toujours attaché à ce que les travailleurs et travailleuses décident ensemble de leurs revendications, de leurs modes d’action.
C’est ainsi qu’il a été de toutes les luttes sociales et sociétales avec l’objectif de participer à la transformation d’une société où l’humain est au cœur et décide.
Militer avec lui n’avait rien de triste et nous avons partagé nombre de repas, apéros et… recettes de cuisines. Rien de mieux qu’une bonne bouffe pour refaire le monde !
Aujourd’hui, nous perdons un compagnon de luttes, un compagnon libertaire qui va manquer à la réflexion, à l’action. Nous n’aurons plus son humour grinçant, voire caustique. Mais nous n’oublions rien et le mieux à faire, au-delà de nos différences, de nos divergences parfois, c’est de continuer de combattre pied à pied le capitalisme et de la gagner, cette putain de transformation sociale. Ça n’est pas gagné, mais nous le devons bien à Gégé. Il l’a bien mérité !
Martine Donio et Patrick Vélard
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Feu au colonialisme français
Gérald Darmanin a annoncé dimanche 11 février la fin du droit du sol à Mayotte pour « lutter contre l’immigration ». Un énième rappel de la zone de non-droit que représente cette île pour l’État français, après l’opération Wuambushu d’avril 2023. Retour sur l’histoire de cette situation, ancrée dans le colonialisme et l’impérialisme français.
Mayotte connaît depuis plusieurs mois une crise de l’eau sans précédent [1]. La situation de l’éducation [2] et du système de santé [3] est critique. Mais gestion coloniale oblige : le problème, ce sera l’immigration. Le 11 février Gérald Darmanin annonce que le gouvernement souhaite « prendre une décision radicale : la fin au droit du sol à Mayotte ». Les sans-papiers et « l’immigration massive » dont parle Darmanin, proviennent quasi exclusivement des autres îles de l’archipel des Comores, situées toutes entre 70 et 190 kilomètres entre le Mozambique et Madagascar. Mayotte partage une unité historiquement forte avec le reste de l’archipel : une même religion – l’islam sunnite, une même langue – le shiKomori.
L’histoire d’une magouille coloniale
Mayotte n’a été séparée que très récemment dans son histoire des autres îles des Comores. L’archipel est passé d’un protectorat français en 1886 à un « territoire d’outremer » en 1946. Lors du référendum d’autodétermination, en 1974, l’archipel vote massivement pour l’indépendance. L’État français organise alors la séparation du destin des îles en choisissant de ne prendre en compte le résultat que île par île. Mayotte ayant voté contre l’indépendance à 63,22 %, cette magouille référendaire permet de justifier leur séparation et de maintenir Mayotte française en dépit du reste des Comores et de l’ONU, qui reconnaît dans vingt résolutions depuis 1975 la souveraineté des Comores sur l’île de Mayotte ; débutant par sa résolution 3385 dictant « la nécessité de respecter l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores, composé des îles d’Anjouan, de la grande-Comore, de Mayotte et de Mohél ».
Mayotte est désormais département français depuis 2011. De fortes oppositions de la population locale à l’immigration comorienne sur l’île peuvent s’expliquer par la volonté d’obtenir un meilleur cadre de vie et comme conséquence de la politique de division des communautés du colonialisme français qui tente d’y imposer son roman national. Cela n’est pas sans drames, depuis 1995 et l’instauration du « visa Balladur » restreignant la liberté de circulation dans l’archipel, on parle d’entre 7 000 et 20 000 morts en mer [4] sur des kwassa, bateaux de pêche traditionnels. Morts qui auraient pu être évitées, mais que cette frontière coloniale au plein milieu de l’Océan indien a normalisé en fabriquant des « situations irrégulières », alors même que ces aller-retours étaient très fréquents, notamment pour voir de la famille éparpillée sur les îles.
Un département français d’exception
Pourtant, les droits des mahorais·es sont bien limités [5]. Le droit du sol y était déjà réduit et généralement tout les droits des étrangers y sont drastiquement restreints : titres de séjour spécifiques à l’île, pas d’allocation pour les demandeurs et demandeuses d’asile, pas de suspension d’expulsion en cas de contestation d’Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF), délai plus court pour déposer une demande d’asile, pas d’Aide Médicale d’État, un délai de saisine du juge en centre de rétention plus de deux fois plus long qu’en métropole, et enfin un harcèlement policier permis par des contrôles d’identités quasi systématiques sur toute l’île. Mais c’est également le cas des autres secteurs de la société : 39 heures de travail par semaine était la norme jusqu’à la grève générale de 2016, un smic inférieur au niveau métropolitain, un RSA au rabais. Le droit du travail n’est appliqué que depuis 2018 mais les conventions collectives sont encore très rares.
Les citoyen·nes mahorais·es sont considéré·es, dans le droit et dans les faits comme des citoyen·nes de seconde zone. C’est cette législation coloniale qui a permis l’opération Wuambushu, notamment avec l’exception concernant Mayotte et la Guyane dans la loi sur le logement de 2018 qui permet de détruire les « habitats informels » sans aucune autre forme de procès.
Un impérialisme français à l’agonie
L’impérialisme français ne veut pas mourir et se voir déclassé. Il se débat même dans l’agonie. Chassé du Sahel notamment par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui annoncent vouloir sortir du Franc CFA et de la mainmise française, notamment après l’ingérence de Macron dans le coup d’État militaire du Niger de 2023 (deuxième principal pays fournisseur d’Uranium pour EDF), l’État français colonial cherche à conserver sa présence stratégique dans l’Océan Indien.
Faire front contre le colonialisme
La période de décolonisation ayant fait disparaître officiellement les catégories de sous-citoyen·nes ou sous-Français·es, l’empire colonial redouble d’efforts pour contrôler les peuples colonisés sur son sol et utilise le droit sur l’immigration et l’accès à la nationalité pour créer et maintenir une population stigmatisée et exploitée. La Loi Darmanin-Le Pen en est le résultat, que ce soit sur le sol hexagonal ou bien dans l’héritage colonial d’outre-mer français. Les politiques coloniales de l’État français ont défiguré et continuent de défigurer l’archipel des Comores, créant par sa législation des milliers de morts et fabriquant une division entre mahorais·es et comorien·nes, poussée à son paroxysme ces derniers mois.
Comme cela a été relevé à de nombreuses reprises, les politiques de répression et d’exceptions juridiques n’attendent que d’être étendues à différentes sphères de la société française. Le passage de la Loi Immigration et sa tentative de s’attaquer à nouveau au droit du sol en France hexagonale, ainsi que l’attaque de Darmanin voulant l’exclure de Mayotte, ne sont pas un hasard du calendrier et reprennent des revendications historiques de l’extrême droite. Les pratiques coloniales de l’État français qui se voit perdre en influence sur la scène internationale nous condamnent et ouvrent la voie à une fascisation de notre société. Les populations mahoraises et comoriennes sont les premières victimes de ces pratiques coloniales, qui assassinent et conditionnent à une vie de misère celles et ceux que Fanon appelait en 1961 « les Damnés de la Terre ».
De par le préjudice colonial historique subi par les quatre îles des Comores ainsi que les multiples coups d’État orchestrés par la France qui ont contribué à son instabilité politique et économique depuis son indépendance, nous estimons qu’aucune solution ne sera possible pour la population Comorienne, Mayotte comprise, sans de justes réparations de la part de la France ! Inscrire les Comores dans le combat international pour les réparations, qui est aussi une mesure de partage international des richesses, doit être une piste offensive pour les progressistes et les syndicats, en métropole comme là-bas. Faisons front commun contre le colonialisme et l’impérialisme français, et joignons nos voix à celles des comorien·nes ainsi qu’à toutes celles et ceux qui réclament l’unité des Comores et la fin des politiques racistes de l’état français.
Commission antiracisme de l’UCL
[1] « Crise de l’eau à Mayotte : les lourdes responsabilités de l’État », Le Monde, 20 octobre 2023
[2] « À Mayotte, les mineurs descolarisés sont toujours plus nombreux », Libération, 6 septembre 2023.
[3] « V, sage-femme à Mayotte : “Wuambushu continue ici de façon très concrète” », Alternative libertaire, septembre 2023
[4] « Quelques éléments d’analyse sur le visa Balladur », La Cimade, 17 octobre 2017
[5] « Mayotte, le département français des exceptions légales », Le Monde, 13 février 2023
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L'#UnionCommunisteLibertaire 37 apporte tout son soutien à la librairie #Publico ainsi que le #PlanningFamilial victimes d'une énième attaque d'#ExtremeDroite.
Construisons les #ContrePouvoirs antifascistes, à #Tours c'est le CAT (Collectif Antifa Tourangeau).
La Librairie Publico attaquée par l’extrême droite 09-03
Ce vendredi 1er mars, sur les coups de 18h30, une personne a dégoupillé puis lancé un fumigène à l’intérieur de la librairie Publico à Paris en criant une phrase incompréhensible, puis a pris la fuite à vélo. Heureusement personne n’a été blessé et même si le fumigène a enfumé toute la librairie, il n’a causé aucun dégât.
Un sticker du groupuscule « Les Natifs », groupuscule parisien qui s’est monté après la dissolution de « Génération Identitaire » a été retrouvé juste après collé sur la façade, ce qui est clairement une signature.
Mais cela ne s’arrête pas là. Ce mercredi 6 mars, sur les coups de 18h, alors qu’un camarade tournant le dos à la rue pour fermer la porte de la librairie, un projectile jeté à quelques mètres de lui qui s’est brisé sur le trottoir. Heureusement il n’a pas été touché, mais cela nous fait penser que cet incident est lié au précédent.
Ces attaques revendiquées par ce groupuscule identitaire parisien ne doivent pas nous duper. Ces évènements arrivent alors que les discours d’extrême-droite en France sont décomplexés et plus que présents dans le débat public. Les chaînes de télé comme Cnews, BFM, C8… déversent discours racistes, propagandes antisociales et réactionnaires à longueur de journée.
Le RN, ennemi des travailleurs.euses et des classes populaires est complètement dédiabolisé pour être considéré comme un parti « normal » sur le spectre politique. Récemment, l’ignoble loi « immigration », le projet de réforme sur le droit du sol, ou encore l’interdiction de l’abaya à l’école, participent à légitimer et ouvrir la voie aux courants fascisants. Et tout cela s’accompagne évidemment d’un renforcement des inégalités sociales.
La Fédération Anarchiste affirme sa solidarité avec les compagnes et compagnons attaquées à la librairie Publico cette semaine mais également tient à réaffirmer sa solidarité avec toutes les personnes qui subissent les violences de l’extrême-droite et/ou des politiques racistes de l’Etat, en particulier les personnes racisées et les migrant.e.s.
La Fédération Anarchiste réaffirme sa volonté et son action de renforcer la lutte antifasciste notamment à travers ses groupes locaux et sa campagne fédérale antifasciste !
Partout où il le faudra, organisons-nous pour l’autodéfense et la lutte collective face aux politiques réactionnaires et identitaires !
Les Relations Extérieures de la Fédération Anarchiste
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Le corps des femmes, un terrain de guerre perpétuel
Dans la guerre qui oppose, depuis le 7 octobre, le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens de la Bande de Gaza à l’État d’Israël, les femmes paient, comme c’est malheureusement de coutume, un lourd tribut.
Le corps des femmes est la cible privilégiée des actes de guerre commis sur les populations civiles. Le 14 novembre, un voile était levé sur les atrocités commises le 7 octobre, spécifiquement sur le corps des femmes : mutilations génitales et viols, souvent suivis de l’assassinat de la victime, sont recensés par dizaines.
Le 19 février, c’est une agence onusienne qui dénonçait « des cas de viols et d’agressions sexuelles commis sur des femmes et des filles palestiniennes détenues par les autorités israéliennes ». Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme s’est fait le relais de ces accusations. Aujourd’hui en Palestine, comme hier au Soudan, les femmes sont les premières victimes civiles de la guerre. Dans les deux camps, des hommes, soldats, sûrs de leur bon droit, s’attaquent aux corps des femmes pour mieux humilier l’ennemi. Il n’y a pas que dans les zones de conflit que les femmes sont victimes du patriarcat.
En France, le collectif #NousToutes s’est rassemblé le 8 février en mémoire des 900 femmes victimes de féminicides commis depuis le premier quinquennat d’Emmanuel Macron – rappelons que ce dernier avait fait de l’égalité entre les femmes et les hommes une « grande cause nationale ». Pour ne plus invisibiliser les femmes et les violences qui leurs sont faites, mobilisons-nous tou·tes le 8 mars pour la grève féministe et faisons-en une grève reconductible jusqu’à l’abolition du patriarcat !
UCL, 23 février 2024
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Ukraine : non à une Troisième Guerre mondiale
Avec ses propos réitérés sur le possible envoi de « troupes au sol » en Ukraine, Macron banalise l’idée d’un engagement militaire direct Otan-Russie. Il faut affirmer une claire opposition à ce scénario catastrophe
Était-ce un coup de bluff ? Un test ? Un pavé dans la mare ? Le 26 février 2024, Emmanuel Macron a provoqué la stupéfaction en évoquant publiquement la possibilité d’envoyer des « troupes au sol » en Ukraine, contre l’armée russe.
Par le jeu des alliances cela signifierait, mécaniquement, un conflit direct entre la Russie et l’Otan, une conflagration à l’échelle du continent, et un risque éminent de guerre nucléaire.
Face aux protestations des autres chefs d’État européens et de l’Otan, Macron a aussitôt rétropédalé en précisant qu’il ne parlait pas de troupes combattantes mais de conseillers militaires (qui sont déjà sur place) ou de garde-frontières…
Il a cependant récidivé le 5 mars, en appelant les États alliés de Kiev à « ne pas être lâches ». Puis, le même jour, nouveau pas de côté, venu cette fois du ministre des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, qui a affirmé qu’il s’agissait de « mettre en échec la Russie » mais sans lui « faire la guerre ».
Non à l’extension continentale du conflit
En politique, c’est ce qu’on appelle souffler le chaud et le froid, instiller le doute, faire naître le débat… et finalement banaliser la possibilité d’une Troisième Guerre mondiale.
Macron assume, dit-il, une « ambiguïté stratégique ». Face à cela il est impossible de rester muet ; il faut répondre sans aucune ambiguïté : non. Non à l’entrée en guerre. Non à l’extension continentale du conflit, qui aurait des conséquences incalculables.
L’impérialisme russe a d’ores et déjà échoué
La résistance ukrainienne épuisera l’envahisseur avec ses seules forces.
Kiev ne reconquerra peut-être pas la Crimée et le Donbass, désormais bunkerisés par l’armée russe. Mais Moscou n’atteindra pas non plus ses objectifs.
Le Kremlin a échoué à renverser le régime ukrainien pour le remplacer par un fantoche à sa solde. Il a échoué à « gagner les cœurs » en Ukraine, en suscitant au contraire une forte résistance populaire jusque dans les partis jusque là prorusses. Il a échoué à faire croire à une « guerre du droit » contre les « Ukronazis » en multipliant les crimes de guerre et les destructions massives. Il a échoué à faire admirer le monolithisme de l’État russe, en révélant au contraire des symptômes de décomposition féodale – rébellion du Groupe Wagner, autonomisation de son vassal mafieux-islamiste Ramzan Kadyrov. Il a échoué à faire taire la dissidence, comme l’a montré la foule courageusement réunie pour l’enterrement de Navalny.
La résistance ukrainienne à l’invasion ne s’arrêtera pas
L’impérialisme russe est aujourd’hui embourbé dans une « guerre sans fin », ingagnable, comme l’ont été le Vietnam, l’Afghanistan et l’Irak pour les États-Unis, comme l’a été l’Afghanistan pour l’URSS, comme l’a été l’Algérie ou le Sahel pour la France. La résistance ukrainienne à l’invasion ne s’arrêtera pas.
Il est temps que Poutine renonce, et concède la paix. Il est hors de question que des va-t-en-guerre irresponsables comme Emmanuel Macron provoquent une extension du conflit.
- Troupes russes hors d’Ukraine !
- Non à une entrée en guerre de l’Otan !
Union communiste libertaire, 7 mars 2024
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Palestine : le génocide continue, un cessez-le-feu reste vital
En cinq mois plus de 30 000 personnes ont été tuées, dont la moitié sont des enfants. Ce nombre étant probablement bien en-deçà de la réalité, les corps ne pouvant pas tous être sortis des décombres. Il faut stopper l’État d’Israël dans sa folie meurtrière, son régime colonial et d’apartheid.
Israël bombarde désormais intensivement la ville de Rafah dans le sud de Gaza - où Israël avait demandé à la population du nord de Gaza de se regrouper. Plus de 1,5 millions de personnes parqués sans aucune issue de secours. De son coté, l’Égypte construit dans le désert une vaste prison pour quelques milliers de réfugié.es. Humanitarisme en trompe-l’oeil. Les bombardements sur le Sud-Liban continuent tandis que des missiles frappent la Syrie.
Une famine méthodiquement organisée
Les palestiniens sont en proie à une famine organisée méthodiquement par Israël. Des centaines de camions humanitaires attendent l’autorisation pour rentrer dans Gaza mais sont bloqués par des soldats ou même des civils israéliens. Jeudi 29 février, une centaine de personnes ont été assassinés par Tsahal lorsqu’elles cherchaient à se ravitailler. La famine tue chaque jour les blessés, les plus fragiles, les bébés.
Les photos ignobles des soldats israéliens
Sûrs de leur impunité des soldats israéliens envoient des photos de tortures, d’humiliations, jouant avec des jouets d’enfants, des vêtements de femmes. L’armée « la plus morale du monde » en action ! Parmi eux, 4 000 franco-israéliens, impliqués dans des crimes de guerres sans être inquiétés par la justice française. Si la France a pris des mesures contre quelques colons criminels de Cisjordanie où plus de 600 morts sont déjà à déplorer, elle continue de fermer les yeux sur l’implantation de 26 nouvelles colonies et les violences quotidiennes pour chasser les palestiniens de leurs terres.
Les pays occidentaux complices
Les pays occidentaux et au premier plan les Etats-Unis qui ont pavé la voie de la colonisation sioniste en Palestine ferment les yeux. Bien plus que ça, ils financent directement la mort de dizaines de milliers de palestinien·nes. En poursuivant les livraisons d’armes à Israel, en dépit de la recommandation de la CIJ, Macron a du sang sur les mains.
En Allemagne, en Italie, en Angleterre comme en France la criminalisation du mouvement de soutien à la Palestine est historique : interdictions de manifestations, condamnations avec amendes et prison au prétexte de soutien au « terrorisme ». L’UNRWA, organisme de l’ONU en faveur des palestiniens expulsés de leurs maisons, voit ses financements bloqués au moment le plus critique suite à des accusations non prouvées lancées par Israël.
Imposons le cessez-le-feu
Imposons le cessez-le-feu par un mouvement anti-impérialiste fort. Imposons au gouvernement la libération de George Ibrahim Abdallah, militant communiste libanais pro-palestinien maintenu en détention en France depuis plus de 40 ans en dépit du fait qu’il soit libérable depuis 1999. Refusons d’être complices d’un nettoyage ethnique et d’un génocide.
La bataille politique doit être menée y compris dans notre camp politique et dans le mouvement social, où la solidarité a parfois du mal à s’exprimer activement. Les racines de cette guerre se trouvent dans une idéologie et un mouvement politique, le sionisme, qui est un projet colonial accompagné de ses habituels crimes militaires. Anticolonialistes, nous sommes antisionistes.
Restons vigilant.es face aux extrêmes droites qui surfent sur le climat d’islamophobie et d’antisémitisme actuel et contre toutes instrumentalisations du combat pour la Palestine à des fins racistes. Il n’est pas possible d’être contre le racisme là bas et et de le tolérer ici.
Nous appelons :
– A un cessez-le-feu immédiat, permanent et sans conditions ;
– A l’entrée immédiate des convois humanitaires dans Gaza ;
– A la libération simultanée de tous les prisonniers israéliens et palestiniens ;
Nous soutenons et appelons à rejoindre :
– La campagne Boycott Désinvestissement Sanction (BDS) contre les entreprises finançant la politique génocidaire d’Israël ;
– La Campagne Stop Arming Israël et appelons les travailleurs à faire grève pour ne plus participer au génocide des palestiniens.
Palestine Vivra, Palestine Vaincra !
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L’IVG dans la Constitution ou l’arbre qui cache la forêt !
La Macronie nous a habitué·es aux coups de comm’. Il ne faut pas voir autre chose dans cette constitutionnalisation superficielle de l’IVG. Pour fanfaronner à peu de frais en vue du 8 mars, le gouvernement n’hésite pas à dénaturer l’un des piliers des revendications féministes. L’UCL salue le travail acharné des militantes dans les organisations féministes qui portent ce projet, malgré les embûches semées par la classe dirigeante.
Néanmoins, à l’heure où partout dans le monde le droit à l’IVG est menacé (Etats Unis, Malte,etc) , réduit ou supprimé, cette constitutionnalisation de façade constitue un premier pas. Le gouvernement est aux aux abois et se sert de cette lutte pour redorer son blason, mais s’il se tourne vers cette question pour le faire, c’est également un signe du rapport de force féministe mis en place de longue lutte par des générations de femmes. L’UCL salue le travail acharné des militantes dans les organisations féministes qui portent ce projet, mais dénonce l’instrumentalisation et la langue de bois.
Un symbole pour masquer un grand vide
On peut se réjouir d’un symbole, mais pas s’il ne sert qu’à masquer le manque abyssal de moyens alloués au respect du droit à l’IVG sur le terrain. Selon sa situation géographique, mais aussi sociale, une personne souhaitant avorter peut rencontrer de grandes difficultés pour faire ses démarches dans les délais légaux. Le démantèlement de l’hôpital public où se fait la majorité des IVG, la fermeture de 130 centres en 15 ans, ou encore la « clause de conscience » qui permet toujours aux médecins de refuser cet acte médical sont autant d’obstacles matériels.
Inscrire l’IVG comme une « liberté » et non pas comme un « droit fondamental » n’est pas un progrès. Un « droit » engage l’État à garantir l’accès effectif à l’IVG dans la pratique, notamment par des moyens financiers. La « liberté », elle, est sélective : les riches pourront continuer de l’exercer même quand le service public de la santé et la Sécurité sociale seront démantelées. La formulation retenue n’empêche pas une future loi de restreindre les conditions d’accès à l’IVG.
Nos droits ne sont pas réellement protégés
Rappelons que ces entraves se perpétuent et s’aggravent dans un contexte où le Président nous enjoint au « réarmement démographique. » La militarisation de la société et la marche vers la guerre coïncident avec le projet de ré-assigner les femmes à la reproduction. Nos droits ne seront jamais garantis sous le capitalisme car nos corps seront toujours des variables d’ajustement pour le capital. Rappelons aussi que, dans le même temps, le colonialisme français s’assure toujours le contrôle des femmes colonisées. Ainsi, l’ARS de Mayotte « invite » depuis près d’un an de jeunes femmes comoriennes et mahoraises à se faire ligaturer les trompes pour réduire le nombre de naissances sur l’île.
Pendant que les macronistes jouent aux féministes une fois dans l’année, l’extrême-droite continue sa propagande. La chaîne réactionnaire de Vincent Bolloré, CNews, a qualifié l’avortement de première cause de mortalité dans le monde, assimilant les avortées à des meurtrières.
Le droit à l’avortement a été arraché par la lutte. C’est par la lutte féministe massive que nous garantirons son respect, sans s’en remettre aux institutions de l’État bourgeois. Il ne nous libère pas, on s’en charge ! C’est toujours notre combat contre l’exploitation au travail, qu’il soit salarié ou domestique, qui mettra des bâtons dans les roues à l’extrême-droite. Ce 8 mars, toutes en grève féministe !
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#AlternativeLibertaire de mars (N°347) est en kiosque
Sommaire : lstu.fr/al347
Le trouver : lstu.fr/trouver-al
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#Mayotte
#PresseLibre #MediasLibres #4euros #UnionCommunisteLibertaire
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8 mars 2024 - Face aux attaques du gouvernement, des droites et extrêmes droites : toutes en grève féministe !
Le 8 mars, c’est la journée internationale des luttes des femmes et, c’est une première, un appel intersyndical large à la grève ancre davantage les questions féministes dans les préoccupations syndicales.
Exploitées à la maison comme dans les entreprises, nous nous mettrons en grève ce 8 mars
Sous payés, déconsidérés, précarisés, et à forte pénibilité (souvent peu reconnue) nos métiers sont pourtant essentiels à la société. Les faibles salaires pénalisent d’autant plus qu’ils entraînent un fort décalage au moment de la retraite, aggravé par la réforme des retraites de 2023. La pauvreté touche en particulier celles d’entre nous qui sont sans-papières, trans, racisées, mères solos, handicapées, lesbiennes bies et intersexes… Elle nous rend plus dépendantes d’un père, d’un mari, d’un patron harceleur, agresseur, tueur. L’égalité salariale et la revalorisation des secteurs dits féminisés sont des urgences féministes.
L’exploitation ne s’arrête pas à la porte de la maison. Le travail reproductif pèse lourd sur nos épaules : tâches domestiques et activités de care sont autant de travail nécessaire au fonctionnement de la société, entraînant charge mentale et éloignement de la sphère publique et ce au profit des hommes, des patrons et de l’État. Par la grève, montrons que le monde ne tourne pas sans nous !
Siamo tutte antifasciste
Nous vivons en ce moment une période réactionnaire, où fascisme et racisme pullulent. La Loi Immigration dont les conséquences seront terribles pour les populations immigrées et particulièrement les femmes en est l’exemple parfait. Les idées masculinistes restent fortement implantées voire augmentent chez les plus jeunes. Les attaques contre les femmes de Mayotte (fermeture des maternités, politique de stérilisation, suppression du droit du sol, etc.) vont de pair avec la promotion au plus haut de l’État du modèle hétéronormatif.
À travers l’emploi du terme « ré-armement démographique », Macron a renvoyé les femmes à leur fonction reproductrice mais pas seulement : le gouvernement énonce entre les lignes qu’il faut à la fois limiter l’immigration et soutenir la reproduction des femmes blanches et des familles hétérosexuelles françaises. Ces offensives réactionnaires visent également toutes celles qui dérogent au modèle patriarcal : trans, lesbiennes… Chaque attaque contre l’une d’entre nous est une attaque contre nous toutes. Notre défense est solidaire et collective.
Contre toutes les guerres
Viols, destruction des systèmes de santé, déplacements forcés, etc., les femmes et les enfants sont les premières victimes des guerres. Que ce soient les Palestiniennes sous les bombes israéliennes, les Iraniennes contre la dictature ou les femmes du Rojava pour une société révolutionnaire, ici ou ailleurs, nous luttons pour la vie et la liberté. Nous dénonçons tous les crimes de guerre, les viols de guerre quels que soient les bourreaux. Les combats des unes nourrissent ceux des autres.
Nous militons pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza, la libération des centaines d’otages israélien·nes et de tous.tes les Palestinien.nes détenu.es illégalement et torturé.es dans les prisons israéliennes. Notre sororité traverse les frontières.
Notre féminisme est libertaire, notre lutte est antifasciste, internationaliste et anticapitaliste
Comme les féministes argentines en lutte, nous disons : « Nous faisons grève. Nous mettons en pratique le monde dans lequel nous désirons vivre. »
Nos revendications immédiates :
- L’égalité salariale ; contre les 28,5 % de salaires en moins qu’on nous impose et nos pensions inférieures de 40% à celles des hommes ;
- le partage du temps de travail par sa baisse généralisée ;
- le financement à la hauteur nécessaire et pérenne des centres de planning familiaux et des associations de soutien aux femmes victimes de violences ;
- l’avortement accessible, libre et gratuit ainsi que la PMA pour toutes ;
- l’accès aux parcours de transition libre, gratuit et inconditionnel ;
- la régularisation de toutes.
Retrouvez l’appel unitaire à la grève féministe dont l’UCL est signataire : unioncommunistelibertaire.org/…
8 mars 2024 : face aux attaques du gouvernement, des droites et extrêmes droites, partout les femmes résistent ! Grève féministe ! – UCL - Union communiste libertaire
Nous appelons à la grève du travail, des tâches domestiques, de la consommation. Parce que seules nos voix, nos cris, nos actions visibles pourront faire bouger la société et le pouvoir pour enfin…UCL - Union communiste libertaire
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Le RN est une arnaque sociale
Face à la crise économique et aux attaques contre nos conquis sociaux, l’extrême droite présente comme solution une politique de division raciste du prolétariat, doublée d’une alliance avec nos exploiteurs. Nationaux ou pas, se soumettre aux capitalistes ne sera jamais une perspective pour notre classe.
Le RN contre le pouvoir d’achat et une vie décente
Les députés RN ont voté contre l’augmentation du SMIC, contre l’indexation des salaires sur l’inflation et contre l’encadrement des salaires. Le RN ne propose que la baisse des cotisations patronales (ce qui ruine la Sécu) et la défiscalisation les heures sup’ : nous faire bosser plus en exonérant le patronat.
En pleine inflation, le RN s’oppose au blocage des prix sur les produits de première nécessité et à la gratuité des premiers mètres cubes d’eau.
Face à la crise du logement, il protège les bailleurs et les rentiers en s’opposant au gel des loyers, aux hébergements d’urgence et à la construction de logements sociaux, tout en proposant de restreindre leur attribution aux Français.
Alors que la précarité étudiante explose, et que beaucoup dépendent de l’aide alimentaire, le RN s’est opposé à la garantie d’autonomie (1 063 euros par mois aux étudiant·es et aux apprenti·es non rattaché·es au foyer fiscal de leurs parents).
Le RN contre les services publics
Les municipalités RN démolissent les services publics : privatisation des crèches ou des cantines, diminution des dotations aux écoles publiques et aux activités culturelles, opposition à la gratuité de la cantine pour les familles modestes. Les baisses d’impôts qu’il promet serviront à démolir les services publics de proximité.
Le RN préfère financer la répression (police, armée, prison) et restreindre l’accès au service public en stigmatisant la minorité musulmane (porc « obligatoire » à la cantine, interdiction des jupes longues…).
Le RN contre les droits des travailleurs·ses
Le RN, en allié du patronat, s’en prend aux syndicats qui, en défendant les solidarité des travailleuses et travailleurs de toutes origines, font obstacle à son projet de « préférence nationale ».
Derrière son affichage pseudo-social, le programme du RN est en réalité libéral et capitaliste : contre la réduction du temps de travail, pour la réduction des droits des chômeurs·ses, contre l’impôt sur la richesse (ISF, IFI), contre l’égalité salariale hommes-femmes, qu’il préférerait voir mères au foyer.
Au niveau européen, les députés RN refusent l’harmonisation des droits sociaux et une réglementation commune contre l’évasion fiscale, ce qui favorise les riches et met les salarié·es en concurrence.
Le RN contre notre environnement commun
Sous couvert de soutenir certaines revendications des travailleurs⋅ses, le RN défend un abaissement des normes sociales et environnementales. Il soutient le libéralisme mondialisé et l’agriculture productiviste (votes pour la PAC et les traités de libre-échange européens), contre les productions paysannes. Son discours localiste et identitaire ne sert qu’à justifier sa vision raciste et xénophobe du monde. Il défend également des projets polluants (OGM, nucléaires, pétrole…) au détriment de la santé de notre classe et de l’avenir de la planète.
Contre l’extrême droite, s’organiser à la base
Le RN veut aggraver le capitalisme en affaiblissant les droits des travailleur·ses et en dressant des barrières racistes entre eux. Face à cela, nous devons construire une opposition antifasciste massive et populaire.
C’est en luttant pour nos droits sociaux, par la solidarité antiraciste entre les travailleuses et les travailleurs, que nous ferons reculer l’extrême droite.
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« N’importe quel idéal révolutionnaire peut être jugé terroriste »
Les familles et les comités de soutien ont été parties prenantes du procès, en soutien des inculpé·es. Quelques semaines après le verdict nous avons pu échanger avec Yo, frère d’une des prévenu·es, le lendemain de leur passage devant le juge d’application des peines.
Comment le procès a-t-il été vécu par les inculpé·es et leurs proches ?
Yo : Le procès a été choquant pour tout le monde. À plusieurs moments, on se demandait « qu’est-ce qu’on fout là ? » devant le contraste entre la sévérité du tribunal et la faiblesse du dossier, avec plusieurs moments lunaires. Les avocats et journalistes présents sur place nous ont fait part du même sentiment.
Quelle a été votre réaction lors du délibéré ?
Le délibéré a été un choc général devant la lourdeur des peines. Certaines peines prononcées sont plus lourdes que celles requises, on a du mal à y voir autre chose qu’une affirmation politique, d’autant que la juge a refusé de détailler les motivations du jugement, et a rejeté en bloc toutes les demandes de la défense. De nombreux points du dossier ont été remis en cause ou interrogés par les avocats lors des audiences, qui ont demandé l’accès à certains documents comme les vidéos des gardes à vue. Le rejet de toutes ces demandes montre une volonté claire de couvrir les pratiques de la DGSI.
Des lois et jurisprudences sécuritaires adoptées à l’origine dans le contexte des attentats de 2015, ont été appliquées ici tel quel, malgré l’absence d’attentat ou même de projet. La logique du jugement sous-entend en fait que n’importe quel idéal politique révolutionnaire peut-être jugé terroriste. Lors du délibéré la juge a déclaré en parlant de Libre Flot qu’elle considérait que « ses intentions terroristes sont matérialisées à plus ou moins long terme ». Les autres inculpé·es sont jugé·es coupables d’avoir participé aux intentions de Libre Flot, même sans en avoir conscience.
Cette logique se base sur une jurisprudence qui date des attentats commis par Mohamed Merah : une personne lui ayant vendu des armes sans connaître ses intentions avait été reconnue coupable d’association de malfaiteur à caractère terroriste. Le tribunal considérait alors que la connaissance du projet terroriste de Merah n’était pas nécessaire pour caractériser l’infraction. Dans le cas des inculpé·es du 8 décembre, au final le simple fait d’avoir fréquenté Libre Flot devient donc suffisant pour justifier les condamnations, alors qu’en l’occurrence il n’a même pas été possible de démontrer l’existence d’un projet concret.
L’accès à l’enquête semble avoir été cadenassé par le tribunal. Comment la défense s’est-elle passée dans ces conditions ?
Les avocats avaient demandé l’accès à certains scellés comme des disques durs saisis chez les inculpé·es. Les avocats voulaient contextualiser certains points : l’accusation est par exemple beaucoup revenu sur le pdf d’une brochure des cellules de feu retrouvée sur un disque dur, mais il aurait été important de pouvoir montrer que ce n’était qu’un document au milieu de centaines de gigaoctets d’autres brochures et documents, et de connaître l’historique de consultation du fichier. Les téléphones saisis n’ont pas non plus pu être consultés, alors que leur contenu aurait pu permettre d’amener des éclairages sur la réalité des relations entre les inculpé·es. La juge finira par déclarer qu’elle considère que « la qualité du débat ne rend pas nécessaire d’accéder aux scélés ».
Les avocats ont aussi demandé l’accès à l’ensemble des enregistrements des sonorisations, dont moins de 1 % a été utilisé et versé au dossier par la DGSI. La demande a, là aussi, été refusée avec comme prétexte la « préservation de la vie privée »...
À chaque demande des avocats, le tribunal répondait reporter sa réponse au délibéré, empêchant concrètement à ces éléments d’avoir une influence sur le procès. Au final toutes les demandes seront rejetées en bloc. On y voit vraiment une intention de faire obstacle à la défense. La présidente n’a d’ailleurs toujours pas transmis à ce jour la copie du jugement aux avocats, empêchant de préparer l’appel dans de bonnes conditions, on s’attend à ce qu’elle la communique le plus tard possible.
Quelles sont les nouvelles après le passage devant le juge d’application des peines (JAP) ? Quelle est la situation actuelle des inculpé·es ?
La JAP a décidé que l’appel était suspensif, à l’encontre de la demande du tribunal, et ce pour tou·tes les inculpé·es. En conséquence, il n’y pour le moment pas de mise en détention ou de bracelet électronique.
Par contre, cela est accompagné d’un sursis probatoire qui induit plusieurs mesures de contrôle : obligation de travail, obligation de soin pour certaines addictions supposées, et rendez-vous réguliers avec les services pénitentiaires d’insertion et de probation. Ils ont également l’interdiction de communiquer entre eux pendant trois ans.
Enfin, l’inscription au FIJAIT n’est pas levée, avec les obligations qu’elle entraîne. Cette inscription dure 10 ans, renouvelable une fois. Surtout, nous ne savons pas comment de nouvelles lois sécuritaires pourraient faire évoluer ce statut dans les années qui viennent sous l’argument de l’anti-terrorisme.
Quelles sont les perspectives maintenant ?
Les choses sont encore en train de se dessiner, mais 6 inculpé·es sur 7 font appel. Pour le moment les choses se font un peu au jour le jour, les avocats eux-même sont pris au dépourvu par certains points comme la non transmission de la copie du jugement. Pour les mis en examens, il va falloir mettre en pratique les différentes obligations induites par le jugement, et se reconstruire en terme de santé, de stabilité, de logement et de revenus.
Les différents comités de soutien doivent encore débriefer et évaluer les perspectives mais de nouvelles campagnes pour des soirées de discussion, d’information et de soutien devraient être organisées. C’est très important pour soutenir financièrement les familles, précarisées par ces procédures, entre les frais de justice, et les divers frais liés aux incarcérations et au procès. Après avoir beaucoup porté ça ces dernières années, les proches ont besoin de relais pour pouvoir dégager du temps et être présent·es pour les inculpé·es. Plus largement, on voudrait aussi que ces évènements puissent être l’occasion de partager nos expériences de la répression pour que les milieux militants s’emparent plus largement du sujet. On est ouvert à toutes les initiatives de soutiens, n’hésitez pas nous contacter.
Propos recueillis par N. Bartosek (UCL Alsace)
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La question des grèves minoritaires
À Angers, vers le milieu du mois de décembre dernier, une partie des ouvriers et ouvrières de Valeo qui étaient en grève parcouraient leur usine en faisant résonner des slogans pour des augmentations de salaires, et en discutant sur leur passage pour convaincre leurs collègues non grévistes de les rejoindre.
Au mois de décembre 2023 un mouvement de grève a eu lieu dans plusieurs usines de l’équipementier automobile Valeo. À l’origine de celui-ci, la proposition de revalorisation des salaires de seulement 3 % pour 2024, ainsi que l’utilisation de la nouvelle convention collective de la métallurgie pour tenter de revoir les droits des salarié·es à la baisse.
Sur le site d’Angers, des AG se sont tenues à l’occasion de traditionnels « débrayages d’informations » organisés par la section syndicale CGT de l’usine. Quelques jours plus tard, l’appel à la grève était lancé. Quatre jours de suite, celle-ci fut reconduite par les grévistes, qui étaient alors autour de 200 sur les plus de 1 000 salarié·es de la boîte. Ayant conscience de la nécessité d’être plus nombreux et nombreuses pour mettre en place un rapport de force qui permette de gagner, les grévistes ont alors mis en place des actions pour élargir la grève et faire sortir plus de monde.
Malheureusement, cette fois-ci, la mayonnaise n’aura pas pris et le mouvement sera resté minoritaire, mais celui-ci aura permis de créer du lien entre salarié·es de l’entreprise, qui auront une expérience de lutte collective, et que quelques uns ont décidé de prolonger en adhérant à la CGT. L’ensemble des intérimaires d’une équipe aura saisi l’occasion pour faire une belle démonstration de résistance en rejoignant la grève lors du deuxième jour. Un peu plus tard, une dizaine de délégué·es d’autres usines de la métallurgie du coin sont venu·es porter des messages de soutien aux grévistes et rester quelques heures sur le piquet de grève, créant et renforçant des liens. Tout cela aura constitué des moments dont nous ressortirons plus forts pour la suite.
La grève est un combat aux multiples facettes
Les militants et militantes d’entreprise ont souvent l’habitude de ces situations où une partie significative des salarié·es est prête à se lancer dans une grève, mais où l’on sait aussi que cette partie reste minoritaire et que nos chances de victoire sont minces. Se pose alors la difficile question de savoir si nous devons ou non y aller. S’il n’existe pas de réponse universelle à cette question, il importe que dans chaque cas nous discutions et étudions la situation, de manière pragmatique, et le plus collectivement possible.
Dans certains cas, cela peut valoir le coup de se lancer, en plaçant nos espoirs sur une dynamique d’élargissement de la grève, et en faisant en sorte que quoiqu’il arrive, on en ressorte renforcé·es pour la suite, comme cela fut le cas chez Valeo récemment.
Mais dans d’autres cas, il est préférable de ne pas engager un combat perdu d’avance, pour éviter les effets psychologiques négatifs sur des travailleurs et travailleuses dont la confiance en leurs possibilités de gagner est déjà fragile. Il peut donc être préférable d’user de patience, de continuer le travail quotidien de préparation, et d’attendre un moment plus favorable.
Tout cela fait partie des réflexions tactiques que nous devons avoir, pour renforcer plus efficacement notre classe à travers nos luttes quotidiennes, et pour nous préparer aux combats plus décisifs qui nous attendent.
Guillaume (UCL Angers)
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Mouvement européen contre l’austérité : Après l’échec des euromanifs, comment rebondir ?
Dans un contexte d’inflation particulièrement violent pour les travailleurs et travailleuses d’Europe, la Confédération Européenne des Syndicats (CES) a impulsé une campagne de mobilisation contre l’austérité d’octobre à décembre 2023. Un échec attendu qui pousse à questionner la stratégie internationaliste de la CGT.
Malgré une date annoncée largement en amont et préparée par une intersyndicale française au complet, la grève pour les salaires du 13 octobre 2023 n’aura réuni que 200 000 personnes dans toute la France. Un chiffre bien en deçà des millions descendus sur le pavé pour défendre leurs retraites quelques mois plus tôt.
Il faut dire que si la question des salaires est centrale dans la vie des salarié·es, il était difficile de convaincre des collègues de se mettre en grève sur une journée isolée, sans stratégie compréhensible de la part de l’intersyndicale. Sans surprise, la grève n’a pas pris. En conséquence, s’en sont suivies des manifestations réduites, regroupant principalement les militantes et militants syndicaux habituel·les.
Pire encore, les travailleuses et travailleurs de France furent les seuls à avoir répondu par la grève à l’appel à la mobilisation de la CES. Finalement, le seul élément international marquant de cette mobilisation aura été la présence à Paris de mille délégué·es – revendiqué·es – de confédérations syndicales non-françaises.
Deux mois plus tard, l’euromanif bruxelloise n’a pas été beaucoup plus impressionnante, bien qu’un nombre important de syndicalistes français aient fait le déplacement : sur les 15 000 manifestant·es, la CGT revendique le déplacement de 3 000 de ses membres. Une dynamique à mettre en perspective avec la faible présence des autres syndicats français, (200 manifestant·es CFDT selon nos militants).
Pour ce qui est des autres syndicats, leur présence était pour le mieux anecdotique. On note principalement la présence de la CGIL (Italie), de la FGTB (Belgique) et de la CSC (Belgique également), seule organisation syndicale de collaboration de classe qui a réellement mobilisé (en jouant à domicile).
Les limites de la CES
Si cette manifestation fût donc principalement un témoignage de colère, elle permit tout de même de renforcer les liens entre syndicalistes de différents pays. Nous avons pu par exemple assister à un moment de camaraderie entre ouvriers et ouvrières du BTP belges et français·es, organisé dans les locaux de la fédération du bâtiment de la FGTB.
Autre scène d’union, les échanges de drapeaux ou de goodies entre différents pays furent monnaie courante. Si ces moments de rencontre et d’échanges sont essentiels à la construction d’une solidarité de classe à l’échelle européenne, ils se sont malheureusement inscrits dans une manifestation perdue d’avance.
Disons-le sans détour : ces deux mobilisations n’ont rien changé au rapport de force avec la bourgeoisie européenne. Le parlement européen a bel et bien voté le plan d’austérité le 17 janvier. Basées sur le calendrier institutionnel, ces deux dates s’inscrivent dans la ligne de la stratégie lobbyiste de la CES : le 13 octobre comme le 12 décembre, aucun appel à la grève au niveau européen !
Dans ces conditions, la manifestation bruxelloise en pleine semaine ne fût rien d’autre qu’un défilé de militant·es disposant de droits syndicaux. Cette croyance dans le dialogue social avec les institutions européennes revient pour les syndicalistes à croire au Père Noël face à une bourgeoisie radicalisée.
Construite dans les années 1970 par des syndicats de collaboration de classe, elle n’a été rejointe que plus tard par des syndicats plus combatifs (CGT, CGIL). Si ceux-ci cherchent à y construire une culture du rapport de force, l’orientation majoritaire de la CES est toujours celle de la cogestion avec le capitalisme européen.
Des euromanifs aux eurogrèves ?
Comment construire un cadre capable d’impulser un rapport de force contre la bourgeoisie et les institutions européennes ? Comment passer des euromanifs aux eurogrèves ? Face aux lobbyistes mous de la CES, certains voudraient un retour de la CGT dans la Fédération Syndicale Mondiale (FSM). Cette dernière, survivance du bloc soviétique, n’est en réalité pas plus radicale que sa concurrente.
Elle est bien molle quand il s’agit de dénoncer les dictatures iranienne, nord-coréenne ou syrienne, dont les « syndicats » qui la constituent sont plutôt des organismes d’encadrement de la classe ouvrière au service du pouvoir. Aucun avenir donc pour la CGT dans cette relique poussiéreuse de l’URSS !
Mais comment dépasser ce clivage CES / FSM qui s’invite à chaque congrès confédéral ? Deux perspectives reviennent souvent. La première, dont le réalisme est à débattre, voudrait construire un nouvel outil international autour de la CGT. C’est par exemple le pari entrepris de son côté par Solidaires, qui a su participer à la construction d’un syndicalisme alternatif capable d’initiatives (comme du soutien matériel aux travailleurs et travailleuses d’Ukraine), mais qui reste marginal.
Si la CGT serait probablement en capacité d’emmener avec elle quelques syndicats combatifs européens, ce cadre risquerait lui aussi de rester minoritaire. La seconde, stratégie actuelle de la direction confédérale, voudrait changer la CES de l’intérieur. Partir de cet outil ancré dans les masses (45 millions d’adhérent·es) est tentant, mais tant que la CGT y restera minoritaire, elle risque de ne servir que de réservoir à militant·es quand les syndicats de collaboration de classe en garderont le contrôle politique.
Cette question est centrale pour les syndicalistes révolutionnaires pour qui la construction d’une solidarité de classe européenne et internationale est primordiale. À nous de faire vivre ce débat dans nos syndicats et unions locales pour que la CGT se dote d’une stratégie à la hauteur de l’enjeu !
Thomas et Pierre (UCL Grenoble)
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Mobilisations agricoles en Allemagne : La graine de l’austérité fait pousser un champ de contestation
Nous traduisons ici un texte publié par l’organisation anarchiste allemande Die Plattform. Elle y dénonce l’austérité menée par le gouvernement, austérité qui touche en ce moment la paysannerie allemande chez qui la colère gronde.
Économiser, économiser, économiser : cet agenda du gouvernement Ampel [1] ne date pas seulement de la fin de l’année dernière. Avec la décision budgétaire de la Cour constitutionnelle fédérale en novembre dernier, la rigueur avec laquelle ce projet est poursuivi s’est accrue de manière drastique. Le chauffage des logements coûtera plus cher et le régime de sanctions, qui harcèle déjà chaque mois les bénéficiaires du Bürgergeld [2], sera encore durci. Il était également évident que le salaire minimum ne serait augmenté que de quelques centimes. Parallèlement, les dépenses pour l’armée allemande ne sont pas touchées. Des milliards continuent donc d’être investis dans le réarmement de l’impérialisme qui veut s’affirmer à une époque où les contradictions entre les blocs impérialistes s’intensifient.
Les victimes de cet agenda d’austérité sont avant tout nous, les salarié·es. Nous devons accepter de plus en plus de détériorations de notre niveau de vie et être poussé·es à accepter des emplois misérables. Pour nous faire avaler cela, le gouvernement a déclaré pendant des semaines qu’il ne voulait pas toucher aux dépenses sociales. Soyons réalistes : ce n’est qu’une question de temps avant que d’autres pans de l’État social ne soient démantelés pour nous rendre plus compétitifs sur le plan international en tant que classe, et donc pour le capital allemand qui exploite notre travail.
L’austérité jusque dans les champs
Mais l’agenda d’austérité du gouvernement n’est pas seulement dirigé contre les salariés. La suppression de deux subventions dans l’agriculture – le remboursement du diesel agricole et l’exonération de la taxe sur les véhicules – touche durement les agricultrices et agriculteurs. Alors que les grandes exploitations peuvent encore faire face à quelques milliers d’euros manquants, les petites fermes sont parfois gravement menacées. Pourtant, le quotidien des petits exploitants agricoles et de leurs salarié·es est déjà marqué depuis des décennies par le surmenage et des conditions de vie et de travail précaires.
Récupération de la droite et de l’extrême droite
Contrairement à ce que prétend le gouvernement, la suppression des subventions ne contribue en rien à la protection du climat. Elle masque le véritable motif de l’agenda d’austérité, creuse le fossé entre les activistes de l’environnement, les petites exploitations et les salarié·es de l’agriculture et fait ainsi le jeu du gouvernement. La suppression des subventions ne réduit donc pas les émissions, mais augmente la charge économique des paysannes et paysans les plus précaires. En résulte une précarisation accrue pouvant aller jusqu’à la possibilité de grandes vagues de licenciements.
Une transformation écologique de l’économie est nécessaire de toute urgence. Mais elle ne sera vraiment possible que dans une société qui oriente la production et la distribution en fonction des besoins et de la compatibilité écologique plutôt que de la maximisation des profits. La transformation écologique doit être réalisée par le bas ; de manière démocratique, à la base, par les exploitantes et exploitants modestes qui collectivisent les exploitations et se fédèrent au niveau régional avec d’autres exploitations, branches et communes.
Nous ne nous faisons pas d’illusions. Cette perspective n’est pas partagée par la plupart des personnes concernées. Elles se mobilisent actuellement au niveau local, régional et national pour défendre leurs intérêts économiques directs, contre la suppression des subventions. Comme ces mesures sont dirigées contre toutes les agricultrices et agriculteurs, les mobilisations englobent aussi bien les propriétaires de petites que de grandes exploitations.
Parallèlement, des forces non-paysannes se solidarisent avec les protestations. Outre les secteurs bourgeois de droite, de la CDU [3] aux Freie Wähler [4], ce sont des forces politiques ouvertement réactionnaires, de l’AfD [5] aux forces néonazies, qui passent à l’offensive afin d’exploiter la colère des agricultrices et agriculteurs contre le gouvernement Ampel pour leur propre profit politique. Et dans une partie de la paysannerie, ils peuvent s’appuyer sur les attitudes réactionnaires existantes.
Il est particulièrement perfide de la part des forces d’extrême droite d’établir un lien superficiel entre les revendications économiques et la haine des personnes migrantes, qui représentent elles-mêmes une part considérable de la main-d’œuvre de l’industrie agricole. Si les mouvements réactionnaires parviennent à se frayer un chemin dans la protestation, c’est aussi parce qu’ils s’adressent depuis longtemps au monde agricole et qu’ils sont capables de se coordonner en peu de temps.
Se joindre au mouvement, contrer les réactionnaires
Le fait que les forces progressistes soient relativement faibles est également dû au fait que la gauche radicale en RFA s’est désinvestie en grande partie du secteur de l’agriculture au cours des dernières décennies. Mais le moyen le plus prometteur de changer cela est de se solidariser avec la protestation, de s’y joindre activement, d’y renforcer les positions progressistes et d’en chasser les réactionnaires. Car la protestation contre la suppression des subventions est légitime et mérite d’être soutenue. Nous sommes toutefois conscients que la paysannerie n’est pas une masse homogène. Notre solidarité va avant tout aux petites exploitations dont l’existence est menacée et bien sûr aux salarié·es des secteurs concernés.
Nous saluons le fait que les travailleuses et travailleurs agricoles, par le biais de leur initiative syndicale sectorielle [6], appellent à soutenir les prochaines manifestations et le font déjà par endroits. Soyons présents en tant que membres et sympathisants de la FAU, militants et militantes écologistes ou tout simplement en tant que travailleuses et travailleurs solidaires. Diffusons notre perspective anticapitaliste et écologique et repoussons les récupérations réactionnaires ainsi que les positions bourgeoises !
Die Plattform, le 12 janvier 2024
[1] Coalition politique entre le SPD (sociaux-démocrates), le FDP (libéraux-démocrates) et Die Grünen (verts).
[2] « Allocation citoyenne », équivalent de l’allocation chômage de base.
[3] Union Chrétienne Démocrate.
[4] Parti libéral de droite.
[5] Alternative für Deutschland, parti d’extrême droite nationaliste.
[6] L’Initiative des métiers verts de l’Union libre des travailleurs (FAU).
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Victor Pereira : C’est le peuple qui commande : La Révolution des Œillets, 1974-1976
Et la dictature portugaise s’effondra… sur une chanson en guise d’appel : Grandôla, Vila Morena. Ce 25 avril 1974, avec la révolution des œillets, c’est plus de quarante années de dictature qui, en quelques jours, s’achèvent suite à l’action d’officiers coalisés dans le MFA (Mouvement des forces armées) soutenus par des soldats.
Ainsi le gouvernement de Marcelo Caetano, héritier de la dictature de Salazar et dictateur lui-même s’effondra. Rapidement, ce n’était pas prévu, des milliers de civils descendirent dans les rues. Le coup de force militaire débouchait sur la chute de la dictature et la révolution des œillets. En 1974, l’Europe connaissait encore les sanglants régimes dictatoriaux de l’Espagne et de la Grèce. Ceci donne toute l’importance historique du phénomène. Deux années de bouleversements révolutionnaires s’ouvrirent alors au Portugal.
Au début 1974, le Portugal était encore un empire colonial et le gouvernement n’avait pas assimilé les changements liés à la décolonisation. L’empire avait de plus en plus de mal à circonscrire les révoltes qui secouaient le Mozambique, l’Angola, la Guinée-Bissau ou le Cap-Vert. Les soulèvements se succédaient et la guerre devenait très impopulaire au Portugal. Le pays, économiquement et socialement en retard, connaissait une importante émigration.
La dictature se montrait totalement débordée. L’absence totale de libertés et la répression impitoyable qui pesaient sur la population, alimentaient ces départs. C’était l’impasse. À partir de 1973, des officiers intermédiaires s’organisèrent pour des raisons corporatistes. Bon nombre pensaient que les guerres en Afrique ne pouvaient trouver militairement une issue victorieuse. Aussi, émergea l’idée de rechercher une solution politique à ces crises répétitives. L’indépendance de ces territoires devint une alternative envisageable. Le MFA conçut un projet avec en perspective la fin de la dictature par une action militaire.
Dès le 25 avril, la population descendit dans les rues et appuya les insurgés. La dictature tomba rapidement. Commença alors une série de manifestations spontanées et de mobilisations populaires : grèves, occupation de logements, luttes étudiantes… Les digues avaient cédé. La parole se libérait, des possibles, encore mal définis émergeaient. La succession était difficile. Les soutiens à la dictature ne manquaient pas.
Pendant deux ans, d’intenses débats traversèrent le pays, entre les militaires et les partis politiques auparavant interdits comme le Parti communiste portugais, le Parti socialiste ou l’extrême-gauche. Les intérêts économiques divergents et l’influence de l’Église catholique qui avait soutenu la dictature et le retour des retornados, près de 300 000 rapatriés des colonies, compliquaient la situation.
Les premières élections d’avril 1975 montrent un Parti communiste portugais et les courants d’extrême-gauche, électoralement plus faibles que les socialistes avec Mario Soares. La droite bénéficie encore d’une large assise. Peu à peu, les soubresauts révolutionnaires et les violences anticommunistes diminuent. La transition de la dictature à la démocratie s’effectua de manière saccadée mais assez calmement. La Révolution des œillets reste un temps singulier dans l’histoire des révolutions. Bien des interrogations demeurent. On ne peut réduire cela à l’intégration à la Communauté économique européenne à partir des années 1980.
Les mémoires de la révolution des œillets divergent sur bien des points. La désillusion gagna peu à peu les rangs de la gauche et de l’extrême–gauche. Quant à la droite et l’extrême droite , elle entama une édulcoration des années Salazar. Pour ce sujet méconnu en France, cet ouvrage sobre, clair et de lecture aisée permet de mieux comprendre les espérances soulevées par cette révolution des œillets et le grand bouleversement qu’elle opéra dans les idées. Une interrogation demeure : est-ce le peuple qui commande dans un processus révolutionnaire issu pour partie des forces armées ?
Dominique Sureau (UCL Angers)
Victor Pereira, C’est le peuple qui commande : La Révolution des Œillets 1974-1796, Edition Du Détour novembre 2023, 281 pages, 21,90 euros.
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Suzanne Citron : Légataires sans héritage, Pensées pour un autre monde
Le titre intrigue, tout comme le livre et l’histoire de sa publication. C’est « une porte […] ou, plutôt, une autre porte menant à une autre porte. » Ouvrir des portes, ouvrir des horizons. L’autrice commence par un constat lucide et désabusé sur la gauche, et au-delà, sur la politique. Elle décrit et s’interroge sur l’incapacité du langage politique à saisir et appréhender la vie quotidienne des gens, car trop en dehors, trop déconnecté du quotidien, analysant ce divorce comme le fruit de l’héritage culturel des élites : langage codé, savant, issu de cette culture antique qui a cimenté leur formation intellectuelle.
Elle développe « la notion du politique comme espace de pouvoir extérieur à la vie quotidienne ». Puis, elle aborde les terres de la mémoire anthropienne, parcourt les territoires de la préhistoire et de l’anthropologie, se confronte aux sociétés d’avant l’écriture et celles sans état, et parvient à des mises en perspective entre notre héritage culturel occidental, sa genèse puis son évolution.
Un ordre dogmatique, unique, totalitaire, s’est construit, « césure originelle dans la civilisation » : l’État. Une matrice conceptuelle voit le jour, conduisant à la bureaucratie, à la violence, un monde d’oppression et de domination.
Elle se prend alors à rêver, à en imaginer un autre, donnant des clefs pour aider à démythifier notre subi, pour explorer notre vécu. Décloisonner, libérer la société de ce carcan culturel et oeuvrer pour l’auto-institution de la société, vaste programme que nous entendons bien poursuivre. Un livre, pas d’une lecture toujours aisée, mais qui mérite le détour pour toutes les interrogations et remises en question qu’il soulève.
Dominique Sureau (UCL Angers)
Suzanne Citron, Légataires sans héritage, Pensées pour un autre monde, Éditions l’Atelier, octobre 2022, 248 pages, 18 euros.
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