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Lire Sébastien Fontenelle : Macron et l’extrême droite, du rempart au boulevard
Journaliste à Blast et Politis, Sébastien Fontenelle revient sur le rapport entretenu, depuis maintenant 7 ans, par Macron et son gouvernement avec les membres et les idées d’extrême droite. Déjà en 2017, lors de sa première élection, Macron avait affirmé aux électeurs et aux électrices qui avaient voté au second tour pour lui contre le RN, avoir conscience que leur choix n’était pas un « blanc seing » et qu’il « protégerait la République », contre « l’extrémisme ».
Mais les faits empilés par l’auteur (commémoration de Maurras et Pétain, nomination de ministres au passif et convictions réactionnaires, etc) démontrent que cette parole n’avait aucune valeur, tandis que la mise en place de politiques antisociales et d’une répression féroce contre le mouvement des Gilets jaunes, les amalgames et discours confusionnistes, un exercice du pouvoir manifestement empreint de mauvaise foi et de manipulations, ont contribué à la banalisation des thèses nationalistes et réactionnaires.
Résultat : cinq ans plus tard, Marine le Pen engrange 2,6 millions de voix en plus ! Macron affirme encore hypocritement que ce vote « l’oblige », avant de reprendre, quelques mois plus tard, la rhétorique de l’extrême droite, de la favoriser, de criminaliser et réprimer l’opposition de gauche, les mouvements sociaux et les révoltes.
Fontenelle, reprenant à son compte le concept développé par Ugo Palheta et Ludivine Bantigny [1], conclut que la période Macron est réellement celle de la fascisation d’une république où jamais l’extrême droite n’avait eu autant de poids et où jamais l’exercice du pouvoir ne s’était autant accompagné d’une distorsion de la réalité et d’utilisation massives de contre-vérités.
Sa démonstration est éclatante, même si elle n’apprend rien à celles et ceux qui ont suivi attentivement l’évolution politique du pouvoir ces dernières années [2]. Ce livre a toutefois le mérite de clore le débat sur la possibilité d’un barrage « au centre » face à l’extrême droite dans un climat de durcissement idéologique et social. A offrir à celles et ceux qui pensent encore naïvement que le « en même temps de droite et de gauche » n’a pas été une complète illusion.
Hugues (UCL Fougère)
Sébastien Fontenelle, Macron et l’extrême droite, du rempart au boulevard, coédition Massot et Blast, octobre 2023, 120 pages, 15,90 euros.
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Lucie Azéma : Les Femmes aussi sont du voyage : l’émancipation par le départ
« N’y va pas, tu vas te faire violer ! » Voilà généralement les encouragements qu’entendra une femme qui annonce à son entourage son projet de partir pour un long voyage. Alors qu’un homme recevra souvent louanges et admiration ; car lui, c’est évident bien sûr, saura faire face au danger.
Pourtant rappelle Lucie Azéma, selon les statistiques une femme a bien plus de risques d’être violentée au sein de son foyer qu’à l’autre bout du monde. Les grosses difficultés rencontrées par les exploratrices n’ont jamais de lien avec leur genre. Au contraire même, le fait d’être une femme qui voyage a tendance à aider la société à percevoir l’aventurière comme un individu d’abord, la placer en dehors de la perception du « féminin » et à lui ouvrir à l’étranger des portes qui resteront fermées pour les femmes de la région.
La conséquence de cette « prévenance », c’est qu’elle construit autour de celles qu’elle vise une véritable cage au service du patriarcat. Et il faut le double de courage et d’énergie pour monter une expédition quand on est socialisée comme femme... (Encore pire quand on est mère !)
De ce fait, voyager est un moyen diablement efficace pour mettre en lumière les inégalités entre les genres, s’en affranchir et en démontrer ainsi l’ineptie. Lucie Azéma, voyageuse et grande lectrice de récits de voyage, nous en fait ici la preuve. Elle partage ses agacements face aux fanfaronnades des bourlingueurs qui lorsqu’elle leur propose son aide en profitent surtout pour lui expliquer comment appréhender le pays où elle vit depuis plusieurs mois. Il s’agit d’ailleurs aussi de décoloniser le voyage ; dans des pages très stimulantes elle rappelle à quel point exploration et colonisation sont étroitement liées, et fait le pari que les femmes sont moins à même de tomber dans le piège de l’essentialisation de l’étranger.
Le plaisir de la lecture vient aussi du goût pour le voyage de l’autrice, qui émaille sa réflexion de nombreuses anecdotes, et cherche à définir à quoi tient le plaisir de voyager. Un livre qui nous fait sentir le vent de la liberté !
Mélanie (amie d’AL)
Lucie Azéma, Les Femmes aussi sont du voyage : l’émancipation par le départ, Éditions Points, octobre 2022, 256 pages, 8,90 euros.
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Or vert : L’avocat, subtile saveur pour un commerce amer
L’avocat est actuellement consommé massivement partout dans le monde. Si sa consommation peut avoir de multiples intérêts, son système de production, lui, a de multiples effets dramatiques.
Traduction d’un article d’une camarade de l’Unión AnarcoComunista.
L’avocat est aussi à la mode que la banane et le chocolat l’ont été en Europe après la chute du mur de Berlin en 1989. Symboles de liberté. « Bienvenue dans le monde libre » avec les bananes et le chocolat. Aujourd’hui, l’avocat est « l’or vert ».
Techniquement, il s’agit d’un fruit riche en nutriments qui permet de préparer des plats délicieux et variés. Mais avant d’en arriver là, il faut remonter à la fin des années 1980, lorsque le marché états-unien commence à renforcer la production nationale parce qu’il considère l’avocat comme un élément d’un régime alimentaire sain.
Le plus grand producteur d’avocats, le Michoacán (Mexique), s’est vu interdire l’exportation d’avocats pendant soixante-dix ans, jusqu’aux années 1990, quand la culture a pris la direction opposée. La production états-unienne s’est développée, transférant son activité vers les terres mexicaines, ce qui a donné lieu à une culture locale conforme aux normes de qualité états-uniennes et, l’accord de libre-échange nord-américain (Alena) de 1994 revêtant un aspect crucial, mettant fin au veto sur le produit mexicain. Les coûts de production ont baissé, les conditions climatiques du Michoacán étant idéales pour cette culture.
Les différentes recettes de plats préparés avec ce fruit ont atteint une portée mondiale, via la télévision ou la publicité qui l’ont promu comme le petit-déjeuner préféré de ce siècle. New York, la France, l’Allemagne proposent une cuisine innovante à base d’avocat.
En 2021, le journal Milenio estimait que toutes les sept minutes, un camion partait du Michoacán vers les États-Unis. À la fin de la saison, le chiffre de 1,27 million de tonnes a été atteint. D’autres pays comme le Pérou, le Chili et la République dominicaine rivalisent pour figurer parmi les premiers producteurs, mais c’est l’État mexicain qui est le « roi de l’avocat ».
Une forte consommation d’eau
Les semences d’avocat nécessitent jusqu’à quatorze ans avant de pouvoir commencer à être récoltées, mais si des arbres sont plantés, l’attente est réduite à cinq ans et les conséquences sont indéniables et destructrices.
Un avocat a besoin de 0,75 tonne d’eau, soit sept fois plus que d’autres fruits et jusqu’à 40 fois plus que l’ananas, par exemple, ce qui entraîne d’énormes pénuries d’eau dans les régions utilisées pour les plantations d’avocats. Les avocatiers ne peuvent être cultivés à grande échelle sans irrigation. Bien que l’irrigation réduise les besoins en eau de 20 %, l’impact sur l’environnement conduit à la déforestation en raison des grandes portions de terre nécessaires pour une production suffisante et pour couvrir le marché mondial d’avocats.
Les agriculteurs acquièrent de plus en plus de terres, abattent les arbres et brûlent les forêts pour gagner toujours plus d’espace. Le rapport de l’Observatoire mondial des forêts indique que 98 % de la déforestation au Mexique est due à l’expansion agricole et montre également la superficie du couvert forestier perdue par le feu, soit plus de 340 km² de terres.
L’abattage des arbres de la forêt provoque un changement climatique intense. La culture de l’avocat ne peut pas compenser la perte d’autres arbres car l’avocatier n’absorbe que des quantités minimes de carbone. Par ailleurs la production d’avocats est une monoculture (la pratique de cultiver une seule culture de façon répétée) ce qui endommage le sol en le dépouillant de ses nutriments, réduit la matière organique et provoque son érosion.
Les agriculteurs utilisent des engrais chimiques. Les herbicides détériorent à long terme les sols, mettent les pollinisateurs en danger d’extinction, modifient le paysage microbien du sol et laissent une empreinte carbone, c’est-à-dire des émissions de gaz à effet de serre. La recherche It’s Fresh a montré que deux avocats émettent 846 grammes de CO2 [1].
Le transport des avocats sur des milliers de kilomètres, appelés « food miles », pollue et ajoute à l’impact négatif sur l’environnement. Les émissions de CO2 accentuent fortement le réchauffement de la planète et le changement climatique. De surcroît, les producteurs utilisent des emballages non biodégradables pour protéger les avocats pendant le transport.
Ces emballages comprennent des sacs en plastique et des caisses également doublées de plastique qui ne sont pas recyclables et qui, par conséquent, augmentent encore les émissions de gaz à effet de serre.
La demande mondiale d’avocats nuit à la sécurité alimentaire des pays producteurs en provoquant une inflation des prix.
La saveur amère
Les producteurs d’avocats du Mexique subissent l’exploitation par les cartels, qui menacent régulièrement les inspecteurs lorsqu’ils visitent les plantations et intimident les agriculteurs en extorquant de l’argent pour leur protection. Les récoltants travaillent de longues heures et sont victimes de violences dans un commerce de plusieurs millions de dollars. Le centre de « l’or vert », le Michoacán, est également un centre de production de drogues synthétiques et naturelles, principalement des méthamphétamines et de la marijuana.
La cocaïne voyage sur toutes les routes du Michoacán. Ces activités illégales s’accompagnent inexorablement d’extorsions, de disparitions, de vols, de meurtres, de trafics d’armes, de collectes d’impôts officieuses avec la complaisance des autorités. Quiconque s’oppose aux cartels est en danger, les agriculteurs qui ont résisté aux cartels ont été torturés et tués.
Selon le Food Empowerment Project, en 2019, 19 personnes ont été assassinées et leurs corps ont été retrouvés dans la ville d’Uruapan, dans le Michoacán, certains corps ayant été exposés sur un pont en guise d’avertissement de la part du Cartel de Jalisco - Nouvelle Génération, qui a revendiqué les meurtres. La production d’avocats dans d’autres endroits attire également l’attention en raison des violations des droits humains, comme la ferme Kakuzi au Kenya ou Petorca au Chili.
Ces nouvelles organisations sont nées de la scission du groupe criminel La Familia Michoacana qui a donné naissance en 2011 à un groupe connu sous le nom de Los Caballeros Templararios, en imitant leurs vêtements et leur religion. Ils semaient la peur et facturaient aux producteurs des millions de dollars de frais.
En 2013, ce groupe a été maîtrisé grâce à des soulèvements armés.
Actuellement, ces entreprises sont aux mains de nouvelles organisations qui ne s’attaquent pas aux grands entrepreneurs de l’avocat, mais aux petits producteur. Ceci afin de leur prendre leurs terres, les récolteurs, les travailleurs qui en vivent, en leur imposant des salaires minimes, des journées de travail de 12 heures pour 120 dollars.
La demande mondiale d’avocats rend difficile une production 100 % durable, mais les avancées en matière de développement durable comprennent la restauration de la couverture forestière par la reforestation, la conservation de l’eau dans les communautés, des matériaux d’emballage recyclables, des changement dans l’utilisation d’engrais et d’insecticides toxiques.
Quel avenir pour l’avocat ?
En 2019, il a été possible de séquencer le génome de l’avocat Criollo afin de le modifier génétiquement, d’épaissir sa coque, de réduire sa taille pour diminuer sa forte consommation d’eau (Laboratoire national de génomique pour la biodiversité, Iruapato).
Il est indéniable que l’avocat est un fruit très sain en raison de la quantité de nutriments qu’il contient. Un avocat de 190 grammes en contient, des graisses et des hydrates de carbone sains qui améliorent le système immunitaire, stabilisent le taux de sucre dans le sang. Les fibres augmentent le nombre de bactéries saines dans le système digestif. L’avocat contient également trois types de bactéries productrices d’acides gras à chaîne courte : Faecalibacterium, Lachnuspira et Alistipes. Il est très riche en composés antioxydants et anti-inflammatoires et constitue une excellente matière première pour les produits de beauté. Cette grande polyvalence augmente sa commercialisation.
Il existe plusieurs types d’avocats tels que le Bacon, le Reed, le Zutano, le Lamb, le Pinkerton, le Nabal, le Lachnuspira et l’Alistipes. Les principaux types d’avocats destinés à l’exportation sont le Hess et le Fuerte.
Bien que la production biologique ait augmenté, elle n’est pas suffisante et le prix du marché pour le consommateur est élevé.
Si la plantation, l’irrigation et la fertilisation continuent d’être effectuées de manière inconséquente afin d’augmenter la production, les maladies et les parasites des avocatiers deviendront de plus en plus fréquents. Le problème le plus important et le plus répandu est la pourriture des racines causée par le pathogène Phytophthora cinnamomi. La lutte contre ce pathogène est extrêmement difficile. Un mauvais drainage et des sols qui retiennent l’eau favorisent la propagation des agents pathogènes.
Une autre maladie des avocatiers est le cancer bactérien causé par des agents pathogènes fongiques. Les principaux ravageurs de l’avocatier sont les mouches méditerranéennes des fruits, les araignées rouges et les poux.
Si des mesures ne sont pas prises pour assurer le processus d’irrigation et de fertilisation afin que les plantations d’avocats reçoivent des minéraux et des vitamines de manière saine, le risque est plus que considérable.
Les problèmes liés à cet « or vert », également appelé « le nouveau diamant de sang », sont nombreux et graves. La première chose à faire est de soutenir l’agriculture biologique en achetant des produits biologiques et de réduire la consommation de ceux qui sont les « nouveaux diamants de sang ».
Ana López Khi, Unión AnarcoComunista España
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Karel Yon : Le syndicalisme est politique : Question stratégiques pour un renouveau syndical
Le syndicalisme est politique : le grand mouvement social pour nos retraites vient d’en faire la démonstration. En remettant sur le devant de la scène les réalités du travail, la grève, la solidarité interprofessionnelle, les syndicats ont enclenché une dynamique de politisation des classes populaires…
C’est un fait avéré : le syndicalisme se retrouve de plus en plus impuissant après des décennies de néolibéralisme qui ont considérablement réduit ses marges de manœuvres, dans les entreprises comme dans la société.
Les centrales ayant fait le choix de l’intégration au management ont pu s’en rendre compte lors du dernier mouvement social, en faisant face à un « mur néolibéral ». De plus en plus, les syndicats se sont vu transformer en organisations de mandaté·es, expert·es et déconnecté·es du salariat.
Dans Le syndicalisme est politique : questions stratégique pour un renouveau syndical, Karel Yon et 7 autres chercheurs et chercheuses, augurent une repolitisation du syndicalisme. Cela passerait en partie par la participation à un nouveau front populaire, appuyant et se servant de l’État pour retrouver une légitimité, dans le domaine de la production bien sûr, mais aussi dans la démocratie toute entière.
Cette proposition, bien qu’éloignée de la stratégie syndicaliste révolutionnaire de notre organisation, offre des questionnements et des sujets de débats.
Des analyses sociologiques permettent de justifier des propositions communes. Un chapitre sur le mouvement des Gilets jaunes et de son rapport avec le syndicalisme montre l’intérêt capital de la sociabilité dans une perspective politique pour un large pan du prolétariat (employé·es de TPE, fonctionnaires hospitalier·es, etc…), justifiant alors un développement des unions locales sur le modèle des bourses du travail.
Si la plupart de l’aspect revendicatif développé dans ce livre relèverait, quand bien même d’une alliance avec les partis de gauche et de la nécessité d’un rapport de force, ces propositions sont l’occasion de mettre en lumière un manque avéré de perspectives pour le syndicalisme et de proposer des objectifs à moyen terme.
La critique socio-historique de nos organisations met en exergue des sujets sur lesquels nous ne pouvons pas rester sans réponses, tels que la connaissance de l’entreprise, les orientations dans la production, les réformes d’un pseudo « dialogue social », l’impossibilité de pouvoir prétendre à la reprise en main de l’appareil de production ou simplement même le contrôle ouvrier, l’incapacité à lier ensemble la transition écologique et l’action syndicale, la contradiction entre intégration nécessaire du prolétariat féminin et tradition viriliste voire masculiniste dans les syndicats.
Un chapitre traite de la prise en compte des violences sexistes et sexuelles dans le syndicalisme (toujours pas acquise partout). Il met en évidence le nécessaire travail qu’il reste encore à faire pour ouvrir le syndicalisme à l’étendue de la classe qu’il prétend représenter.
À partir d’une analyse des dynamiques en court lors du mouvement retraite de 2023, ayant montré qu’un syndicalisme, quand il est rassemblé, est capable de se faire le porte-parole d’une classe, l’ouvrage offre donc des fragments de réflexions sur la direction que pourrait prendre des organisations enregistrant une hausse de syndicalisation.
Judi (UCL Caen)
Karel Yon (dir.), Le syndicalisme est politique : Question stratégiques pour un renouveau syndical,, Éditions La dispute, septembre 2023, 204 pages, 16 euros.
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Antivalidisme : ESAT, faux-semblants et véritable exploitation
Après le numéro d’AL de décembre qui mettait au centre les luttes antivalidistes, nous continuons de nous pencher sur les oppressions subies par les personnes handicapées. Au cœur du sujet ce mois ci, l’exploitation des travailleurs·ses des « Établissement et service d’aide par le travail » (ESAT).
Un récent décret ouvre enfin aux travailleurs et travailleuses handicapé·es des ESAT le droit à la syndicalisation et à la représentation collective. Cette avancée permet à la France de donner des gages à l’ONU qui l’a condamnée plusieurs fois aux vues des violations flagrantes du respect des personnes que produit cette institution.
Si cette loi apporte quelques avancées (nouveaux droits du travail), il en faudra bien plus pour modifier les rapports sociaux existants au sein des ESAT. En effet, l’ESAT est une institution à la fois prise dans les rapports du monde médico-social et ceux du monde du travail. Cela se traduit par des travailleurs·ses handicapé·es qui ont accès sur leur site de travail à certains services (par exemple, de la formation sur des taches administratives).
Cependant, la partie « travail » est presque totalement occultée par l’institution. Le symptôme le plus visible est que les travailleurs·ses y sont considéré·es comme de simples usagers.
Difficile de décrire à quel point ce simple mot est une source d’aliénation et de frustration pour de nombreux travailleurs·ses car il façonne leur rapport au travail et implique qu’ils et elles reçoivent un service.
Imaginez-vous accomplir un travail et voir celui-ci nié par l’institution qui vous demande de l’accomplir ?
Il est beaucoup question de la souffrance au sein des bullshit jobs : comment qualifier alors un travail nécessaire, que l’on fait passer pour un simple passe-temps qui vous est octroyé ?
Des travailleurs·ses m’ont raconté avoir déjà demandé une augmentation de salaire. Rappelons que leur salaire est largement inférieur au SMIC et ne peut le dépasser ! La direction leur a refusé cette augmentation au motif que cela entraînerait une baisse de leur Allocation Adulte Handicapé qui complète leur revenu.
L’excuse est vraie mais révélatrice du paternalisme de l’institution, vous expliquant gentiment que votre travail n’a pas de valeur.
Usagers et usagères sans salaire
Pourtant, il dégage bien une valeur ajoutée non négligeable. Une partie importante des ESAT sont spécialisés dans la sous-traitance industrielle pour tâches jugées trop répétitives ou pénibles, que les entreprises du coin préfèrent refiler aux personnes handicapés. Cette sous-traitance leur permet même de passer la barre des 5 % d’obligation d’emploi des travailleurs handicapés (OTEH) en entreprise. Pourquoi alors les entreprises feraient-elles un effort pour employer des personnes handicapées si elles peuvent bénéficier de leur travail pour même pas un demi-salaire dans des structures subventionnées par l’ARS ?
Pour conclure, rappelons que pour beaucoup de travailleurs·ses en ESAT, le travail en milieu ordinaire constitue le Graal. L’éthique du travail de notre société leur fait comprendre que ce serait la seule façon de prouver leur complète valeur en tant qu’individu. Mais « l’ascenseur social » est saboté au départ car aucune entreprise n’a intérêt à ces embauches. Leur statut, leur salaire et la reconnaissance de la société devront s’acquérir par la lutte. La stratégie de l’État et du Capital est précisément de maintenir ces personnes isolées, il est donc important que syndicats et associations anti-validistes aient le regard tourné vers les travailleur·euses et leurs aspirations car, comme partout, la solidarité est notre arme.
Corentin (UCL Kreiz-Brezh)
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Fermetures dans l’Education Nationale : Plus de Jacques Decour, moins de Stanislas
Depuis quelques jours, la nouvelle ministre de l’éducation nationale déclame un mépris de l’enseignement public et de l’égalité typique de sa classe. Pendant ce temps à la cité scolaire Decour, dans le IXe arrondissement de Paris, le personnel se mobilise devant le projet de fermeture partiel de l’établissement.
En décembre dernier la nouvelle tombe de nulle part : sous prétexte de travaux attendus, certains depuis 20 ans, une partie des classes de la cité scolaire Jacques Decour [1] (qui regroupe des élèves du collège jusqu’au lycée et en classes préparatoires scientifiques) va fermer à la rentrée prochaine, et le collège entier en 2025. Sans garantie de réouverture de la part du rectorat.
Que deviennent les élèves ? Les enseignant·es et l’équipe pédagogique ? Pas de réponses, ou presque. Les élèves seront « délestés » sur d’autres établissements, les enseignant·es auront des points supplémentaires pour partir… C’est déjà très insuffisant mais pour les un·es comme pour les autres, la question est : pour aller où ? Dans une académie de Paris où les fermetures de classes pleuvent (40 classes de 6e, 125 classes de primaires en 2023) ? Cela rend la situation de toutes et tous dans l’établissement incertaine. Et les conséquences tant pour les familles que pour l’équipe éducative sont difficiles : perte des liens, risque de se retrouver dispersé·es dans toute la ville, obligations d’occuper des postes plus flexibles et plus précaires…
Surtout, c’est la finalité des travaux qui interroge : une fois vidée de ses élèves, la cité scolaire sera-t-elle réouverte ? Ou bien les travaux entrepris servent-ils à faire encore une fois basculer un bien public vers une vente lucrative ? Fermer des classes dans ce contexte, n’est ce pas aussi une manière de pousser les familles les plus favorisé·es vers l’enseignement privé ?
Occupation des locaux et tentative de blocage
Alors, l’équipe éducative s’est mobilisée. Avec le soutien des parents d’élèves, une trentaine d’enseignantes et enseignants ont lancé deux jours de grève les 16 et 17 janvier, avec occupation du gymnase de l’établissement la nuit du 16 au 17 janvier dernier. En soutien à la mobilisation, le 16 au matin, les lycéens et lycéennes ont bloqué l’entrée de l’établissement mais se sont fait chassé·es par la police sur demande du proviseur. Un rassemblement de parents et d’enseignantes et enseignants a aussi été organisé devant les bureaux du rectorat de l’Académie de Paris. Une pétition en ligne a été lancée.
Les revendications immédiates sont claires : aucune fermeture de classes pour 2024, pas de travaux sans calendrier en concertation avec les enseignantes, enseignants et les parents, maintien de la structure éducative et pédagogique du collège. Pour le moment, le Rectorat campe sur sa position. Du côté de l’équipe mobilisée, on compte bien sur la grève du 1er février pour se faire entendre, et défendre par la même une éducation publique, gratuite et de qualité, loin des intérêts financiers !
Hugues (UCL Fougères) en lien avec le personnel en lutte
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Violences sexistes et sexuelles : 11 janvier 2024, mobilisation féministe
Dans la foulée du scandale autour de « l’affaire Depardieu » et des déclarations d’Emmanuel Macron, le collectif d’associations féministes et de syndicats #grève féministe appelait à des rassemblements devant les tribunaux ou les préfectures ce 11 janvier avec comme slogan : « Gardez votre vieux monde, nous en voulons un sans violences sexistes et sexuelles ».
L’émission de TV « Complément d’énquête » a récemment mis en avant des propos et des actes de Depardieu envers les femmes totalement inadmissibles, ravivant dans les médias sa mise en examen en 2020 pour viol et agression sexuelle.
La liste de tous ceux mis en cause ne fait que grossir : on pense notamment au cas de Benoit Jacquot dénoncé par Judith Godrèche. Cela révèle des problématiques qui vont au-delà du simple cas individuel : les agressions sexuelles commises par des célébrités sont bien souvent connues de toutes et tous, et le système les protège. Nous ne pouvons donc que saluer la contre-tribune signée par 600 artistes en réponse à celle de l’élite du septième art parue dans le Figaro craignant la fin de carrière de Depardieu.
Mais de toute façon, au plus haut sommet de l’état, on avait déjà tranché : « Gérard Depardieu rend fière la France », « il y a la présomption d’innocence ». Grand admirateur de l’acteur, Emmanuel Macron dénonce une prétendue « chasse à l’homme ». Pas un mot pour les victimes… On pourrait aujourd’hui qualifier le président de la république de défenseur des agresseurs présumés. Il n’en est de toute façon pas à son coup d’essai. Souvenons-nous de l’affaire Darmanin, ou encore celle de Nicolas Hulot lorsqu’il discréditait les féministes en les comparant à une « société de l’Inquisition » faisant d’elles des bourreaux.
En invalidant la parole des victimes dénonçant ces propos et ces actes, Emmanuel Macron peut anéantir les espoirs de reconnaissance du préjudice subi et les tentatives de reconstruction de ces femmes. A l’image de son bilan politique en matière de grande cause nationale, leader autoproclamé de la lutte contre les violences faites aux femmes, il a une nouvelle fois vidé cette nécessité absolue de son sens.
Une inversion des stigmates préjudiciable
Le 25 novembre dernier, nous étions encore des milliers dans les rues pour influer sur le cours des événements en réclamant des moyens pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux minorités de genre. Beaucoup d’entre nous s’y attèlent quotidiennement, car malheureusement, l’exercice de la violence ne relève pas seulement des puissants et des personnalités publiques.
Mais à la différence des prédateurs anonymes du quotidien, les agresseurs connus, par leur influence et leur notoriété, légitiment la lâcheté et la violence de tous les autres comme des normes sociales acceptables.
Le 8 mars nous serons encore dans la rue notamment pour dénoncer les violences qu’exercent nos patrons et nos supérieurs hiérarchiques à travers nos conditions de travail, la mauvaise gestion du harcèlement et des violences dans les entreprises et les institutions. Le travail domestique gratuit des femmes demeure. Le patriarcat est tellement habitué à compter dessus que quand les femmes continuent de manière salariée le travail qu’elles font déjà à la maison elles sont sous-payées, précarisées, maltraitées et leur fonction sociale dévalorisée.
Nous ne l’acceptons pas et c’est pourquoi nous ne lâcherons rien.
Anne (UCL Montpellier)
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Luttes trans et antifascisme, un duo indissociable
Partout dans le monde, l’extrême droite s’illustre par des attaques régulières contre les droits LGBTI et vise explicitement les personnes trans à tous les niveaux. En France, le backlash anti-trans est vigoureux, promu par l’État, et suit la fascisation de l’Occident. Il est impératif de penser un antifascisme solidaire et inclusif et d’œuvrer à une perspective antifasciste dans les luttes LGBTI.
En France, la transphobie d’État a fait du chemin et le gouvernement se fait le promoteur de cette idéologie mortifère. Lors du dernier remaniement, Aurore Bergé (qui avait déjà invité à l’Élysée, durant l’été 2022, Dora Moutot et Marguerite Stern, des personnalités publiques connues pour leurs positions anti-trans) a été nommée au ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes de la Lutte contre les discriminations.
Si l’État et la gauche réformiste mettent en avant l’homosexualité de Gabriel Attal maintenant Premier ministre, comme un gage de progrès, le message est bien celui d’une égalité qui ne se fera pas avec les personnes trans. Or ce discours irrigue l’ensemble de la société et l’on retrouve des relais transphobes dans le milieu écologiste ou chez des mouvements dits féministes.
Aujourd’hui, la transphobie s’inscrit directement dans les lois. Un arrêté du 19 décembre instaure pour une durée de six ans le fichage systématique des personnes changeant de nom ou de prénom. En complément de la loi Immigration, ce texte entérine la surveillance policière des immigré·es et des personnes trans, deux populations parmi les plus susceptibles de changer de nom, et scelle l’association du racisme et de la transphobie.
Au niveau étatique, la transphobie ne se limite plus à un aspect de communication : cela marque un premier pas rejoignant l’impulsion des législations transphobes déjà établies dans d’autres pays où les fascistes sont au pouvoir, tel que l’Italie ou la Hongrie.
Une image réactionnaire et globale de la société
Les personnes trans sont une cible de premier plan des fascistes. La construction d’un ennemi intérieur, que l’on retrouve à travers l’histoire des mouvements fascistes, est un outil stratégique pour faire bloc et édifier une union des droites.
C’est également un levier pour recruter des militants et pour imposer leur vision réactionnaire de la société. Pour l’extrême droite, l’existence des personnes trans met à bas le modèle de la famille patriarcale et la division genrée et sexuelle de la société. Ce modèle actuel de la famille patriarcale s’inscrit dans une vision blanche et occidentale, qui s’est imposée par le colonialisme en passant par l’invisibilisation et s’accompagnant parfois de génocides d’autres cultures et sociétés.
Les attaques transphobes s’illustrent par l’offensive contre l’IVG et s’étendent à l’ensemble des droits reproductifs en particulier ceux des personnes trans. Le but affiché est de provoquer une panique morale qui s’impose dans le débat public. La droite capitalise sur l’identité et développe sa rhétorique autour de cette idée, notamment l’identité trans, tout en faisant pression sur plusieurs questions simultanément. Le noyau de la haine anti-trans est fasciste, il prend racine dans la suprématie blanche.
Les mouvements fascistes profitent largement du relais médiatique et institutionnel ; ils exploitent également les réseaux sociaux dont ils ont une maîtrise quasi professionnelle comme en témoigne le Gamergate (une campagne de harcèlement sexiste en ligne visant des journalistes et développeuses).
Le courant fémonationaliste les rejoint, construit sur un essentialisme biologisant qui reprend le discours confusionniste porté par l’extrême droite. Ce confusionnisme allie ces nouveaux tropes aux rhétoriques classiques de l’antisémitisme, par exemple en diffusant l’idée que Georges Soros financerait le mouvement trans et serait lui-même à l’origine de complots à l’échelle mondiale. Devant cet état de fait, nous avons besoin d’un antifascisme intersectionnel.
Allier les luttes trans et antifas
Si l’antifascisme se doit de prendre une part active dans les luttes trans, il y a également nécessité de porter une vision antifasciste de la lutte LGBTI. Cela passe par le dialogue et la construction avec les associations et collectifs de luttes LGBTI ainsi que par la mise en avant des droits des personnes trans chaque fois que cela est possible. Ce travail est encore à construire.
Des collectifs antifascistes comme La Horde regrettent un manque de coordination entre les acteurs des luttes pour les droits LGBTI et les antifas. Historiquement, l’antifascisme a été dominé par le virilisme et par un manque d’inclusion. Les collectifs antifas se sont impliqués tardivement dans les combats pour les droits des personnes trans et plus largement pour les droits des personnes LGBTI et les luttes féministes. En 1984, le Scalp (Section carrément anti Le Pen) faisait déjà état d’un machisme ambiant dans ses rangs.
Ces dernières années, la conquête de nouveaux droits pour les LGBTI et la montée du fascisme ont mis en avant la nécessité de penser ces luttes en complémentarité. Face au vécu d’invisibilisation dans les milieux militants, des collectifs revendiquant une appartenance à l’antifascisme et aux communautés LGBTI tel Paris Queer Antifa se sont créés.
L’image véhiculée par les médias de l’antifa correspond à celle du black block, soit un homme cagoulé allant à la confrontation physique. Cela donne à voir une vision très viriliste, où la violence prédomine et finalement une vision binaire et spectaculaire de l’affrontement entre fascistes et antifascistes. L’antifascisme pâtit de cette image romancée du guérillero urbain et une vision déformée du concept d’autodéfense, compris ici seulement sous l’angle de la confrontation physique.
Cela a conduit à un isolement du mouvement antifasciste qui ne profite à aucune lutte sociale. La réalité de l’antifascisme est la diversité des moyens d’actions et registres allant de l’éducation populaire à la mobilisation de rue et les liens avec d’autres mouvements d’émancipations. En ce sens, il est impératif de penser les luttes trans et les luttes antifas pour permettre une organisation du mouvement social et donner une perspective politique commune.
Les luttes trans ont construit des savoirs militants, une culture trans partagée entre ses différents acteur·ices afin de survivre et combattre la haine qu’ils et elles rencontrent. Faire vivre une culture commune et la mémoire collective des luttes fait partie intégrante de l’antifascisme.
Des bases théoriques solides sont également nécessaires. Dans ce sens, la motion « Pour une contre-offensive trans » [1] est une étape majeure dans les réflexions portées par l’UCL pour un matérialisme trans non dogmatique. C’est aussi une étape majeure pour l’élaboration d’une stratégie unitaire dans notre camp social et la construction de solidarités concrètes. En tant qu’organisation, il sera impératif de faire vivre ce texte sur le terrain.
Sarah (UCL Montpellier)
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Affaire Oudéa-Castéra Ce sont eux les séparatistes !
La première apparition publique de la nouvelle ministre à mi-temps de l’Éducation nationale a été l’occasion d’une sortie de route cauchemardesque pour le nouveau gouvernement Attal. Son mépris affiché de façon aussi décomplexée pour l’école publique et les enseignant·es du public est la marque d’une bourgeoisie qui fait de l’entre-soi et du séparatisme social un art de vivre.
La scène est déjà entrée au panthéon des pires sorties politiques. Le lendemain de sa nomination au Ministère de l’Éducation nationale en remplacement de Gabriel Attal nommé premier ministre, Amélie Oudéa-Castéra est interrogée par Mediapart à propos de la scolarisation de ses enfants dans le très select Collège Stanislas [1]. Cet établissement privé catholique s’illustrait jusqu’alors pour l’excellence de ses résultats au baccalauréat (100 % de réussite et de mention en 2022) et de ses classes préparatoires aux grandes écoles est l’un des établissements les plus prisé de la bourgeoisie parisienne.
La ministre se lance alors dans une tirade, préparée, comme le confirmera Ilyès Ramdani, journaliste au pôle politique de Mediapart [2], qui n’est qu’une tentative d’imposer un storytelling politique : « Je vais vous raconter brièvement cette histoire […] ». L’objectif était de susciter l’identification du plus grand nombre en convoquant des éléments qui relèvent autant du prof-bashing que du fonctionnaire-bashing (forcément toujours absent·es) tout en se mettant au niveau des millions de parents qui s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants : « Et puis la frustration de ses parents, mon mari et moi, qui avons vu des paquets d’heures qui n’étaient pas sérieusement remplacées, on en a eu marre comme des centaines de milliers de familles qui à un moment ont fait un choix d’aller chercher une solution différente ».
Un mépris de classe savamment entretenu
Heureusement, il reste des journalistes pour qui l’information ne se résume pas à servir la soupe aux puissant·es et très vite les preuves de dissimulation et de mensonge de la ministre se sont accumulées : son fils n’a été scolarisé que quelques mois dans le public, à temps partiel, en petite section ; l’enseignante de son fils niant qu’il y ait eu « des paquets d’heures qui n’étaient pas sérieusement remplacées » ; elle et son mari ont fait le choix d’une éducation en non-mixité pour leurs enfants… La communication de la ministre devenant de jour en jour plus absurde, jusqu’à aller affirmer qu’elle n’avait pas menti mais que « la réalité lui donnait tort » ! Amélie Oudéa-Castéra s’est élevée au niveau d’Emmanuel Macron pour ce qui est du mépris exprimé envers les classes populaires.
Le couple Castéra n’est pas une famille française comme tant d’autres. On est là en plein cœur de l’élite médiatico-politico-financière, si souvent évoquée mais rarement démasquée (elle sait se faire discrète). Amélie Oudéa-Castéra est diplômée de Science-Po Paris, de l’ESSEC, et enfin de l’ENA. Si elle commence sa carrière à la Cour des comptes, elle va vite aller exercer dans le privé, autrement plus lucratif, chez AXA d’abord, puis à Carrefour, elle est également présente au sein de conseils d’administration de plusieurs entreprises et intègre même le Medef. Son mari, Frédéric Oudéa, est un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy au ministère du Budget, ancien directeur général de la Société générale de 2008 à 2023 dont il fut le PDG entre 2009 et 2015, et actuel président du conseil d’administration du laboratoire pharmaceutique Sanofi depuis mai 2023. Ajoutons que Amélie Oudéa-Castéra est la nièce des éditorialistes politiques Alain Duhamel (BFM TV) et Patrice Duhamel (directeur général de France Télévisions), nièce de l’éditorialiste Nathalie Saint-Cricq (France Télévisions) et cousine du journaliste Benjamin Duhamel (BFM TV). Mediapart n’hésitant pas à parler du couple Castéra comme d’un « parangon des élites françaises ».
Un rapport resté sur le bureau du ministre
L’établissement privé dans lequel les époux Castéra scolarisent leurs enfants est un établissement catholique qui promeut les thérapies de conversion pour les personnes homosexuelles (interdites en France), qui nie la contraception autre que « naturelle », qui prône une éducation différenciée en fonction du genre –les enfants Castéra étudient d’ailleurs dans des classes non-mixtes ! – et qui impose aux filles des tenues « correctes » afin de ne pas attirer les regards et de « se respecter ». Rappelons que dans les missions de la ministre à mi-temps il y a la lutte contre les stéréotypes de genre à l’école. Les nombreuses infractions de cet établissement de prestige ont d’ailleurs fait l’objet d’un rapport interne de l’inspection générale de l’Éducation nationale commandé par Pap Ndiaye, mais que Gabriel Attal a choisi de ne jamais rendre public [3]. Sans doute Gabriel Attal, ancien élève d’un autre établissement prestigieux, privé mais laïc celui-ci, l’École alsacienne, autre lieu de l’entre-soi du gotha [4], également situé dans le VIe arrondissement de Paris, n’a-t-il pas voulu heurter un établissement où le « gratin » de la bourgeoisie économique scolarise ses enfants. La conscience de classe est toujours bien développée dans la bourgeoisie.
L’« affaire Stanislas » tombe d’autant plus mal pour la Macronie qu’elle intervient quelques semaines après qu’un autre établissement privé confessionnel, mais musulman celui-ci, ait également fait l’objet d’un rapport de l’inspection générale de l’Éducation nationale, le lycée Averroès à Lille. Dans un cas un rapport accablant mis sous silence. Dans l’autre, un rapport dans lequel aucune recommandation n’est suggérée… mais le préfet qui s’en servira pour notifier la fin du conventionnement avec l’État [5]. Tandis qu’on apprendra que Stanislas se voit offrir une dotation horaire supérieure aux établissements du public comparables et qu’il obtient des subventions supralégales de la part de la Région Île-de-France [6]. Deux poids, deux mesures…
Bourgeois et réactionnaires main dans la main
Derrière le cas Oudéa-Castéra et du Lycée Stanislas c’est tout un système de l’entre-soi d’une caste de privilégiés qui vivent sur les fonds publics tout en faisant l’éloge de la libre-entreprise, et font du séparatisme un art de vivre. Rien dans le lycée Stanislas n’est en accord avec la loi confortant le respect des principes de la République, dite loi séparatisme. Bien évidemment celle-ci ne visait pas l’entre-soi bourgeois, volontiers catholique intégriste. La couverture du torchon raciste et réactionnaire – dont le titre doit être compris comme une anti-phrase –, Valeurs actuelles, du 25 janvier dernier : « Pourquoi il faut sauver l’école privée », montre bien qui sont les soutiens de ces projets de ségrégationnisme scolaire.
Contrairement à ce qu’affirme Valeurs actuelles, ce n’est pas une guerre scolaire mais belle et bien une guerre de classe. Si l’« école libre » comme aime à l’appeler celles et ceux qui ne rêvent que d’écoles casernes est un choix qui appartient aux familles, celui-ci ne doit pas se faire sur des fonds publics. Dès à présent exigeons le déconventionnement de Stanislas et engageons la fin du financement public des établissements privés. Ce dont l’école publique a besoin ce n’est pas d’une ministre à mi-temps, méprisant les valeurs d’égalité et de liberté, mais des moyens à hauteur des besoins de toutes et tous les élèves.
David (UCL Savoies)
[1] En fait une cité scolaire, propriété d’une société anonyme, qui scolarise des enfants depuis la maternelle jusqu’aux classes préparatoires.
[2] À l’air libre, « Oudéa-Castéra, lycée Stanislas : comment Mediapart a enquêté », sur le site Mediapart.fr
[3] « Affaire Oudéa-Castéra : Mediapart publie le rapport sur Stanislas caché par les ministres », Mediapart, 16 janvier 2024.
[4] « Le couple Oudéa-Castéra, parangon des élites françaises », Médiapart, 15 janvier 2024
[5] « Entre les lycées Stanislas et Averroès, “l’inégalité de traitement est évidente”, entretien avec Pierre Mathiot », Mediapart, 24 janvier 2024.
[6] « Une enquête ouverte sur l’établissement scolaire privé Stanislas pour injures sexistes et homophobes », Le Monde, 19 janvier 2024.
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Mayotte : feu au colonialisme français 13/11
Nouvelle étape dans la convergence Macronie-RN : pour « lutter contre l’immigration », le gouvernement veut réviser la Constitution pour supprimer le droit du sol à Mayotte. C’est une brèche évidente pour casser ce droit sur l’ensemble du territoire français. C’est aussi un énième rappel de la zone non-droits que représente Mayotte pour l’Etat français, après l’opération Wuambushu d’avril 2023 qui prévoyait 24 000 expulsions sur deux mois, dans un climat de fureur xénophobe et de violences policières.
La situation à Mayotte est dramatique, 77% des habitant.es vivent sous le seuil de pauvreté et le taux de chômage atteint les 30 %. L’archipel connaît depuis plusieurs mois une crise de l’eau sans précédent [1]. La situation de l’éducation [2] et du système de santé [3] est critique. Mais gestion coloniale oblige : le problème, ce sera l’immigration.
Mayotte française, l’histoire d’une magouille coloniale
Les sans-papiers et « l’immigration massive » dont parle Darmanin proviennent quasi exclusivement des autres îles de l’archipel des Comores, avec lequel Mayotte forme un même ensemble géographique, historique et culturel. Mayotte n’a été séparé que très récemment dans son histoire des autres îles comoriennes, passées sous protectorat français en 1886. Lors du réferendum d’autodétermination, en 1974, l’archipel a voté massivement pour l’indépendance. Au mépris du droit international, l’Etat français a alors choisi de prendre en compte le résultat île par île, et non le résultat global puis de réorganiser un référendum illégal à Mayotte étant donné que l’île avait voté contre l’indépendance à 63,22 % lors du premier. Le drapeau tricolore y a été maintenu, en dépit de l’accession à l’indépendance du reste des Comores et des protestations de l’ONU, qui reconnait dans 20 résolutions depuis 1975 la souveraineté des Comores sur l’île de Mayotte.
Cela ne va pas sans drames. La circulation entre les îles de l’archipel a toujours existé, même pour des questions familiales, mais la création d’une frontière artificielle par l’Etat français en a fait une pratique illégale. Depuis 1995 et l’instauration du « visa Balladur » restreignant la liberté de circulation, on parle d’entre 7 000 et 20 000 de morts en mer [4] sur des kwassas, bâteaux de pêche traditionnels.
Un département français d’exception
Depuis 2011, Mayotte est reconnu 101e département français, mais sans égalité des droits [5]Le monde, 27 avril 2023. Le droit du sol à Mayotte y est déjà restreint : titres de séjour spécifiques à l’île, pas d’allocation pour les demandeurs d’asile, pas de suspension de l’expulsion en cas de contestation d’Obligation de quitter le territoire français (OQTF), délai plus court pour déposer une demande d’asile, pas d’Aide médicale d’Etat, un délai de saisine du juge en centre de rétention plus de deux fois plus long qu’en métropole et enfin un harcèlement policier permis par des contrôles d’identités quasi systématiques sur toute l’île. Mais c’est également le cas dans d’autres domaines, comme le droit du travail : le temps de travail légal était fixé à 39 heures/semaine jusqu’à la grève générale de 2016, un smic inférieur au smic métropolitain, un RSA au rabais. Le droit du travail n’est appliqué que depuis 2018 mais les conventions collectives sont encore très rares. La rentrée forcée de cette île dans le système capitaliste calqué sur le modèle français sont responsables de la misère sociale qui y règne.
Les citoyen·nes mahorais·es sont considéré·es, dans le droit et dans les faits, comme des citoyen·nes de seconde zone. C’est cette législation coloniale qui a permis l’opération Wuambushu : la destruction arbitraire de « logements informels », et donc la mise à la rue de centaines de personnes.
Le symptome d’un impérialisme français à l’agonie
La puissance de l’Etat français tient par son impérialisme, celui se bat pour ne pas se voir déclasser. Chassé du Sahel notamment par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui annoncent vouloir sortir du franc CFA et de la mainmise française, l’Etat français colonial cherche à conserver sa présence stratégique dans l’océan Indien. La période de décolonisation ayant fait disparaître officiellement les catégories de sous-citoyen·nes ou sous-Français·es il redouble d’efforts pour contrôler les peuples colonisés sur son sol, et utilise le droit sur l’immigration et l’accès à la nationalité pour créer et maintenir une population stigmatisée et exploitée.
Faire front contre le colonialisme
Cette politique de répression et d’exception juridique appliquée à un département français ouvre une brèche pour les 100 autres. Aujourd’hui, le projet de réviser la Constitution pour supprimer le droit du sol à Mayotte représente un danger énorme. Déjà l’extrême droite surenchérit et demande la suppression du droit du sol sur l’ensemble du territoire français. Après la loi Darmanin-Le Pen sur l’immigration, la converence de la Macronie et du RN s’accélère.
En raison du préjudice historique subi par les quatre îles des Comores, puis des multiples coups d’État orchestrés par l’Etat français depuis l’indépendance du pays, qui ont contribué à son instabilité politique et économique, il n’y a pas de solution « française » à la crise à Mayotte. La liberté de circulation doit reprendre ses droits. L’archipel des Comores devrait retrouver son équilibre géographique et économique en réintégrant Mayotte. L’Etat français devrait accompagner cette rétrocession d’une aide économique de rééquilibrage, au titre des réparations. C’est en effet l’Etat français qui, par sa politique inique, a séparé les populations, puis creusé entre elles un fossé qu’il s’agit aujourd’hui de combler.
[1] Nathalie Guibert et Jérôme Talpin lemonde.fr/politique/article/2… Le monde, 20 octobre 2023
[2] unioncommunistelibertaire.org/… Alternative Libertaire, 4 janvier 2011
[3] unioncommunistelibertaire.org/… Alternative Libertaire, 11 septembre 2023
[4] lacimade.org/quelques-elements… La cimade, 17 octobre 2017
[5] Romain Geoffroy, Pierre Breteau et Manon Romain lemonde.fr/les-decodeurs/artic…
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Pour une contre-offensive trans IIe congrès de l’UCL (Angers, 3-5 novembre 2023)
Depuis plusieurs années, une offensive réactionnaire de grande envergure cible la population trans, en particulier aux États-Unis et au Royaume-Uni, où elle a des effets catastrophiques. Il s’agit dans ces pays, et aussi de plus en plus en France, d’une priorité stratégique pour l’extrême-droite, qui s’en sert comme d’un tremplin pour le contrôle des corps et la fascisation de la société. Nous devons y faire face en conséquence.
Cette motion réaffirme notre soutien aux luttes trans et en dresse les contours idéologiques, revendicatifs et stratégiques.
Elle clarifie notre analyse de la transidentité (ou transitude) : sur des bases matérialistes, ouvertes, en écartant les modèles réductionnistes et les stratégies mal avisées. Elle établit nos points d’accord et de désaccord avec les analyses queers, ceci dans le but de permettre une compréhension commune et donc un travail unitaire.
Enfin elle établit l’action de l’UCL sur ces sujets. D’abord au sein de nos milieux, où nous devons : former aux luttes trans et les pousser en interne aux contre-pouvoirs ; inciter à une prise de position des organisations de gauche même réformistes ; et agir à long terme et stratégiquement dans les cadres unitaires. Ensuite plus largement au sein de la société, où nous devons travailler de pair avec les organisations spécifiques pour informer, revendiquer et soutenir, y compris au-delà des frontières.
Une offensive réactionnaire à visée exterminatrice et fasciste
Aux États-Unis, on assiste depuis plusieurs années à une offensive de grande envergure pour faire reculer les droits des personnes trans ainsi que leur perception par le public. Portée par un groupe organisé de fondamentalistes chrétiens nationalistes et soutenue par le parti Républicain [1], cette offensive fait adopter depuis trois ans des lois de plus en plus réactionnaires et violentes dans de nombreux états, forçant les personnes trans et leur famille à fuir – devenant des réfugié·es dans leur propre pays – ou à se voir priver d’accès à des soins indispensables, aux démarches de changement d’état civil, au sport, voire tout bonnement à l’espace public [2].
Les promoteurs de cette offensive ne se gênent désormais plus pour révéler leurs vraies intentions. Trump annonce ainsi vouloir empêcher tout soin et toute reconnaissance aux personnes trans si réélu, tandis qu’un appel à « l’éradication du transgenrisme » reçoit une ovation à un forum conservateur [3], un an après la recommandation d’un candidat Républicain à passer les personnes trans devant un peloton d’exécution [4].
Dans un contexte de fascisation du parti Républicain, cette offensive a des conséquences catastrophiques au-delà même des principales personnes visées : elle légitime et habitue la population au contrôle des corps, en profitant d’un sujet sur lequel elle est peu informée. Elle se combine aux attaques contre le droit à l’avortement ou la communauté LGBTI dans son entièreté. Il s’agit d’une même dynamique, organisée par les mêmes groupes politique, en faveur d’un régime fasciste et théocratique.
Cette offensive n’est pas restreinte aux États-Unis : les fondamentalistes s’attellent à créer un réseau international pour y exporter leur travail. La Russie a ainsi récemment voté une des lois les plus répressives jamais observées, interdisant toute forme de transition médicale et administrative, et retirant aux personnes trans le droit de se marier ou d’avoir des enfants.
Moins radicalement mais depuis plus longtemps, le Royaume-Uni est lui aussi touché : des tabloïds, des personnalités publiques (comme J. K. Rowling), des grands médias (y compris The Guardian ou la BBC) et des politiques font tout pour attiser la haine transphobe dans le pays, si bien que les argumentaires réactionnaires et pseudo-féministes servent de cadre au « débat » de société engendré. Cette campagne porte morbidement ses fruits, par exemple avec le meurtre de Brianna Ghey en février 2023.
Côté législatif, l’avancée des droits est bloquée, le gouvernement conservateur allant jusqu’à faire annuler une loi du parlement écossais (poussée par le parti indépendantiste SNP), une première depuis son rétablissement en 1998.
Le Labour est divisé, et son chef Keir Starmer a décidé de supplanter la branche écossaise du parti travailliste pour minimiser les droits des personnes trans, en reprenant des arguments transphobes. Nous avons affaire ici à un véritable arc d’extrême-droite international, chaque parti et organisation s’inspirant les uns les autres, et reprenant et partageant le travail réalisé par chacune, d’une manière de plus en plus organisée.
En France aussi, un mouvement transphobe s’organise et s’élargit à grande vitesse, réunissant médias, personnalités, partis et organisations politiques, militant·es « techno-critiques », associations soi-disant féministes, groupes de parents plus ou moins noyautés, etc. Les paniques morales transphobes font la une [5], des figures de la transphobie et opposantes à l’interdiction des thérapies de conversion visant les personnes trans sont reçues au ministère [6] et encensées par des députés LREM [7], et les argumentaires transphobes font leur chemin y compris dans les milieux de gauche.
La situation s’est récemment accélérée avec des offensives parlementaires menées par les Républicains et le Rassemblement national, et menace de devenir aussi critique que dans les pays pré-cités si nous n’arrivons pas à y faire face.
Partout où cette offensive prend de l’ampleur, elle s’accompagne d’une explosion de la violence [8], du harcèlement en ligne [9] jusqu’aux attaques terroristes [10], qui s’étend plus largement à la population LGBTI. Une violence qui touche déjà d’ordinaire les personnes trans de manière disproportionnée, notamment les femmes [11].
Les luttes trans sont aujourd’hui un impératif. Il revient à la gauche, au sens large, de clarifier ses positions, de soutenir activement les personnes trans, et de repousser l’offensive réactionnaire partout dans le monde. Des millions de vies sont en jeu. Pour cela, une position seulement défensive ne suffira pas : il nous faut contrer frontalement la transphobie, faire évoluer la société, conquérir des droits qui font encore cruellement défaut. D’un point de vue communiste libertaire, il s’agit de faire reculer le patriarcat, d’unifier notre classe, de préparer un futur inclusif pour les personnes trans comme pour toutes les minorités.
Nos ennemis font de plus en plus de la transphobie une priorité idéologique et tactique. Nous devons nous adapter en conséquence. Nous avons besoin d’une véritable contre-offensive.
La place de l’UCL dans le mouvement trans
Rappel de nos positions
Nous « considérons la transphobie […] comme [une] manifestation du patriarcat. […] Nous combattons ces oppressions en reconnaissant la jonction et les spécificités des luttes LGBTI. » (Manifeste de l’UCL)
Au Ier congrès de l’UCL, à Fougères, nous avons détaillé et affiné nos positions féministes [12]. Sur le plan théorique, nous avons réaffirmé le caractère indissociable des luttes LGBTI et de l’antipatriarcat, et avons adopté une grille d’analyse intégrant en particulier le féminisme matérialiste, le féminisme intersectionnel et le féminisme lutte de classe.
Nous appelions à un travail pour se saisir collectivement de ces outils. En réponse à cet appel et à une nécessité de clarifier nos positions au sein du mouvement trans, le présent texte propose une analyse matérialiste plus détaillée des luttes trans.
Sur le plan pratique, le congrès de Fougères appelait à rejoindre, renforcer, soutenir voire créer des organisations LGBTI, à soutenir le travail et les systèmes d’entraide de nos camarades, à pousser l’avancée des luttes LGBTI au sein des contre-pouvoirs et notamment des syndicats, et à mettre l’accent sur la formation en notre sein.
Ce texte s’inscrit dans la continuité du travail réalisé en interne depuis 2021, notamment à travers nos décisions en Coordination Fédérale et notre validation des formations antipatriarcat et LGBTI internes.
Un mouvement trans divisé
Le mouvement militant trans, comme plus largement le mouvement LGBTI, est traversé de différences idéologiques et stratégiques. On distingue en particulier deux grilles d’analyse majeures, qui se subdivisent en une variété de positions : les modèles queers, et les modèles matérialistes.
Entre ces deux grands axes, le dialogue est très compliqué. Cela s’explique par des différences de bases théoriques, de vocabulaire et de stratégies, sources de confusion et de malentendus ; par des pratiques délétères, telles des exagérations, caricatures, logiques de camps et solidifications de conflits interpersonnels ; ainsi que par leur histoire et leurs filiations.
Sur ce dernier point en particulier, un élément de tension majeure vient du fait qu’une partie du féminisme transphobe (dénommé TERF, pour « féministes radicales excluant les personnes trans » [13]) se revendique du matérialisme. Même chose pour un ensemble de positions décriées au sein du mouvement trans, qu’on peut regrouper sous le terme de transmédicalisme.
Il nous revient donc de préciser de quel matérialisme nous nous revendiquons exactement.
Pour une analyse matérialiste non dogmatique
Le matérialisme est pour nous un outil d’analyse du réel, permettant de percevoir et d’analyser des systèmes d’exploitation et d’oppression au sein de la société. Cela implique que notre analyse doit évoluer en fonction des faits et de notre compréhension de ceux-ci. Nous devons prendre garde à ne pas essentialiser nos modèles, c’est-à-dire à les plaquer sur la réalité alors qu’ils ne paraîtraient plus adaptés ; nous devons au contraire partir de la réalité pour les élaborer.
La prise en compte des vécus trans a mené à une fracture au sein du féminisme matérialiste. Une partie du mouvement, aujourd’hui dénommé TERF, a tenté de justifier, par une analyse matérialiste, des positions transphobes et l’exclusion des femmes trans du milieu féministe. Nous affirmons que ce mouvement, qui a largement pivoté sur la transphobie comme unique axe de lutte, a au contraire essentialisé son analyse plutôt que de la mettre à jour, et est entré en contradiction avec des principes de base du matérialisme comme du féminisme de lutte.
En particulier, ce mouvement prône une origine biologique, et non sociale, de l’oppression des femmes, et insiste sur le caractère indépassable de la « socialisation primaire », c’est-à-dire des comportements inculqués dans la jeune enfance.
Au contraire, l’analyse actuelle de l’Union communiste libertaire est de considérer deux classes de sexe, « hommes » et « femmes », auxquelles est assigné chaque individu par un mécanisme social, imposé par la société. Cette assignation est censée être fixe ; en réalité elle n’a pas lieu qu’une seule fois à la naissance mais tout au long de la vie, à chaque interaction sociale, sur la base de marqueurs de genre (des éléments de l’apparence et du comportement de l’individu, de l’état civil, etc.).
Les classes de sexe permettent l’exploitation de la classe des femmes par celle des hommes, et la société patriarcale impose pour ce faire leur binarité et leur rigidité.
Les personnes trans sont opprimées spécifiquement par le patriarcat car elles contreviennent à ces principes. Le processus même de mobilité de classe – devenir des transfuges de classe de sexe – est un affront à la binarité du système, affront répété par les personnes qui refusent leur assignation à l’une des deux seules classes considérées légitimes. La transphobie est l’oppression punissant ces affronts.
Les femmes trans en particulier voient leur position sociale se dégrader dès les premières démarches de transition, et sont soumises à la transmisogynie, par intersection de la misogynie et de la transphobie. Les hommes trans sont eux soumis à des logiques d’infantilisation, afin d’un côté de leur refuser ou compliquer l’entrée dans la classe des hommes, et de l’autre côté de servir d’étendard aux « féministes » transphobes en niant leur autonomie pour les dépeindre en femmes victimes malgré eux, reprenant là encore des poncifs misogynes.
Les luttes trans font donc partie intégrante des luttes antipatriarcales, et les femmes trans font partie intégrante des luttes féministes.
Nous rejetons les positions essentialisantes. Nous analysons que la place de chaque individu dans le système d’oppression patriarcal ne dépend pas de sa biologie ou de sa socialisation passée, mais de sa position sociale présente. Nous respectons et aidons les personnes trans dans leur transition en les considérant de leur genre souhaité, peu importe leur conformité aux attentes patriarcales. Notre lutte vise à abolir ce système et ses classes de sexe, et nous agissons en cohérence avec cet objectif.
Une partie du mouvement trans, se revendiquant lui aussi souvent du matérialisme, prône que la transidentité (ou transitude) est une affection mentale, pour laquelle la transition médicale est le remède. Cette tendance milite donc généralement pour le maintien de la psychiatrisation des parcours de transition. Cette position, dénommée transmédicalisme, est plus stratégique qu’idéologique : l’idée est de présenter la transidentité d’une manière qui la rendrait plus acceptable par le système patriarcal, et par là, en théorie, de protéger les personnes trans.
Si nous sommes sensibles aux craintes et aux stratégies individuelles des personnes trans pour obtenir l’accès aux soins, nous rejetons le transmédicalisme en tant que stratégie politique. Nous jugeons en effet qu’elle ne saurait nous protéger ni du backlash réactionnaire ni du patriarcat dans son ensemble, qu’elle ne permet pas de combattre. Elle jette en particulier sous le bus toutes les personnes trans qui ne peuvent se soumettre aux injonctions du système : les personnes non-binaires, homosexuelles, bisexuelles, neurodivergentes, etc. La dépsychiatrisation est pour nous une revendication centrale des luttes trans.
Enfin, nous rejetons les positions réductionnistes, qui ne prennent pas en compte les violences psychologiques en tant que conditions matérielles. Nous constatons en particulier que le placard est une situation très difficile, et que les démarches de transition sociale (coming-outs, modifications de l’apparence et du comportement) entraînent elles aussi un réel danger pour les personnes trans, de par toutes les formes de violence que la société transphobe déchaîne en réponse. Cela se traduit par des taux de dépression et de suicide stratosphériques [14].
Pour un travail unitaire apaisé
La majorité du mouvement trans adopte des grilles d’analyse issues des théories queers. Nous avons des points d’accord mais aussi des désaccords politiques avec celles-ci, qu’il convient de clarifier pour permettre le travail commun. Mais une source de tensions courante provient aussi d’une simple différence de priorités. Quoi qu’il en soit, nous affirmons que ce qui nous unit, la conquête de droits et la fin du patriarcat, sera toujours plus fort et important que ce qui nous divise.
Les organisations trans placent une grande partie de leur énergie sur les besoins urgents et vitaux des personnes trans, à travers l’entraide et l’accompagnement – notamment pour l’accès aux soins et aux démarches administratives – ainsi qu’au soutien moral et à la création d’espaces de sociabilité, qui font cruellement défaut aux personnes trans, souvent victimes de rejet et d’isolement. Il s’agit d’un travail titanesque, qu’il nous revient de saluer et de soutenir.
Cette priorité, tout à fait logique, mise sur les besoins immédiats de la communauté trans, peut justifier un accent porté sur les individualités. Quelqu’un qui s’est vu rejetée et reniée son humanité a besoin d’entendre qu’iel est légitime. Nous rejoignons le souhait de créer une société dans laquelle tout individu peut s’épanouir sans crainte.
En tant qu’organisation politique, l’Union communiste libertaire n’a pas vocation à se substituer aux espaces d’entraide, qu’elle doit soutenir de l’extérieur. Notre objectif est de pousser la société à évoluer vers l’acceptation et l’intégration des personnes trans, jusqu’à l’élimination du système d’oppression patriarcal, combiné aux luttes féministes et LGBI. Sur ce champ d’action, nous considérons que les logiques individualisantes sont préjudiciables : nous avons besoin de créer du collectif, sur la base d’expériences partagées.
Nous souhaitons donc regrouper tout ce que cela signifie de transitionner (ou de vouloir transitionner) dans notre société patriarcale, posant ainsi le socle de nos critiques, craintes et revendications communes. Cela implique de faire vivre des contre-pouvoirs larges et démocratiques. Nous ne mettons donc pas l’accent sur des figures individuelles ou des groupes affinitaires, même si nous saluons leur travail et pouvons collaborer avec elles et eux.
Cette position n’est pas antinomique à la reconnaissance de la diversité des parcours de transition. Les avancées politiques bénéficieront à toutes, tous et toustes, peu importe les démarches effectivement entreprises par chaque individu. Ce n’est pas notre rôle de juger la « légitimité » de telle ou telle identité. Notre analyse se base sur les conditions matérielles d’existence : nous nous battons pour toutes les personnes dont les conditions matérielles sont affectées par la transphobie, comme par les autres systèmes d’oppression.
Cela signifie pour nous une démarche ouverte sur l’extérieur, qui se confronte à la société, et qui ne soit ni trop intellectualisée et abstraite ni dépourvue d’analyse théorique.
Une autre source de tension courante entre stratégies queers et matérialistes est l’utilisation du vocabulaire. Les stratégies queers, qui incluent la redéfinition des termes liés au genre dans une visée émancipatrice et de « déstabilisation » du genre, proposent que les termes d’identité et d’orientation sexuelle soient appropriés au niveau individuel : que chacun·e choisisse les étiquettes qui lui correspondent afin de se comprendre ou se trouver soi-même.
A l’UCL, notre approche prend une position de départ différente et aboutit donc à une utilisation du vocabulaire adaptée à notre grille d’analyse. Sans remettre en cause le principe d’autodétermination, nous partons de la transition comme d’un fait social, puis nous étudions les logiques d’oppression que cela engendre. Notre vocabulaire désigne donc les personnes touchées structurellement par ces oppressions, par exemple de par un parcours ou une volonté de parcours de transition (incluant les volets médicaux et administratifs mais aussi sociaux).
Ces différences d’utilisation du vocabulaire, liées à des analyses et stratégies différentes, ne constituent pas à notre avis une source pertinente d’opposition à elles seules : nous devons donc expliciter nos termes lorsque nécessaire sans s’attarder sur des guerres de dictionnaires.
Par ailleurs, nous exprimons nos réserves face à certains discours radicaux, que nous craignons d’être inaudibles par la société actuelle. Sans jamais renier nos ambitions révolutionnaires, nous préférons user de stratégie et mener une bataille de long terme, en gagnant notre légitimité auprès de notre classe et en faisant progresser la société au rythme qui nous semble atteignable.
Nous avons mis en avant ici notre démarche et nos désaccords afin de clarifier notre positionnement, non pas pour tracer une ligne avec les autres orientations politiques, mais au contraire pour permettre le travail commun avec elles en connaissance de cause. Nous devons éviter de transformer ces désaccords en conflits : par l’échange, par la recherche du consensus, par la diversité des actions. Plus que jamais, nous avons besoin d’être uni·es. Outre les différences de pratiques et de stratégies, notre objectif est le même. Le principe du travail unitaire fait partie des impératifs de notre organisation et devra toujours guider notre action.
Identifier nos ennemis et y opposer les revendications de la communauté trans
Nous dressons ici un panorama rapide des mouvances transphobes français et de leurs argumentaires. Nous devons apprendre à les réfuter, et à leur opposer la situation réelle de la population trans. Nous faisons nôtres la plupart des revendications des militantes et militants trans, que nous détaillons de manière non exhaustive dans la seconde sous-partie.
Une opposition issue de tous les courants politiques
Les acteurs propageant la transphobie en France (comme ailleurs) se réclament de tous les courants politiques.
On trouve bien sûr les partis de droite et d’extrême-droite. Ainsi Zemmour crée des groupes de « parents vigilants » qui lancent des campagnes de pression contre des établissements scolaires [15] , dans la droite ligne de la stratégie de l’extrême-droite américaine. Les Républicains aussi font leur cette stratégie contre le « wokisme », et lancent dans ce cadre une offensive médiatique [16] et parlementaire [17] très directe et violente, contre une prétendue idéologie transgenre qui menacerait les enfants.
Du côté du Rassemblement national, la ligne de Marine Le Pen, qui était stratégiquement muette ou instrumentaliste sur les droits des femmes et des personnes homosexuelles [18] – tout en dissimulant leurs réelles positions réactionnaires – laisse la place elle aussi à une ligne intégrant plus franchement la guerre culturelle poussée outre-Atlantique. Leur groupe à l’Assemblée nationale lance lui aussi une offensive législative, ciblant l’accès des personnes trans [19] au sport.
Il s’agit d’une stratégie plus fine et progressive que celle de LR, mais avec la même finalité d’oppression totale des personnes trans. Outre les partis, des groupements réactionnaires se constituent spécialement sur le sujet, le plus important d’entre eux étant l’Observatoire de la Petite Sirène, proche des milieux de La Manif Pour Tous et des Républicains, qui a son influence au ministère de l’éducation nationale et qui a tenté de porter ses arguments au sein même de la DILCRAH [20].
Les arguments de ce camp politique reprennent les poncifs habituels : « protection » des enfants voire de la civilisation, affront à l’ordre naturel ou biblique, et les sempiternels discours complotistes et antisémites. Comme développé en partie I, la lutte contre la transphobie est aujourd’hui un impératif antifasciste.
Mais dans cette lutte contre les droits des personnes trans, l’extrême-droite a du soutien. Le féminisme libéral « universaliste », tout en prétendant respecter les personnes trans, opposent leurs droits à ceux des femmes [21]. S’indignant du vocabulaire incluant les hommes trans aux questions de santé reproductive, et dénonçant le soi-disant avantage des femmes trans dans le sport, c’est à nouveau le registre de la menace planant sur la société qui est invoqué.
Moins subtilement, la question des espaces en non-mixité femmes (notamment les toilettes publiques) est invoquée pour dépeindre les femmes trans en agresseuses, reprenant le poncif classique des LGBTI comme pervers sexuels. Sur ce point et tant d’autres, ce féminisme libéral est rejoint par la frange transphobe du féminisme radical, de plus en plus poreuse avec lui, et qui insiste comme dit précédemment sur la primauté de la biologie ou de la « socialisation primaire » comme source des oppressions patriarcales.
En miroir des femmes trans agresseuses, les TERFs considèrent les hommes trans comme des lesbiennes victimes des « transactivistes », peu importe leur orientation sexuelle réelle et sur une logique d’infantilisation misogyne.
Les milieux écologistes ne sont pas épargnés. Outre les gourous naturopathes [22], on trouve des tendances transphobes du côté des mouvances techno-critiques et primitivistes, comme Pièces et main-d’œuvre (PMO) [23] et Deep Green Resistance (DGR) [24], souvent plus proches de l’écofascisme que de l’écologie de lutte. Ces groupes dépeignent les transitions de genre comme contre-nature et issues d’une idéologie transhumaniste.
Toutes ces composantes se lient et se soutiennent, au-delà des appartenances politiques affichées : la transphobie devient le dénominateur commun rassemblant des courants qui devraient pourtant s’opposer. Ainsi des figures connues sur les réseaux sociaux pour leur activisme transphobe frénétique se déclarent féministes mais répondent présentes aux invitations de médias d’extrême-droite pro-Poutine [25].
PMO cite des membres de l’Observatoire de la petite sirène (OPS), tandis que des émissions libertaires font la part belle au féminisme libéral transphobe [26]. Une ex-militante de DGR véhicule les argumentaires transphobes sur son blog et est invitée dans des podcasts pseudo-féministes tout aussi obnubilés par la question, et se faisant le relai d’Ypomoni, un collectif proche de l’OPS promouvant les thérapies de conversion et faisant pression dans les médias comme sur les médecins [27].
Ce mélange des genres démontre la réelle base commune derrière la transphobie : une idéologie réactionnaire et confusionniste.
De nombreux droits à conquérir
Face à la désinformation transphobe, nous agissons pour une meilleure information au sujet de la transidentité au sein de la société, incluant une meilleure identification et condamnation de la transphobie et des violences qu’elle engendre. Nous luttons contre les discriminations et la précarisation de la population trans.
Nous militons pour l’accès aux soins des personnes trans. Cela passe par l’arrêt des discriminations et des violences médicales, mais aussi par une meilleure formation des médecins quant à la prise en charge des personnes trans et la prescription et le suivi de leurs traitements. Nous sommes pour la dépsychiatrisation réelle et effective des parcours de transition, que ce soit au sein des pratiques médicales ou pour leur remboursement.
Nous appelons à une réelle politique de santé publique, mettant fin aux pratiques des équipes pluridisciplinaires de l’ex-SoFECT (extrêmement psychiatrisées, rigides et patriarcales), répondant correctement aux besoins des mineurs comme des adultes, et permettant la mise à disposition de traitements adaptés. Enfin, nous revendiquons une sécurité sociale renforcée, contrôlée par notre classe, au fait des besoins de la population trans, et prenant en charge la totalité des frais de santé sans nécessiter de mutuelle ni de reconnaissance d’affection longue durée (ALD). Nous combattons les logiques capitalistes à l’œuvre dans le système de santé, qui créent une médecine à plusieurs vitesses en fonction des moyens des patient·es.
Nous demandons la simplification des procédures de changement d’état civil, pour qu’elles reposent sur une seule attestation sur l’honneur. Nous sommes pour la suppression du marqueur de sexe, symbole archaïque du contrôle de l’État sur les corps et les familles, qui expose à la discrimination. A minima, nous demandons la déjudiciarisation de la procédure de modification de ce marqueur. Afin de protéger les personnes trans du fichage et des discriminations, les changements d’état civil devraient être entièrement rétroactifs.
Nous sommes pour l’accès des personnes trans à la procréation médicalement assistée (PMA), quel que soit leur état civil, orientation sexuelle ou situation de couple. Nous demandons une reconnaissance automatique des liens de parenté.
Nous appelons à que soit garanti l’accès des personnes trans aux espaces dédiés à leur genre. Cela inclut les clubs et compétitions sportives, les sanitaires, les refuges contre les violences, etc. Nous rappelons que les contraintes mises sur le corps des femmes, y compris, soi-disant, au nom de leur propre sécurité, font courir dangers et discriminations non seulement aux femmes trans mais aussi aux femmes cis, en particulier LBTI [28] et racisées [29].
Stratégie pour une contre-offensive trans
Faire progresser les lignes dans nos milieux
Il est indispensable que la gauche, au sens large, et les contre-pouvoirs prennent position clairement en faveur des luttes trans. Comme on le constate à l’international, une gauche divisée, hésitante ou peu formée offre un boulevard aux pires discours, jusqu’à la persécution de la population trans.
Cela passe en premier lieu par une meilleure compréhension des réalités trans au sein des contre-pouvoirs. Les adhérents et adhérentes de l’Union communiste libertaire doivent être motrices dans les initiatives de formation et d’information au sein des contre-pouvoirs qu’iels investissent. Iels seront aidé·es en cela par les formations internes et par le matériel conçu par la commission antipatriarcat.
L’avancée de ces causes dans les syndicats revêt une importance particulière. De la même manière que pour les luttes féministes, antiracistes ou antivalidistes, les syndicats doivent être en mesure d’accompagner les personnes trans, victimes de fortes discriminations à l’emploi et sur les lieux de travail, et par là de s’imposer comme un outil pertinent à investir pour celles-ci. En tant que lieux d’organisation des prolétaires, ils ont le potentiel d’unir notre classe par la convergence des luttes, incluant donc les luttes trans ; un potentiel que nous devons chercher à réaliser.
Au-delà de nos contre-pouvoirs, nous devons travailler à faire progresser les luttes trans dans l’ensemble de la gauche, et à y faire reculer la transphobie. Cela inclut les partis réformistes disposant d’une large audience dans la population, dont nous ne devons pas sous-estimer le rôle. Il convient de les inviter à nos initiatives sur ce sujet et d’ouvrir un dialogue avec eux aux échelles locales et fédérales, sur la même logique et pour les mêmes raisons que concernant l’antifascisme.
Dans les cadres inter-orgas, notamment féministes, nous faisons de la mise en minorité des positions transphobes l’une de nos priorités. Pour ce faire, nous devons nous doter d’une stratégie de long terme, qui ne relève ni de positions de posture inefficaces ni d’une passivité désemparée.
L’UCL est attentive aux situations où la question des luttes trans semblent provoquer une gêne, ou sont mises de côté car jugées à part du mouvement féministe. Nous devons dialoguer avec, convaincre et accompagner les organisations qui seraient frileuses sur ces questions par manque de formation ou par crainte du conflit. Nous devons gagner en légitimité et en soutiens au sein de ces cadres si l’on souhaite pousser notre vision d’un antipatriarcat clair et unifié.
Lorsque cela est acquis, nous devons être force de proposition pour que les questions trans soient prises en compte et que les oppositions soient mises explicitement en minorité. Les organisations transphobes doivent être conduites hors de nos espaces.
Lorsque nous ne sommes pas présent·es dans un cadre unitaire féministe large et ayant une audience importante, nous tâchons de le rejoindre tant que l’essentiel de ses positions publiques est aligné avec les nôtres, y compris si des organisations réticentes aux luttes trans y sont représentées. L’idée est qu’il sera plus efficace, à notre échelle, d’y mener une lutte interne au côté des organisations soutenant les causes trans plutôt que de les boycotter.
De même, le choix de signer ou non des communiqués venant de cadres où l’on est à ce moment absent·es doit prendre en compte les perspectives possibles de s’y investir et d’y faire bouger les lignes dans le sens des luttes trans. En cas de signature de textes ne prenant pas en compte les perspectives trans alors que cela serait pertinent, nous ajoutons un encart sur le sujet dans notre propre communication.
En revanche, lorsqu’un cadre unitaire nous semble contrôlé ou bloqué par des organisations transphobes, nous impulsons la création d’un cadre concurrent. Cette décision doit se reposer avant tout sur un critère d’efficacité. Elle ne peut se faire sans allié·es et implique de travailler au long terme à la construction de la légitimité de ce nouveau cadre.
Soutenir les luttes trans, au quotidien et à long terme
L’Union communiste libertaire vient en appui aux associations, organisations et contre-pouvoirs trans. Nous proposons notre aide à leurs initiatives, dans le cadre de nos positions politiques. Nous participons lorsque souhaité à la formation de leurs militant·es et à leur défense collective. Nous travaillons avec eux sur des communiqués et événements, les mettons en lien avec nos réseaux et contre-pouvoirs, les convions à nos espaces ouverts. Nous associons les organisations trans aux cadres communs de lutte contre le fascisme et l’extrême-droite.
Nous usons de nos outils de communication pour former et informer la société le plus largement possible. Nous développons les perspectives des luttes trans dans nos productions à chaque fois que cela est pertinent. Nous investissons chaque année la marche de l’ExisTransInter : par exemple par une production de matériel politique, par la tenue de réunions publiques autant que possible en lien avec les organisations trans, par du soutien logistique et/ou financier.
Nous encourageons l’essaimage de cette manifestation dans nos localités. Nous soutenons la population trans au-delà de nos frontières, particulièrement dans les pays où elle le plus en position de danger et de précarité, et dans ceux où elle est directement attaquée par les offensives réactionnaires. Nous réalisons ce soutien à travers nos réseaux internationalistes, que nous devons développer à travers cet axe, et aussi de manière directe lorsque pertinent : soutien aux réfugié·es, actions devant les ambassades, etc.
Sans prendre la place des organisations spécifiques et dans l’esprit d’auto-détermination des luttes, nous encourageons la création de contre-pouvoirs et de cadres unitaires autour des luttes trans et de la défense contre les mouvances transphobes.
En somme, l’Union communiste libertaire met ses forces au service des luttes trans, en conjonction avec ses autres combats. Elle dénonce les argumentaires transphobes portés dans la sphère publique, y compris quand leurs promoteurs se réclament de la gauche ou du féminisme. Elle est attentive aux attaques réactionnaires : lorsque les ennemis de notre camp social font de la transphobie leur priorité stratégique, nous redoublons de moyens pour les contrer sur ce champ, de la même manière que pour les autres axes politiques. Nous rejoignons pleinement l’effort pour une véritable contre-offensive trans.
[1] Erin Reed, « 2600 Leaked Anti-trans Lobbyist Emails Show Fundamentalism, Not Evidence, Is How First Anti-Trans Bills Were Drafted », 10 mars 2023.
[2] « 2023 Anti-Trans Bills : Trans Legislation Tracker », consulté le 25 mars 2023.
[3] Peter Wade et Patrick Reis, « CPAC Speaker Calls for Eradication of “Transgenderism” — and Somehow Claims He’s Not Calling for Elimination of Transgender People », Rolling Stone, 6 mars 2023.
[4] Paul Blest, « Mississippi Republican Says Trans Rights Supporters Should Face a Firing Squad », Vice, 29 mars 2022.
[5] « Le Planning familial critiqué pour une affiche avec un homme transgenre enceint, la ministre Isabelle Rome apporte son soutien à l’association », Le Monde, 22 août 2022.
[6] Matthias Lecourbe, « Des militantes TERFs reçues par Schiappa : renforçons la lutte contre la transphobie », Révolution Permanente, 6 décembre 2021.
[7] Pauline Machado, « “Il faut réagir” : quand des députées Renaissance valident la transphobie », Terrafemina, 31 août 2022.
[8] Paolo Zialcita, « Colorado Politicians Have Promoted Anti-LGBTQ Rhetoric and Policies — from Local School Boards to Congress — That Escalate Violence, Experts and Advocates Say », Colorado Public Radio, 22 novembre 2022.
[9] Ali Breland, « The Website That Wants You to Kill Yourself—and Won’t Die », Mother Jones, mars 2023.
[10] « Fusillade dans une boîte gay aux États-Unis, 5 morts », Têtu, 20 novembre 2022.
[11] Sophie Boutboul, Anne-Laure Pineau, et Rouguyata Sall, « Féminicides politiques : l’acharnement à tuer les femmes trans », Mediapart, 31 mars 2023.
[12] Union communiste libertaire, « Motion de la commission antipatriarcat » (Ier Congrès de l’UCL, Fougères, 29 août 2021).
[13] Trans Exclusionary Radical Feminists
[14] Penelope Strauss et al., « Trans Pathways : The Mental Health Experiences and Care Pathways of Trans Young People » (Telethon Kids Institute, Perth, Australia, 2017).
[15] Robin Korda et Ariane Riou, « “Parents vigilants” : comment Éric Zemmour veut embraser l’école », Le Parisien, 15 décembre 2022.
[16] Mika Alison, « Pourquoi les conservateurs français s’intéressent-ils tant aux enfants trans ? », XY Media, 14 décembre 2021.
[17] Jacqueline Eustache-Brinio, « Proposition de loi interdisant les pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle et l’identité de genre d’une personne, première lecture au Sénat, amendement n°3 déposé sur le texte n°239 de la commission des lois », Pub. L. No. 2022‑92 (2021).
[18] Clément Parrot, « Le Front national est-il vraiment devenu “gay friendly” ? », FranceTVinfo, 12 mars 2017.
[19] Nina Jackowski, « Le Rassemblement national va lancer une association pour lutter contre le wokisme », Journal du dimanche, 24 mars 2023.
[20] Rozenn Le Carboulec, « Mineurs trans : des groupuscules conservateurs passent à l’offensive », Mediapart, 17 mai 2022.
[21] Chiennes de garde et Zéromacho, « Le Manifeste du Front féministe », 8 mars 2022.
[22] Pauline Bock, « Planning familial : les anti-trans, “cautions progressistes” des réacs », Arrêt sur images, 5 septembre 2022.
[23] Collectif Stop Masculinisme, « Le coming-out masculiniste de Pièces et main d’œuvre », Indymedia Grenoble, 31 janvier 2015.
[24] Savannah, « I’m Not A Gender Zombie and Neither Are You : Rejecting Anti-Trans Bigotry From Rachel Ivey and Deep Green Resistance », Autostraddle, 20 mai 2013.
[25] Pauline Bock, « Fausse journaliste : le “piège” du film Omerta sur les trans », Arrêt sur images, 16 novembre 2022.
[26] « Jamila et Caroline Granier, Remue Méninges Féministe », Remue Méninges Féministe (Radio Libertaire 89.4, 15 novembre 2022).
[27] Collectif d’action et de recherche sur la transphobie et l’extrême droite (C·A·R·T·E), « Transphobie : de la confusion au risque fasciste », février 2023.
[28] Jasmine Andersson, « Butch Lesbian Opens up about “increasing Harassment” She Faces When Using the Public Toilets », INews, 19 janvier 2021.
[29] Daniel Villarreal, « Two more cis Black women banned from Olympics for their natural testosterone levels », LGBTQ Nation, 2 juillet 2021.
Pour une contre-offensive trans – UCL - Union communiste libertaire
Une motion qui réaffirme le soutien de l'UCL aux luttes trans et en dresse les contours idéologiques, revendicatifs et stratégiques.UCL - Union communiste libertaire
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humanite.fr/monde/abdullah-oca…
Kurdistan : la solution est politique !
Une nouvelle année commence. Et elle commence sous de sales couleurs au Kurdistan : tandis que l’État turc continue de bombarder le Kurdistan syrien dans le plus grand silence international, le Kurdistan turc crie justice du fond des prisons. Depuis le 27 novembre 2023, une grève de la faim collective mobilise des milliers de captifs dans une centaine d’établissements pénitentiaires.
Ils réclament, une fois de plus, la libération d’Abdullah Öcalan, cofondateur du PKK incarcéré depuis 1999 et soumis à l’isolement le plus total. C’est qu’Öcalan, comme Nelson Mandela en son temps – lui aussi qualifié de « terroriste » par le régime d’apartheid –, est le seul à pouvoir mettre un terme à la « question kurde » en Turquie.
Voilà des décennies que le leader autonomiste appelle à une solution négociée, juste et pacifique. Les armes, répète-t-il, seront alors rendues par le biais d’une médiation internationale. Des pourparlers de paix avaient été entrepris en 2013, avant d’être foulés aux pieds par Erdogan deux ans plus tard, faux défenseur des Palestiniens et vrai oppresseur des minorités vivant sous son contrôle.
Les prisonniers kurdes appellent à la solidarité internationale. Leur voix doit, partout, être entendue ; leur voix doit, partout, être relayée. Les pays occidentaux entretiennent des relations économiques et militaires avec l’État turc, éminent membre de l’Otan. Chaque citoyen a son mot à dire sur la politique étrangère de son propre gouvernement. Chaque parole engage. Chaque silence aussi.
Depuis le mois de décembre 2023, Selahattin Demirtas, cofondateur de la principale formation de la gauche démocratique en Turquie, le HDP, plaide sa cause face aux juges. Arrêté en 2016, il risque jusqu’à 142 ans de prison. Demirtas déclare aujourd’hui : « Nous appelons une paix honorable, un environnement paisible où les Turcs, les Kurdes, les Alévis et les sunnites vivraient librement. (…) L’État turc nous juge à des fins racistes et nationalistes, simplement parce que nous sommes kurdes. Nous sommes jugés parce que nous ne nous soumettons pas à l’idéologie et aux thèses racistes turques. Le Kurdistan est notre patrie et nous sommes jugés pour avoir dit : ”Vous ne pouvez pas occuper le Kurdistan, vous ne pouvez pas le détruire.” Dans cette salle, on veut condamner la réalité kurde en notre personne. »
L’ancienne députée HDP Sebahat Tuncel, elle aussi détenue depuis 2016, ajoute : « Il y a l’option de la fraternité, de l’amitié et de la coexistence à travers la promotion de la vie. » Mais cette option, le pouvoir turc, allié au mouvement ouvertement fasciste MHP, la rejette systématiquement.
Or on le sait : les conflits n’ont de solution que politique. La répression, la discrimination, les massacres, les emprisonnements ne durent jamais éternellement. Aussitôt qu’un peuple est assujetti, il résiste : l’Histoire en jure. Les opprimés ont résisté en Inde, au Vietnam, en Algérie, en Afrique du Sud : ils ont fini par recouvrer leur liberté. Un jour viendra celle du peuple kurde. Pour l’heure, celui-ci promeut la démocratie face à l’autocratie et au nationalisme guerrier. Soutenons-le depuis notre sol. Ne laissons pas les prisonniers dans l’ombre.
Écoutons Abdullah Öcalan. Écoutons Selahattin Demirtas. Écoutons Sebahat Tuncel. Écoutons l’ancienne maire et militante féministe Ayse Gökkan, arrêtée à quelque 80 reprises et détenue depuis 2021. Écoutons l’ancienne coprésidente du HDP Figen Yüksekdag, incarcérée en 2016. Écoutons l’ancienne maire Gültan Kisanak, torturée dans les années 1980 et incarcérée en 2016.
Écoutons la chanteuse Nûdem Durak, condamnée à dix-neuf ans de prison pour avoir défendu les droits et la culture de son peuple par son art. Écoutons le chanteur Erkan Beli, torturé et condamné à la détention à perpétuité. Écoutons la journaliste Dicle Müftüoglu, coprésidente de l’association des journalistes Dicle Firat Gazeteciler Dernegi (DFG), emprisonnée depuis mai 2023.
Écoutons le journaliste Ziya Ataman, de l’agence Dicle Haber Ajansi (Diha), désireux que « (leur) situation en prison soit connue du public ». Écoutons Nedime Yaklav, qui, bien qu’ayant purgé sa peine de plus de trente ans, demeure emprisonnée. Écoutons Mustafa Murat Perisan, lui aussi otage depuis plus de trente ans et maintenu en détention au motif qu’il refuse de signer une déposition de « remords ». Écoutons Selver Yildirim et Abdulalim Kaya, gardés en détention en dépit de maladies lourdes.
La liste serait sans fin. Écoutons, oui. Et, comme citoyens français, exigeons : l’arrêt des partenariats commerciaux et de la collaboration militaire avec l’État turc ; le retrait du PKK de la liste des « organisations terroristes » ; la fin de la coopération policière et judiciaire, via Interpol, avec l’État turc ; la levée du secret-défense dans l’affaire du triple féminicide kurde de janvier 2013, à Paris.
Signataires
Nadège Abomangoli, députée FI Arié Alimi, avocat, auteur et membre de la LDH Hakim Amokrane, chanteur, cofondateur de Zebda Mustapha Amokrane, chanteur, cofondateur de Zebda Joseph Andras, écrivain Ludivine Bantigny, historienne Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste Olivier Besancenot, ancien candidat du NPA à l’élection présidentielle Rachida Brakni, actrice et cinéaste Rony Brauman, médecin et essayiste Éric Cantona, acteur, chanteur et ancien footballeur Carmen Castillo, cinéaste Patrick Chamoiseau, écrivain Laurence Cohen, sénatrice honoraire PCF Éric Coquerel, député FI Leyla Dakhli, historienne Hendrik Davi, député FI Alice Diop, cinéaste Sébastien Delogu, député FI Rokhaya Diallo, autrice et réalisatrice Éric Fassin, sociologue Elsa Faucillon, députée PCF Robert Guédiguian, cinéaste Nadia Yala Kisukidi, philosophe Anouche Kunth, historienne Adèle Haenel, actrice Kaoutar Harchi, écrivaine et sociologue Andy Kerbrat, député FI Pierre Laurent, sénateur honoraire PCF et ancien vice-président du Sénat Jean-Paul Lecoq, député PCF et conseiller municipal Frédéric Lordon, philosophe et économiste Michael Löwy, sociologue Maryam Madjidi, écrivaine Chowra Makaremi, anthropologue et réalisatrice Carlos Martens Bilongo, député FI Edgar Morin, sociologue et philosophe Aline Pailler, journaliste Ernest Pignon-Ernest, artiste plasticien Philippe Poutou, ancien candidat du NPA à l’élection présidentielle Anne Querrien, sociologue, urbaniste et codirectrice de Multitudes Rocé, rappeur Pinar Selek, sociologue et écrivaine Danielle Simonnet, députée FI Pierre Tevanian, philosophe Ana Tijoux, rappeuse et chanteuse Laetitia Tura, réalisatrice Françoise Vergès, politologue et essayiste Gisèle Vienne, metteuse en scène et chorégraphe Abdourahman Waberi, écrivain Malik Zidi, acteur et écrivain.
COLLECTIFS
Assemblée féministe transnationale, Association France-Kurdistan, Cases rebelles, Conseil démocratique kurde en France, Dispac’h, Féministes révolutionnaires Paris, Gauche écosocialiste, la Grenade, collectif féministe, Lesbiennes contre le patriarcat, l’Offensive, Peps (écologie populaire et sociale), réseau internationaliste Serhildan, Tsedek !, Union communiste libertaire, union syndicale Solidaires, Wana (West Asia-North Africa).
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#ClassStruggle #Solidarity #MutualAid
#ClassUnity #ClassPride #ClassWar
#AnarchyInTheUk #LibertarianCommunism #Libcom #EatTheRich
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unioncommunistelibertaire.org/…
Ne nous trompons pas de colère (édito)
La colère gronde. Après un mouvement social d’une ampleur inédite depuis plusieurs décennies, autour de la question de la réforme des retraites, qui a marqué les six premiers mois de l’année 2023. Après les nombreuses manifestations contre les projets écocides, et en premier lieu à Notre-Dame-des-Landes. Après les révoltes urbaines à la suite du énième meurtre commis par un policier sur un jeune des quartiers populaires. En ce début d’année 2024, ce sont les travailleurs et travailleuses de la terre qui se révoltent.
Deux salles, deux ambiances. Tandis que d’un côté, le pouvoir a envoyé la Brav-M et ses autres sbires mâter les rebelles, ici le pouvoir dit entendre la souffrance et, comme l’a dit Darmanin, « On ne répond pas à la souffrance avec des CRS » ajoutant, tout de même, « ce sont des patriotes ». Derrière la colère de celles et ceux qui ne peuvent vivre décemment de leur travail, on trouve les mêmes causes : la casse des savoir-faire professionnels au profit de l’automatisation et de l’uniformisation dans une optique de concurrence internationale. Le solutionnisme technologique et chimique n’est pas une voie viable pour les agriculteur·ices et n’est pas socialement et écologiquement souhaitable. Et comme toujours, la recherche de bouc-émissaires n’est qu’une stratégie de diversion. Ici, ce sont les écolo ; ailleurs, ce sont les migrant·es. Ce qui met à mal le revenu d’une majorité d’exploitant·es agricoles ce sont les politiques mises en œuvre, main dans la main, par le trio FNSEA / État / Agrobusiness. Pourtant, un modèle existe, celui d’une agriculture paysanne. Et aussi des voies de convergences entre les luttes : elles avaient été tracées, notamment par Bernard Lambert dès 1970, dans Les paysans dans la lutte des classes.
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Février 1934 : De la tentative réactionnaire de coup d’État au sursaut antifasciste
Le 6 février 1934, en pleine crise économique et politique, les ligues d’extrême droite, profitant de la grogne sociale et d’un antiparlementarisme diffus, organisent une manifestation le jour où l’Assemblée nationale doit voter sa confiance en le nouveau gouvernement conduit par Édouard Daladier. En janvier, l’affaire Stavisky, scandale politico-financier auquel sont mêlés plusieurs parlementaires, fut l’occasion d’un regain de xénophobie et d’antisémitisme sous couvert d’antiparlementarisme. Le limogeage le 3 février du préfet Chiappe, proche de l’extrême droite, fut l’étincelle qu’attendaient les ligues pour entrer en action.
« Le Jour où la République a vacillé [1] » : que s’est-il passé le soir du 6 février 1934 ? Comment qualifier ces événements : tentative fasciste de coup d’État, coup de force réactionnaire contre le pouvoir de gauche ou expression confuse d’une exaspération sociale ? Le 6 février 1934, c’est un peu tout ça à la fois. C’est aussi le début d’un sursaut des forces de gauche qui, divisées depuis 1921, vont converger sur le plan syndical et politique pour aboutir à la victoire du Front populaire en 1936 et aux longues grèves qui s’ensuivent, lesquelles imposent au patronat des reculs historiques.
En février 1934, la France vit une triple crise. Une crise économique d’abord : les effets de la crise de 1929 se font fortement ressentir ; les prix augmentent ainsi que le nombre de chômeurs. La « classe moyenne » n’est pas épargnée et la colère sociale est diffuse. Une crise politique ensuite. Si un nouveau cartel des gauches a remporté la victoire lors des élections législatives de 1932, la SFIO (Parti socialiste – Section française de l’Internationale ouvrière) refuse l’alliance avec les radicaux et le centre droit qui gouvernent seuls. Les gouvernements se succèdent, toujours instables. Les forces de droite, notamment extra-parlementaires, n’acceptent pas cette assemblée « de gauche ».
Enfin, une crise du modèle républicain. La population tarde, plus de quinze ans après la fin de la guerre, à retrouver un niveau de vie auquel elle aspire. Sorti « considérablement affaibli de la Première Guerre mondiale », le régime parlementaire auquel est associée la République est « mis en accusation » [2]. Le pouvoir du Parlement est remis en question et certains avancent l’idée d’une réforme constitutionnelle qui mettrait sur pied un pouvoir fort, qui verrait un homme gouverner en lien direct avec le « Peuple » [3]. Les scandales politico-financiers sont l’occasion pour la presse d’extrême droite de déverser son discours réactionnaire et xénophobe sous fond d’antiparlementarisme. Ce discours est largement relayé par les ligues d’extrême droite et les associations d’anciens combattants alors très influentes.
Aux origines du 6 février
Se situant hors du jeu politique partitaire, les ligues et associations d’anciens combattants constituent des forces politiques très à droite [4] qui regroupent pour certaines plusieurs centaines de milliers d’adhérents. Parmi les associations, la très nationaliste Union nationale des combattants (UNC), compte 900 000 membres [5], tandis que les ultranationalistes Croix de feu du colonel de La Rocque regroupent quelques dizaines de milliers de membres.
De leur côté, les ligues sont divisées entre différents courants de l’extrême droite. On y retrouve les royalistes, ultranationalistes et antisémites de l’Action française (et leur bras armé, les Camelots du Roi), des nationalistes telles les Jeunesses patriotes et des ligues d’inspiration proprement fascistes : les Comités de défense paysanne, le Francisme et Solidarité française [6]. Si des ligues sont bien d’inspiration fasciste, elles ne sont ni les plus importantes en nombre, ni à l’origine des événements du 6 février.
À l’origine de la manifestation, plusieurs éléments dont deux ont particulièrement mis le feu aux poudres : l’affaire Stavisky et le limogeage du préfet Chiappe. L’affaire Stavisky, qui éclate en janvier 1934, est une affaire politico-judiciaire sur fond d’escroquerie à laquelle sont mêlés plusieurs parlementaires. Le principal intéressé, Alexandre Stavinsky, est né en Russie dans une famille juive : il est une cible de choix pour la presse réactionnaire sous fond d’antiparlementarisme et d’antisémitisme [7].
Le scandale politique qui s’ensuit amène à la chute du deuxième gouvernement du radical Camille Chautemps. Un autre radical, Édouard Daladier, est appelé à former un nouveau gouvernement. Trois jours après sa prise de fonction, le président du Conseil limoge le préfet de police Jean Chiappe, proche des monarchistes de l’Action française. Ce limogeage est perçu par l’extrême droite comme une provocation à laquelle elle entend répondre.
L’extrême droite à l’affut
Craignant des troubles, le gouvernement fait dépêcher des renforts de police, de gardes républicains et de pelotons mobiles de gendarmerie dans Paris. Des grilles d’arbres et des pavés sont enlevés tandis qu’au petit matin sont placardées, sur les murs de la capitale, des affiches appelant le « Peuple de Paris » à manifester. De son côté, L’Action française titre « Contre tous les voleurs, contre le régime abject TOUS, CE SOIR, DEVANT LA CHAMBRE » [8]. L’ambiance est électrique. Durant l’après-midi, les troupes sont déployées dans les lieux stratégiques notamment aux abords de l’Assemblée nationale. Ordre leur est donné de tenir le pont de la Concorde : les manifestant·es ne doivent pas franchir la Seine et accéder à la Chambre des députés.
Si des départs de cortèges des différentes organisations sont prévus un peu partout dès la fin d’après-midi, une foule s’amasse en ordre dispersé sur la place de la Concorde. Très vite, des premiers heurts éclatent avec les « forces de l’ordre ». À 18 h, la nuit tombée, d’autres affrontements ont lieu du côté des Halles : véhicules brûlés, magasins pillés. Le bruit court que ce sont des communistes, qui entendent ne pas laisser la rue et la colère à l’extrême droite, qui s’activent. Pendant ce temps, sur la place de la Concorde, les affrontements continuent. Un autobus est incendié. Pour disperser la foule, des coups de feu sont tirés. Un garde républicain est touché par un projectile au cours d’une charge : un premier mort, ce ne sera pas le dernier. La situation échappe à tout contrôle.
Convergeant vers le Palais Bourbon, les ligues se mettent en route. Sur le boulevard Saint-Germain, ce sont les Camelots du Roi de l’Action française. Depuis l’Opéra, les membres de Solidarité française dont le mot d’ordre est « La France aux Français ». Quant aux Jeunesses patriotes, elles partent de l’Hôtel de Ville. Réuni avec ses troupes sur l’esplanade du Trocadéro, le colonel de La Roque, voyant la situation dégénérer, ordonne à ses troupes de se disperser. Son objectif est d’empêcher Daladier d’obtenir l’investiture des parlementaires, en restant toutefois dans la légalité. L’objectif de l’Action française, tel que rappelé par le président de la Ligue d’Action française, l’amiral Antoine Schwerer, est clair : « Notre but, c’est de flanquer la République par terre », par tous les moyens, « Tous. Même légaux ! » [9].
Sur la place de la Concorde, la situation est insurrectionnelle. Malgré les assauts de la police, les manifestants essuient des jets de projectiles. Des coups de feu sont tirés par des manifestants, les forces de police répliquent, plusieurs manifestants sont touchés, des militants nationalistes tombent. Vers 21 h, le cortège de l’UNC, fort de plus de 20 000 personnes, se dirige vers la Madeleine (soit à l’opposé donc de la Chambre des députés). En cours de chemin, il se scinde en deux : une partie se dirige vers l’Élysée. La zone est interdite : la charge est violente, les blessés nombreux.
À 23 h, des barricades se montent sur la place de la Concorde. Nouvelle charge des forces de police : des coups de feu éclatent, huit morts. Le lendemain, l’armée est déployée dans la capitale, les manifestations sont interdites. Daladier présente sa démission au président Albert Lebrun. Gaston Doumergue est appelé à former un gouvernement d’union nationale, entre les radicaux et la droite. Celui-ci, guère plus stable que nombre de ses prédécesseurs, ne durera que neuf mois. Il verra l’entrée au gouvernement de Philippe Pétain en tant que ministre de la Guerre et, en octobre, de Pierre Laval aux Affaires étrangères…
Un tournant politique ?
Quelles furent les réactions à gauche le 6 et les jours suivants ? Cette journée du 6 février sonne comme un avertissement pour les forces de gauches, politiques et syndicales : « Le choc cumulé des événements de l’année 1933 et du 6 février 1934 ravive, au sein du camp républicain de gauche, les lointains souvenirs de la République en danger. Un front unique antifasciste émerge » [10]. Plus encore que l’ampleur des manifestations, la démission de Daladier est une mauvaise surprise pour le camp progressiste [11].
Le PCF, qui prend la mesure de l’échec de la mobilisation de l’Arac le 6 au soir – qui n’a réussi à rassembler que 3 000 personnes –, n’entend plus laisser la rue aux ligues. Il appelle « les ouvriers socialistes et communistes » [12] à une manifestation le 8 février avec un double mot d’ordre : « À bas la dictature sanglante du capital ! Vive le gouvernement ouvrier et paysan ! ». Là encore, la répression est sanglante avec quatre morts, tous adhérents au PCF. Malgré les déviances réciproques des instances dirigeantes, des militantes et militants socialistes ont rejoint le cortège communiste et, des deux côtés, on en appelle au « front unique à la base ».
La réaction du camp progressiste se fait dans un premier temps en ordre dispersé mais rapidement les mots d’ordre convergent vers un appel à manifester le lundi 12 janvier. C’est un appel à la grève générale par la CGT (proche de la SFIO) dès le 8 février dans Le Populaire, relayé le lendemain dans L’Humanité. La CGTU (proche du PCF) appelle également à la réussite de cette manifestation [13]. Le mot d’ordre reprend les mots prononcés dès le 6 février au soir au sein de l’hémicycle par Léon Blum : « La réaction fasciste ne passera pas » [14]. À Paris, deux cortèges, l’un socialiste et l’autre communiste, sont initialement prévus. Mais ils fusionnent, les militants communistes se joignant spontanément au cortège socialiste aux cris de « Unité ! Unité ! » [15].
L’union à la base
Partout en France, des cortèges, la plupart unitaires, rassemblent plusieurs centaines de milliers de manifestantes et manifestants. À ce propos, l’historien Antoine Prost souligne qu’il « apparaît alors que les communistes ont, localement, réalisé l’unité d’action avec les socialistes contre la menace “fasciste” avant même que le Komintern et les instances nationales du parti l’aient décidé » [16]. Il y voit « l’acte de naissance du Front populaire ». Au total, c’est près d’un million de personnes qui manifeste ce jour-là.
Une dynamique est enclenchée : elle voit s’accélérer le processus de réunification des deux confédérations, la CGT et la CGTU. En juin 1934, la CGTU avance « des propositions d’unité d’action à la confédération CGT » [17]. La réunification se réalise moins de deux ans plus tard, au congrès de Toulouse en mars 1936. Sur le plan politique, socialistes et communistes entament un rapprochement, même si la méfiance est toujours de mise. De nombreuses initiatives unitaires antifascistes prennent forme et aboutissent le 27 juillet 1934 : PCF et SFIO signent un « pacte d’unité d’action », dit « pacte d’unité d’action antifasciste », qui ouvre la voie au Front populaire.
David (UCL Savoies)
[1] Le jour où la République a vacillé : 6 février 1934 est le titre d’un documentaire réalisé par Cédric Gruat en 2020.
[2] Serge Berstein, Le 6 février 1934, Paris, Gallimard/Julliard, 1975, p. 30.
[3] André Tardieu, La Réforme de l’État, Paris, Flammarion, 1934.
[4] À l’exception de l’Association républicaine des anciens combattants (Arac), proche du PCF, qui appelle également à manifester le 6 février.
[5] Serge Berstein, op. cit., p. 53.
[6] C’est à l’initiative de travaux d’historiens étrangers, et notamment l’étasunien Robert Paxton et l’israélien Zeev Sternhell, qu’à partir des années 1970 la thèse de l’immunité française face au fascisme a été remise en question. Depuis lors, un débat historiographique oppose des chercheurs sur la caractérisation de ces ligues ainsi que des Croix de feu comme relevant ou non du fascisme. Dans la lignée des travaux de René Rémond sur les droites en France, des historiens tels que Serge Berstein, Pierre Milza ou Michel Winock continuent d’affirmer qu’il n’y eu pas de fascisme en France ou que celui-ci fut très marginal. Cette thèse est battue en brèche plusieurs historiens et politologues étrangers tels que Zeev Sternhell, Ernst Nolte ou Robert Soucy.
[7] Dès le 7 janvier, L’Action française, « l’organe du nationalisme intégral », titre « À bas les voleurs ». Le 9 janvier, l’Action française organise une manifestation et, un mois durant, ses troupes, notamment les Camelots du Roi, et ses militants étudiants maintiennent la pression.
[8] L’Action française du 6 février 1934.
[9] Rapport général fait au nom de la commission d’enquête chargée de rechercher les causes et les origines des événements du 6 février 1934, cité par Serge Berstein, op. cit., p. 69-70.
[10] Jean Vigreux, Le front populaire 1934-1938, Paris, PUF, 2011, p. 7.
[11] Danielle Tartakowsky parle de « capitulation de Daladier » ; Danielle Tartakowsky, « Archives communistes : Février 1934 – Juin 1934 », Cahiers d’histoire de l’institut de recherches marxistes, n° 18, Juillet-Septembre 1984, p. 31.
[12] Ibid., p. 32.
[13] Ibid., p. 33.
[14] Gilles Vergnon, L’antifascisme en France. De Mussolini à Le Pen, Rennes, PUR, 2009, p. 43.
[15] Serge Berstein, La France des années trente, Paris, Armand Colin, 1988, p. 105.
[16] Antoine Prost, Autour du Front populaire. Aspects du mouvement social au XXe siècle, Paris, Seuil, 2006, p. 43.
[17] Gérard Coste, « 1921-1936 : de la scission à la réunification », Les Utopiques, n° 5, juin 2017, p. 127.
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